mars 7

Le PCF, mon vieux parti plein d’avenir

Il y a des moments comme ceux-là où la situation politique t’oblige à regarder derrière toi pour mieux appréhender demain. En 1998, j’ai quitté le Parti communiste, au sein duquel je militais depuis 10 ans. L’orientation de Robert Hue, avec la fameuse « mutation », me semblait conduire mon parti à devenir un courant extérieur au PS. Je me situais, à l’époque, parmi les refondateurs, dont l’animateur était Guy Hermier, député de Marseille et membre du Bureau politique. Nous prônions ensemble la construction d’un pôle de la radicalité qui m’apparait encore comme la première réflexion théorique anticipant ce qui allait devenir le Front de gauche. Je pensais surtout que l’involution huiste était irréversible. Je confirme ce que je disais en 2008 à une amie désormais animatrice d’Ensemble à Montreuil, je me suis trompé. Lourdement.

Le PCF phoenix renaît toujours de ses cendres

En 2002, après une défaite lourde à l’élection présidentielle, malgré la campagne paillettes et Beigbeder, Hue passe la main à Marie-George Buffet, dont on ne dira jamais assez l’importance qu’elle a eue dans ce processus long. Le premier geste politique de la nouvelle secrétaire nationale du PCF est d’ouvrir, à l’occasion des élections régionales, les listes du Parti à la double parité : homme-femme, communiste-non communiste. C’est ainsi que des représentants du mouvement social, parfois proches de l’extrême-gauche comme Claire Villiers, seront élus au conseil régional d’Île-de-France. Loin de n’être qu’une opération de marketing électoral, il s’agit là de la première étape d’une (r)évolution au sein de ce vieux parti, plein d’avenir.

La campagne unitaire et victorieuse du « non » au Traité constitutionnel européen en 2005, et l’aventure avortée des Comités unitaires anti-libéraux, constituent la suite en forme de deux pas avant, un pas en arrière, de cette avancée dans la manière dont les communistes envisagent leur parti. Il s’agit d’en faire un outil moteur dans le rassemblement de la « gauche radicale », cette gauche qui assume la prise de pouvoir afin de transformer le réel. Même si le PCF a joué, autant que la LCR, sa partition partidaire conduisant à la fin des collectifs anti-libéraux, la route vers l’unité de cette famille politique était tracé. Déjà, le PCF, avec d’autres, a permis à cette « gauche de gauche » de prendre conscience d’elle-même, politiquement. Ce n’est pas rien.

Communisme pour changer le monde

En 2007, à la fête de l’Humanité, les éléments épars de cette gauche radicale lancent un appel collectif au PCF, depuis le stand de l’association Pour la République sociale. Quelques mois plus tôt, le congrès de Die Linke a fait naître des espoirs de rassemblement approfondi. La naissance du Parti de gauche, fin 2008, et le congrès du PCF la même année vont créer les conditions pour que, avec l’apparition de la Gauche unitaire, le Front de gauche voit enfin le jour début 2009. Créé pour les élections européennes, ce nouvel objet politique va prendre de la consistance au fur et à mesure des scrutins : régionales 2010, cantonales 2011, présidentielles 2012.

A cette occasion, pour la première fois de son histoire, les militants du PCF désignent comme candidat un non-communiste. Mieux encore, un ancien socialiste. C’est un événement politique de premier ordre pour celles et ceux, parmi lesquels je me situe, qui prônaient en 1998 le rassemblement des gauches radicales. Bien sûr, depuis, il y a eu les crises que nous connaissons et sur lesquelles j’ai déjà écrit. Pour beaucoup, prévisibles qu’elles étaient, nous avons dramatisé leur importance. Je les considère comme des inévitables autant que nécessaires crises de croissance qui ne se régleront pas dans l’affirmation d’une tactique contre une autre mais plus dans un rééquilibrage permanent et jamais identique des diverses visions en présence. La structuration d’Ensemble Front de gauche comme 3e pilier de notre objet politique commun est, de ce point de vue, une respiration bienvenue.

Affiche la force du partage

Ainsi, le PCF a considérablement évolué depuis 1998, acceptant de n’être plus le centre de ses propres préoccupations mais de s’intégrer dans une dynamique de rassemblement plus large dont il est certes le moteur, par le nombre de ses militants, de ses élus, par son organisation, par le dévouement des femmes et des hommes qui le font vivre tous les jours.

Oh, bien sûr ! Tout ne se passe pas toujours comme dans un rêve. Le PCF est, d’abord, un collectif humain, avec ses lignes de faille, ses divergences, ses enjeux locaux parfois même localistes. L’abandon du centralisme démocratique, que je salue, a malheureusement laissé la place à un fractionnement du Parti, qui alimente les divisions et le localisme autant qu’il s’appuie sur elles. A titre personnel, si je comprends le souci démocratique de laisser les communistes décider ville par ville, j’aurais préféré une ligne globale d’autonomie face au PS et à ses alliés sociaux-libéraux. J’ai défendu cette vision là où j’étais en capacité de le faire, je ne me dédis pas. La question parisienne a été sur-utilisée pour alimenter la discorde sur le leadership au sein du Front de gauche et j’en suis le premier navré.

Pierre Laurent avec les nouveaux adhérents du PCF

Mais, dans l’ensemble, le PCF a grandi, encore. Une semaine après les Estivales du Front de gauche à Saint-Martin d’Hères, le Parti a tenu ses universités d’été aux Karélis, en présence de 700 militants dont la moitié de nouveaux adhérents, parmi lesquels de nombreux jeunes. Aussi, je me retrouve bien dans la lettre de Pierre Laurent aux communistes, quand il écrit :

« Tout ce travail, même quand il a provoqué des débats et des accrochages au sein du Front de gauche, sera in fine profitable à tout le Front de gauche, qui verra ses bases et son enracinement progresser. Notre pays, la gauche, le monde du travail, tous ces citoyens qui se sentent aujourd’hui perdus et abandonnés ont besoin d’une force proche d’eux, ancrée dans leur quotidien et dans leurs territoires. »

Je reste quand même un enfant de Marchais

Reconnaissant m’être trompé en 1998, je me sens d’attaque à renouer avec ma famille politique. Et à participer, en son sein, à ce que le PCF soit toujours mieux un des trois piliers du Front de gauche. Parce que c’est toujours là, dans ce qui n’est plus un cartel électoral mais pas encore une force politique qui compte en tant que telle, que nous créerons ensemble les réponses politiques dont le pays a besoin. En ce sens, oui, le PCF nouvelle génération fait la démonstration qu’il est bien l’outil utile au peuple.

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Bonus vidéo : REM « We All Go Back To Where We Belong »

Category: Militantisme
mars 6

A Montreuil, les petites manips du « Monde »

Le quotidien de révérence a – encore une fois – raté une occasion de se faire remarquer de la bonne manière. Le journal a publié, tout récemment, un article sur le sondage  qui fait bruisser la place montreuilloise. Un sondage qui disqualifie Razzy Hammadi, cantonné à un piteux 14 %.

le monde prêt à tout pour rester en cours

En « informant » sur ce sondage et ces conséquences putatives, le Monde a cette jolie manière de faire… de la politique :

« Ce sondage est à prendre avec beaucoup de précaution et démontre avant tout que rien n’est écrit pour le 23 mars, date du premier tour. Certes, M. Brard arrivera en tête, c’est acté pour tout le monde. Mais ensuite ? Qui des écologistes ou des socialistes seront le mieux placé pour rassembler au second tour ? M. Bessac se ralliera-t-il aux partis gouvernementaux ? »

Alors, reprenons les faits ou, plutôt, les éléments chiffrés du sondage, disponible ici :

Intérêt pour les élections Municipales 2014 : 65 % intéressés, 35 % pas intéressés

Intentions de votes au 1er tour :

  • Liste DIVG (P. Brard) : 29 %
  • Liste FdG (P. Bessac) : 16 %
  • Liste EELV (I. Dufriche Soilihi) : 15 %
  • Liste PS (R. Hammadi) : 14 %
  • Liste UMP-MoDem-UDI (M. Laporte) : 12 %
  • Liste DIVG (M. Viprey) : 9 %
  • Liste NPA (A. Cottereau) : 4 %
  • Liste LO (A. Jochaud) : 1 %

Marie-George Buffet et Patrice Bessac sur le marché des Ruffins

Dans un sondage réalisé sur un très petit échantillon (608 personnes), avec des données corrigées à la hausse pour tenir compte de la notoriété supposée des candidats, nous nous retrouvons avec un Jean-Pierre Brard placé très haut mais sans aucune réserve de voix avant que le premier tour ne soit révolu. L’événement, comme le souligne Politis, c’est que la dynamique citoyenne observée sur le terrain se traduit enfin pour Montreuil Avenir, placée en 2e position. Pendant ce temps-là, les partis de gouvernement se neutralisent, incapables de rassembler un électorat qui s’éparpille sur 3 listes puisqu’il ne faudrait pas oublier Mouna Viprey qui fait une très belle campagne de terrain.

De facto, Razzy Hammadi – dont les estimations sont corrigées à la hausse en raison de sa fonction parlementaire – a démontré son incapacité à rassembler le camp social-démocrate. Et cet électorat semble plutôt parti à confier à Europe Ecologie-les Verts la légitimité à incarner leur drapeau. Mais c’est entre les deux que le Monde voit un putatif candidat de second tour à opposer à Brard. La manœuvre, pas subtile, du quotidien fondé par Beuve-Méry vise à tenter de disqualifier la liste Montreuil Avenir.

Patrice Bessac la gauche unie pour le renouveau de Montreuil

Or, c’est bien elle qui crée l’événement politique. Réduite pendant longtemps à l’image de liste « communiste » de témoignage, elle s’impose effectivement dans le paysage. Elle a pour elle d’incarner le vrai rassemblement des diverses sensibilités de la gauche montreuilloise : des anciens du NPA aux anciens socialistes en passant par l’ensemble du Front de gauche. Son enracinement dans tous les quartiers de Montreuil (Montreuil Avenir est la seule en capacité de mobiliser aussi bien les quartiers populaires que les bobos) lui assure des réserves de voix, notamment auprès des abstentionnistes du moment. Enfin, la composition de la liste soutenue par le Front de gauche et les Socialistes pour Montreuil permet aux citoyen-ne-s de la ville de clore le triste chapitre de la personnalisation politique avec son cortège de dramatisation, de clientélisme et de divisions artificielles. Bref, Montreuil Avenir est la seule liste à pouvoir ramener une forme de normalité politique dans cette ville qui en a bien besoin.

C’est que les enjeux sociaux sont criants : en termes de demandes de logement, de créations d’emploi, de rénovation des équipements publics… En jouant la carte de l’équipe, de l’addition des talents pour Montreuil, les forces du Front de gauche se donnent les moyens pour que, demain, Montreuil puisse enfin réussir.

A vous de jouer

C’est pourquoi Patrice Bessac a toutes les raisons de considérer qu’il peut être en tête au soir du premier tour. A condition que tout le monde – mais pas le journal – fasse l’effort nécessaire pour changer de braquet.

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Bonus vidéo : Massilia Sound System « Tout le monde ment »

mars 5

Action publique locale : le temps des gestionnaires est révolu

Coup sur coup, une loi et une annonce ont fait basculer définitivement la nature du mandat d’élu local. Le temps des « gestionnaires » est révolu, voici revenu celui des élus de combat. En effet, l’adoption de la loi portant création des métropoles d’un côté et l’annonce, par Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation, de nouvelles coupes dans les dotations de l’Etat aux collectivités locales ont enterré la vieille vision de l’élu local, soucieux de l’utilisation du denier public.

Des élus utiles contre l'austérité

Selon Le Parisien, la baisse des dotations aux collectivités pourrait atteindre 10 milliards d’ici 2017, soit 10 % de leur montant actuel. Ces nouvelles restrictions dans le budget des collectivités s’ajoutent aux 3 milliards en deux ans de baisse des dotations allouées aux villes, établissements de coopération intercommunale, départements et régions. Ce, alors que les collectivités portent, selon la Cour des comptes, plus de 70 % de l’investissement public soit près de 53 milliards d’euros, générant des centaines de milliers d’emploi.

En termes concrets, cette annonce signifie soit la hausse des impôts locaux à des taux jamais atteints soit des réductions drastiques dans les services rendus à la population en termes d’action sociale, d’entretien des bâtiments publics (écoles, crèches, équipements culturels et sportifs) mais aussi une accélération des privatisations avec dégradation de la qualité de service et hausse des tarifs. Enfin, elle entraine une baisse des constructions en matière de logements et d’équipements de transport. Autant de conséquences dramatiques pour la vie de nos concitoyen-ne-s, singulièrement dans les villes populaires où les besoins sociaux insatisfaits sont croissants.

dotations d'état 2e source de recettes des collectivités

La création des métropoles, notamment celle du « Grand Paris », a pour conséquence d’éloigner encore les lieux de décision des citoyens. La loi, adoptée fin décembre par l’Assemblée, attribue à la « métropole du Grand Paris » des compétences étendues. Il s’agit de l’aménagement de l’espace métropolitain et de la définition, création et réalisation d’opérations d’aménagement d’intérêt métropolitain ; de la politique locale de l’habitat et de la politique de la ville ; du développement économique, de la protection et mise en valeur de l’environnement et de politique du cadre de vie.

La métropole du Grand Paris pourra se voir déléguer des compétences supplémentaires de l’Etat mais aussi des communes membres. Ainsi, « afin de favoriser la construction de logements neufs », la réhabilitation des logements anciens et la résorption de l’habitat indigne, l’État peut déléguer par convention à la métropole du Grand Paris. Enfin, le nouvel EPCI s’arroge également des compétences dévolues aux communes comme les plans locaux d’urbanisme, ce qui pourrait priver l’échelon de base de la démocratie de sa substance.

Rassemblement d'élus PCF devant le Sénat contre l'acte 3 de la décentralisation

C’est ce que condamne le conseil municipal de Vitry-sur-Seine, dans une motion votée à l’unanimité : « Les villes seront dessaisies de toute véritable capacité d’intervention et de tout moyen d’action, et ce dans tous les domaines stratégiques qui concernent le territoire communal et la vie des habitants ».

La loi créant les métropoles ou les coupes sombres dans les dotations d’Etat aux collectivités, et pire encore la conjugaison des deux, doivent générer un changement radical de pratiques dans l’action publique locale. Il ne s’agit plus, pour les élus locaux qui dirigeront des municipalités demain, d’être des gestionnaires sérieux et soucieux de la meilleure utilisation de l’argent public dans un contexte austéritaire.

Claude Vazquez alors maire de Grigny devant la Préfecture de l'Essonne le 29 juin 2010

Les futurs élus municipaux ne devront avoir de cesse que de se battre pour imposer la prise en compte des besoins des habitant-e-s de leurs villes en matière de construction de logements mais aussi de crèches et d’écoles, d’extension du réseau de transport public, de rénovation de nos équipements de proximité. Cela suppose une capacité à se mobiliser à chaque instant, de mettre en mouvement la population pour contrer tel projet métropolitain contraire aux intérêts des citoyens ; pour arracher les financements nécessaires pour réaliser tel projet d’intérêt public…

Pour y parvenir, nous ne partons pas de rien. Comme je l’ai déjà écrit, « la commune reste, malgré tout le lieu premier de construction des solidarités et des résistances, notamment vis-à-vis des politiques austéritaires ». C’est à cet échelon de proximité que se construisent, de manière innovante, les pratiques de résistance, comme la charte des promoteurs créée à Saint-Ouen par Jacqueline Rouillon, qui vise à endiguer la spéculation immobilière.

Christian Piquet (GU), Alexis Corbière (PG), Marie-Pierre Vieu (PCF) : le FDG est à sa place

Christian Piquet (GU), Alexis Corbière (PG), Marie-Pierre Vieu (PCF) : le FDG est à sa place

Les municipalités Front de gauche peuvent aussi s’appuyer le réseau des conseillers généraux et régionaux qui sont en capacité d’agir à leur niveau pour faire avancer tel ou tel dossier. N’en reste pas moins que, dans l’attente d’une majorité nouvelle, les élus locaux, dans la période 2014-2020, n’auront de cesse que de se mobiliser, dans la rue, aux portes des ministères, devant le siège des métropoles. C’est aussi là l’enjeu d’en faire élire le plus grand nombre.

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Bonus vidéo : Oasis « Street Fighting Man »