novembre 24

Un « Bad Godesberg » pour en finir avec le Parti socialiste ?

La nouvelle est tombée dans le ciel déjà bien agité d’un Parti socialiste aux abois. « Le 6 décembre dans les Etats généraux nous ferons notre Bad Godesberg idéologique », a déclaré, dimanche 23 novembre, son Premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis. Il confirme, par là, ce que l’on pressentait dans Regards, dernièrement : le congrès annoncé pour juin 2015 ne portera pas sur le fond, puisque les Etats-généraux s’en chargent. Par ailleurs, le député de Paris annonce la couleur : il entend mener la clarification, réclamée par les « frondeurs », mais à sa manière. En rompant définitivement avec ce qu’il reste d’affichage de transformation sociale au sein du PS. La référence à Bad Godesberg est claire, à qui maîtrise son histoire politique. C’est lors de ce congrès, tenu en 1959,que le Parti social-démocrate allemand a rompu avec le marxisme.

tweet Camdadélis

De fait, l’ambition de Cambadélis, et de ses mandats tant à l’Elysée qu’à Matignon, est de clore l’involution idéologique du Parti socialiste. La conclusion des Etats-généraux, le 6 décembre prochain, va parachever un changement politique de la nature du PS, entamé pour d’aucuns en 1983, lors du « tournant de la rigueur ». En effet, et contrairement au SPD allemand, le PS français a fait le choix des renoncements successifs dont l’abandon de la revendication d’une retraite à 60 ans pour tous a constitué, selon moi, le dernier cap. C’est donc une sorte de Bad Godesberg par étapes, qui autorise l’Accord national interprofessionnel, le Pacte de responsabilité mais aussi l’annonce d’un possible retour sur les 35 heures. Par petites touches, pas toujours de manière claire, le PS a toiletté son programme, son discours, jusqu’à permettre à François Hollande de nommer Valls à Matignon.

Bref, Jean-Christophe Cambadélis annonce la fin de la mue « démocrate » du Parti socialiste. Une mue qui va mettre la rue de Solférino dans le même moule que le Parti démocrate italien, le SPD allemand, le Labour Party britannique… Ce dernier a fini de tomber le masque en affirmant, nous l’évoquions ici, sa rupture avec les syndicats. Le scénario que dessine l’actuel premier secrétaire du PS correspond à l’une des trois hypothèses évoquées par Liêm Hoang-Ngoc et Philippe Marlière dans leur Manifeste des socialistes affligés, La gauche ne doit pas mourir. Des trois scénarios, c’est le plus noir puisqu’il porte en lui une rupture insurmontable au sein de la gauche provoqué par la quête d’une alliance au centre pour le PS post Etats-Généraux.

Qui demandera la main du PS

Loin d’être une construction intellectuelle d’universitaire, le possible évoqué par Philippe Marlière s’appuie sur des déclarations claires. Ainsi, dans une interview accordée récemment au Nouvel Obs, Manuel Valls a défendu l’idée d’une gauche « pragmatique, réformiste et républicaine », mais sans utiliser le qualificatif « socialiste ». A cette occasion, il a proposé de « bâtir une maison commune » de « toutes les forces progressistes » et s’est dit également  ouvert à un changement de nom du Parti socialiste, une idée déjà portée en 2007 et 2011. Même le très loyal Cambadélis avait dû réagir : « Si je suis favorable à changer la carte d’identité du Parti socialiste, je ne suis pas favorable au changement de nationalité ».

Mais Manuel Valls n’est pas le seul à vouloir tendre la main au centre-droit, dans un scénario à l’italienne qui voit le chrétien-démocrate Mateo Renzi diriger le parti démocrate fondé sur les cendres du Parti communiste italien. Ainsi, Jean-Marie Le Guen avance : « Les gaullistes, les centristes ont leur place aux côtés des socialistes et des écologistes pour construire une maison commune de la République et faire évoluer la France. » Ces évolutions se basent aujourd’hui sur la pratique gouvernementale. C’est ce que relève la sénatrice de Paris Marie-Noëlle Lienemann : « Le nouveau discours de François Hollande rend possible un rapprochement avec le centre. La preuve, François Bayrou a été le premier à l’applaudir ».

PS Modem

Reste, pour rendre l’alliance avec le centre possible, à définir le projet politique, ce qui est du ressort du Parti socialiste. En annonçant son « Bad Godesberg idéologique », Jean-Christophe Cambadélis ouvre la porte. Et le bien informé Juan, dans ses Coulisses, peut constater sérieusement : « Cela (l’alliance PS-centristes) calmerait peut être nos critiques. Nous serions sortis de l’hypocrisie, des débats sans fin sur la gauchitude des uns, la trahison des autres. Cette alliance aurait le mérite de la cohérence. Elle précipiterait certains à sortir de leur double jeu. »

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Bonus vidéo : Humannequin « Let’s Make It Clear »

novembre 10

De l’antiracisme 2.0 avec les Maisons des potes

Comment réagir face à la montée de la haine sur le net ? C’est le sujet sur lequel la Fédération des Maisons des potes m’a invité à intervenir, vendredi 7 novembre. Je me suis retrouvé aux côtés de Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice auteur du documentaire Les Réseaux de la haine ; Tristan Mendès-France, spécialiste des réseaux sociaux ; Nadjib Sellali, journaliste indépendant, et Baki Youssoufou, fondateur de Wesign.it. L’occasion de faire le point sur la réalité de la discrimination et de la haine sur Internet. Mais aussi de parler des manières de contrer ces réseaux sur ce même terrain.

Antiracisme 2.0 la tribune #égalitémdp2014

En premier lieu, Tristant Mendès-France a rappelé un fondamental : le racisme préexiste à Internet même si ce média est devenu son véhicule privilégié. Il a permis de faire le tri entre ce qui relève de la bêtise crasse d’adolescents, parfois même de plus jeunes encore, et de l’expression politique du racisme. « Les réseaux sociaux ont ceci de particulier qu’il n’y a pas de hiérarchie : l’expression d’un môme de 12 ans est placée au même niveau que celle d’un député », a rappelé l’intervenant au Celsa. Cette absence de hiérarchie peut contribuer à donner un effet de masse, à l’image de ce que chacun a pu observer avec le hashtag « un bon juif ». En ce sens, internet demeure un révélateur mais aussi un accélérateur.

En approfondissant, nous avons partagé le constat d’une galaxie extrêmement bien organisés, avançant bien souvent masqués pour mieux déverser leurs discours racistes, homophobes, mysogines… Si certains sites sont clairement d’extrême-droite, comme François de souche, d’autres offrent une façade plus subtile, se parant des atours d’une « information » qui serait « alternative », ouvrant la porte aux théories conspirationnistes aux relents rouges-bruns. Je me permets, sur ce sujet, d’attirer votre attention sur la note de mon camarade Gauche de combat. Autour de ces sites, qui sont autant de têtes de pont, gravitent une galaxie d’activistes numériques qui compensent leur faible nombre par une grande réactivité et une organisation dont les réseaux antiracistes semblent aujourd’hui incapables.

Antiracisme 2.0

Ainsi, le fondateur de wesign.it, Baki Youssoufou a fait part de son expérience avec des campagnes de mobilisation dont les commentaires ont dû être fermés en raison de la surabondance de publications racistes et de l’absence de réponses apportées par les activistes opposés aux discriminations. On retrouve là le mal endémique des milieux progressistes français : division et absence de coordination. Une réalité bien différente de ce qui se pratique aux Etats-Unis par exemple. La formation à l’outil et l’acceptation du choix des armes apparaissent comme autant de nécessités dans le combat en ligne contre les discriminations. Certes, les réseaux sociaux constituent des machines à cash mais aussi des aspirateurs à données personnelles. Cela posé, chacun peut apprendre à contourner cet obstacle pour aller mener le combat sur des plateformes qui rassemblent des millions d’utilisateurs.

L’on se rend compte que ces plateformes, tant qu’un contre-discours n’y est pas véhiculé en force, constituent des caisses de résonance pour le discours ambiant d’atomisation du corps social. D’autant que ce discours médiatiquement dominant bénéficie de l’onction intellectuelle des « experts », éditorialistes et autres « spécialistes » autoproclamés qui occupent le petit écran comme les colonnes des principales publications papier : Christophe Barbier, Franz-Olivier Gisbert ou encore le nauséabond Eric Zemmour.

Rencontres de l'égalité

Là aussi, il y a urgence à bâtir des contre-discours mais aussi à nous questionner sur nos propres pratiques en termes d’accès à l’information. Tant que nous contribuerons, individuellement, à ce que TF1 cumule 20 % de l’audience ou que nous permettrons que Le Parisien soit le quotidien le plus vendu après Ouest-France, ces deux médias auront toute latitude pour continuer à véhiculer leur vision stigmatisante de l’information. Sur la base du livre que j’ai co-écrit avec mon ami Sydné, j’ai donc suggéré d’en finir avec la « République des experts » et la confiscation de la parole médiatique, en parallèle avec la confiscation de la parole politique qui est au cœur de la Ve République.

Un propos qui, je crois, a fait écho aux préoccupations de Nadjib Sellali quand il nous a invités, collectivement, à arrêter de subir pour devenir acteurs. Il a aussi insisté sur l’importance, dans la déconstruction du discours ambiant, de l’éducation populaire. Celle-ci nous donnant les armes pour mener le débat politique face à nos ennemis. Ce n’est pas Rokhaya Diallo qui aurait pu le contredire : l’éducation populaire est au cœur de l’action des Indivisibles, l’association qu’elle a initiée.

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Bonus vidéo : Max Roach quintet with Abbey Lincoln « Triptych (Prayer/Protest/Peace) »

novembre 4

Le Son du peuple épisode 1, le podcast !

C’est la nouveauté de cette rentrée : avec Kévin, aka l’Impertinent, nous sommes partis à la conquête des ondes pour parler de musique et de politique. Nous faisons ça sur les ondes de New VO Radio, en partenariat avec Métalchroniques et Sound Cultur All.

 

Découvrez le podcast de l’émission Le Son du peuple du 25/10/2014 .

Au programme:

L’édito de Kévin sur le 17 octobre 1961 ;
Violences policières, journée mondiale du refus de la misère ; 60e anniversaire de la révolution algérienne…. et les sorties musicales du mois : les news du Son du peuple ;
Peut-on se revendiquer des Black Panthers et être fan de Beyoncé ? Danielle Obono, animatrice du Front de gauche nous répond ;
Cheap Chaser, quand des Toulousains remettent le punk rock à l’honneur pour chanter « Free Gaza » ;
L’interview à suivre : les Tune In Crew ont failli être nos invités du mois.

Le son du peuple 25/10/2014 by New-Vo Radio on Mixcloud