août 27

Lettre à mes camarades du Parti socialiste

« Je suis le dernier président. Après moi, il n’y aura plus que des comptables. »

(François Mitterrand)

Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, levons l’ambiguïté de cette missive : je ne suis pas membre du Parti socialiste, je l’ai été. C’est en tant que membre du Parti communiste que je m’adresse à vous. Et je fais partie de ceux pour qui, bien que nos choix de militants divergent, vous restez des camarades. Des camarades honnêtes et sincères.

la boussole du gouvernement a perdu la gauche

J’ai mis du temps à vous écrire car, même si je ne m’attendais à rien, j’ai été abasourdi par la violence du symbole, cette matière dont se nourrit la politique, que constitue l’annonce de la composition du gouvernement « Valls 2 ». Non, je refuse de parler de la nomination de Macron en lieu et place de Montebourg. Les hommes, les femmes, peu me chaut dans le fond. Même si être représenté par des gens aussi coupés du monde réel est, souvent, insupportable. C’est d’une ligne politique dont il est question. Avec cette question centrale : oui ou non, l’austérité fait-elle sens, à gauche ?

Vous avez, pour beaucoup d’entre-vous, répondu à plus ou moins haute voix à cette question. Vous avez clamé, quand bon nombre de vos camarades partaient sur la pointe des pieds, que vous ne vous étiez pas battus, en 2012 et même avant, pour qu’un gouvernement issu de vos rangs porte une ligne politique rendant illisible la rupture avec le quinquennat Sarkozy. J’ai lu, ces dernières heures, vos cris de colère, vos incompréhensions, vos larmes à voir foulés au pied vos engagements, votre énergie, votre bonne volonté de militants.

Non à l'austérité

C’est vous, jour après jour, qui, sur les marchés, dans les entreprises, avec vos voisins ou vos amis, devez argumenter bec et ongles en quoi la gauche et la droite sont différentes, en quoi vous refusez, à l’image d’Aurélie Filipetti, de vous « excuser d’être de gauche ». Et, au final, le résultat de votre investissement, c’est que le Premier ministre issu des rangs du Parti socialiste est accueilli par une standing ovation à l’université d’été du MEDEF. La pilule est amère et je n’ai pas envie de vous seriner que « je vous l’avais bien dit ». C’est inutile, blessant et inopportun.

Aujourd’hui, enfin, nous sommes d’accord sur l’essentiel : l’austérité, là est toute la question. Est-ce que nous allons tenter d’élaborer la réponse commune à cette question, oui ou non ?

Je ne vous demande pas de rejoindre le Parti communiste ni même le Front de Gauche. Je sais combien vous êtes attachés à votre organisation et que vous refusez de la laisser aux mains des sociaux-libéraux. J’ai compris que, pour bon nombre d’entre-vous, quitter le PS serait un renoncement à l’action politique. En fait, où que vous soyez, ça n’a pas d’importance. La seule chose qui m’importe c’est « pouvons-nous faire quelque chose ensemble » ? Dans le respect de chacun.

Que reste-t-il du Parti socialiste

J’ai envie de croire que oui, à lire le travail réalisé par des clubs politiques, des regroupements plus ou moins formels… Mais aussi, plus prosaïquement, à nous voir militer ensemble dans nos syndicats, au sein d’associations de parents d’élèves ou de mouvements antiracistes. C’est bien là, sur le terrain, en partant de la réalité, que nous pouvons mesurer ce que nous, hommes et femmes issus des gauches de ce pays, avons en commun. N’est-il pas temps, quand le Premier ministre annonce un approfondissement de la politique d’austérité, d’aller encore au-delà de ce commun pour en créer un autre ?

Est-ce que vous n’avez pas envie qu’ensemble – militants socialistes, du Front de gauche, écolos, de Nouvelle Donne et j’en oublie certainement – nous actions que l’austérité ne passera pas grâce à nous et que, oui, comme certains d’entre-vous l’ont écrit, « il y a une autre politique possible » ?

PS années 70

Non, je ne vous propose pas de rejouer la gauche plurielle. Non, je ne vous propose pas de faire un remake du Front populaire. Nous avons tout à inventer. Nous avons des champs de possible à explorer. Chacun peut – doit ? – jouer son rôle dans ce livre à écrire, à partir de l’endroit où il est : vous au PS, mes amis et moi au Front de gauche, d’autres camarades au sein d’Europe Ecologie-les Verts… Je ne serai pas plus précis parce que je refuse de placer nos échanges à venir dans un cadre prédéfini.

Je sais juste que, si nous restons chacun dans notre coin, nous allons fignoler l’embellissement du boulevard qui mène, déjà, la droite et le Front national vers le pouvoir.

A bientôt de vous lire, j’espère.

Salutations fraternelles

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Bonus vidéo : Depeche Mode « Something To Do (BlackStrobe Alternative Remix) »

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août 26

Pierre Laurent a raison d’aller à la Rochelle

Ne vous fiez pas au titre, cette note n’est ni un #appeauàtrolls ni une vulgaire provocation. Au regard de l’actualité politique et du désarroi des militants socialistes – ne parlons pas des électeurs se réclamant de cette sensibilité -, porter une parole contradictoire relève du devoir le plus élémentaire. Le secrétaire national du PCF a été bien inspiré d’accepter l’invitation à débattre du PS lors de ses universités d’été à La Rochelle.

Pierre Laurent avec les nouveaux adhérents du PCF

Depuis des mois désormais, le Parti sis rue de Solférino bruit de la grogne – plus ou moins discrète – de ses membres. J’ai écrit, pour Regards, plusieurs articles sur ce sujet. Le lecteur peut y compter les départs réguliers de cadres et militants, la plupart issus des « gauches » de ce parti. Il y a eu, début février, avant le choc des municipales, un appel rassemblant amis de Montebourg, d’Aubry, de Stéphane Hessel, d’Hamon et Emmanuelli, de Maurel et Lienneman sur le thème « Il n’y a pas qu’une politique possible ».

La déroute des municipales a fini de lever les précautions oratoires des uns et des autres et les « frondeurs » ont pris la parole. Fort. Ces mots, claquant contre l’austérité comme un gant sur la joue d’un offensant, se sont traduits par quelques votes contre, beaucoup d’abstentions et… pas plus. L’espoir d’un travail commun entre les députés « frondeurs », ceux d’Europe-Ecologie et ceux du Front de gauche n’a, pour l’heure, pas abouti. Bon nombre d’entre-vous, lecteurs, avez glosé sur ces abstentions, alors qu’un vote contre aurait débouché probablement sur la dissolution de l’Assemblée, et sur les calculs supposés des ténors de la gauche du PS. Quant à moi, j’ai toujours défendu le rêve qu’ils soient sincères.

C'est joli La Rochelle. Et, dans cette église, y a une expo sur les prêtres ouvriers

C’est joli La Rochelle. Et, dans cette église, y a une expo sur les prêtres ouvriers

Pourtant, chacun reconnaît que l’austérité, cette politique mortifère, mène le pays à la ruine et la gauche – puisque les habitants de ce pays réunissent sous ce vocable du PRG au NPA – dans le mur. Il se pourrait même qu’une majorité soit possible – à l’intérieur du résultat des élections législatives de juin 2012, comme l’a longtemps expliqué Jean-Luc Mélenchon – autour d’un compromis politique dont le club Gauche avenir a défini les premiers contours. C’est ce qu’a écrit récemment et assez clairement Pouria Amirshahi, un des députés frondeurs. De son côté, Europe Ecologie-Les Verts déclare, par la voix de son porte-parole Julien Bayou, que « l’alternative à gauche est nécessaire et possible ». Et d’enfoncer le clou :

« (L’alternative) est en train de voir le jour. Il y a des concordances entre les frondeurs du PS, les écologistes, qui ont quitté le gouvernement après avoir constaté que l’écologie n’était pas prise en compte, et le Front de gauche, qui dès le départ n’avait pas souhaité y participer. De plus en plus de monde, y compris syndicats, collectifs et associations, conteste les orientations de cette première moitié de quinquennat. À tel point qu’au moment de voter le prochain budget, je ne peux pas dire aujourd’hui si le premier ministre aura une majorité. »

L'avenir passe par le rassemblement des gauches

C’est à ce moment politique précis que vont avoir lieu les universités d’été de la Rochelle. A lire les militants socialistes sur les réseaux sociaux, elles s’annoncent relevées comme jamais. Alors qu’ils regimbent, grognent, claquent du talon et haussent la voix sur des revendications politiques qui concordent, en partie, avec celles du Front de gauche depuis des années, il faudrait jouer la chaise vide ? Je considère qu’il vaut mieux, au contraire, profiter de cette attention nouvelle à nos propos pour enfoncer le clou. Et ce n’est pas plus mal que Pierre Laurent s’y colle.

On va m’opposer que la vraie raison de la venue du secrétaire national du PCF à la Rochelle reste les sénatoriales et son poste d’élu parisien. Des discussions ont lieu, c’est vrai, entre le PCF et le PS, sur 17 départements où le mode de scrutin favorise une victoire nette de la droite en cas de désunion de la gauche. La belle affaire. Le Parti de gauche, dans son congrès de mars 2013, a déclaré : « Nous ne laisserons pas la droite conquérir des positions électorales » (lignes 725 et 726). Le PCF ne fait rien d’autre que mettre en actes les mots du PG. D’autant que les résultats des élections municipales et européennes augurent d’un nouveau recul pour le camp progressiste, qu’on y inclue ou pas le PS.

Les salariés qui luttent tous les jours commencent à trouver le temps long

Les salariés qui luttent tous les jours commencent à trouver le temps long

Cela posé, vous pouvez mesurer, la prophétie sur l’insurrection de 2017 n’étant pas prête de se réaliser sauf si on qualifie comme telle une nouvelle percée du Front national, qu’il y a urgence à travailler sur le fond, c’est-à-dire dans la durée. Il faut faire saillir les points de désaccord, mesurer s’ils sont solubles et mettre en relief, aussi bien, les convergences possibles entre gens de bonne volonté. Puisque c’est cela que va faire Pierre, oui, il a raison d’aller à la Rochelle.

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Bonus vidéo : Billy Bragg « To Have And To Have Not”

août 25

Démissions, pièges à cons

Cette rentrée politique pourrait prêter à rire, s’il n’y avait 5 millions de chômeurs, plus de 8 millions de pauvres ; si les dividendes versés aux actionnaires n’avaient augmenté de 30 %, montrant à quoi ont véritablement servi le Crédit impôts compétitivité emploi et le « Pacte de responsabilité ». Et si François Hollande n’avait pas annoncé que le pire reste à venir. Ce week-end – celui de la rentrée des médias et des politiques – a commencé par la démission d’un homme de la co-présidence d’un parti ; il a fini par la démission du gouvernement suite aux critiques politiques exprimées en public par le ministre, désormais sorti, de l’Economie. Le peuple, celui dont tout le monde a le nom à la bouche, reste le grand oublié de ces journées. Le ton est donné : les partis politiques ne s’intéressent pas à ceux dont ils prétendent représenter les intérêts.

Hausse de 30 pour cent des dividences

A preuve, la perte des repères idéologiques continue de s’aggraver. Les concepts de « gauche » et « droite » sont balayés d’un revers de main, d’un côté comme de l’autre. Le premier coupable de cette situation est bien le gouvernement qui mène une politique qui n’a rien à envier à celle de ses prédécesseurs de Raffarin à Sarkozy. C’est cette politique, qui refuse la rupture, qui alimente la confusion entre « gauche » et « droite », faisant le lit de celle dont le « ni droite ni gauche » est le credo depuis des lustres. Cette ligne a divisé les Français, elle a divisé la gauche, divisée la majorité, divisé le PS et, désormais, elle divise le gouvernement.

Montebourg, coutumier des sorties fracassantes, a réussi la sienne ce week-end, sur une question politique de fond : « L’honnêteté oblige à dire que la croissance est nulle chez nous, qu’elle est négative chez nos voisins et qu’il existe un grave risque déflationniste dans la zone euro. […] Il faut donner la priorité à la sortie de crise et faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits, qui nous conduit à l’austérité et à la montée continue du chômage. » Ce disant, il rejoint, finalement, l’analyse dressée par les gauches du PS et les « frondeurs » depuis plusieurs mois. Ce n’est pas une surprise, si on veut bien se rappeler que ses proches ont signé l’appel « il n’y a pas qu’une seule politique possible » en février dernier.

Echelle des revenus

Certes, il a mis du temps. Et l’homme n’est jamais dénué d’arrière-pensées. Emmanuelle Cosse, en marge des journées d’été d’Europe Ecologie-les Verts, a exprimé sa crainte d’une « posture ». Mais à quoi bon bouder son plaisir ? Elle a fini par se dire « ravie » que le désormais ex ministre de l’Economie « trouve un chemin commun avec les écologistes ». Et pas qu’avec eux… De facto, Montebourg et Hamon rejoignent leurs propres bases politiques, internes au PS cette fois, avec les « frondeurs ». Manuel Valls en a tiré toutes les conséquences en présentant la démission de son gouvernement, condition sine qua none pour dégager Montebourg et Hamon, l’autre star du week-end.

Sans préjuger de la composition du gouvernement à venir, qui sera présenté demain mardi 26 août, il devrait avoir un mérite : privé de ses « cautions de gauche », sans participation de ministres écolos et encore moins communistes, il sera un vrai gouvernement social-libéral. Qu’on n’en doute pas, malgré cela, il trouvera, entre abstention massive de parlementaires PS pas décidés à aller jusqu’au bout de la crise et solidarité partidaire, la majorité dont il a besoin pour obtenir le vote de confiance. Nul n’osera provoquer une législative anticipée. Surtout pas après le résultat des élections européennes. Il n’y a pas que « son » siège à perdre, il y a le risque gros de voir la droite au coude à coude avec le FN. Mais, le corollaire de cette affaire devrait être un raidissement dans la manière de gérer le groupe majoritaire de la majorité.

Remaniement

Le Front de gauche ne constitue toujours pas une alternative crédible à gauche. Comme le relève Olivier Dartigolles, il sort d’une « année pourrie ». Le porte-parole du PCF a précisé sa pensée : « Le Front de gauche s’est bunkerisé, il n’a pas donné le sentiment de vouloir tendre la main ». Il n’est qu’à lire la manière dont est reçue, par une partie du dit Front de gauche, la publication de la contribution du club « Gauche avenir » à un « nouveau pacte majoritaire à gauche ». L’incapacité des composantes de la gauche critique à s’entendre sur la méthode (sur le fond, les divergences sont mineures), nourrissent deux écueils. Le premier est que le Front national apparaît, à tort, comme le seul parti porteur d’un projet de société cohérent et global. Le second va émerger : c’est la mythologie du seul mouvement social comme porteur d’alternative face au social-libéralisme.

Autant le dire de suite, pour celles et ceux qui veulent vraiment changer les choses par l’action politique, les années noires sont devant nous. Faites provision d’espoir, on va en avoir besoin. Et si on refaisait un peu d’éducation populaire politique en attendant ? Histoire de se rappeler que « fédérer le peuple » ça n’a pas de sens mais que donner les outils à la classe ouvrière pour prendre conscience d’elle-même, ça c’est révolutionnaire.

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Bonus vidéo : Basement Jaxx and Swarthama « Power To The People »