juillet 8

Nous sommes l’Europe #NoGrexit

A l’évidence, le message envoyé par les Grecs dimanche 5 juillet passe mal du côté des dirigeants de l’Eurogroupe. A l’issue d’une nouvelle rencontre, mardi 7 au soir, l’Allemagne a convaincu la majorité de ses partenaires de tendre encore les relations avec le gouvernement d’Alexis Tsipras. Les sources concordent pour témoigner que, à l’instar de la Banque centrale européenne, la chancelière Angela Merkel souhaite désormais pousser la Grèce hors de la zone euro, ce qui reviendra, de facto, à la sortir de l’Union européenne. C’est le Grexit. Comme je l’écrivais dès lundi, c’est maintenant que la Grèce a besoin de nous. Il appartient aux peuples d’Europe de dire non : #NoGrexit !

no grexit

Forcer la Grèce à sortir de la zone euro serait un acte anti-démocratique mais aussi discriminatoire, rappelle Oliver Panhecke, spécialiste du droite européen. Il précise : « Même si, à Bruxelles, Berlin, Francfort, Londres, Washington DC ou New York affirment que la seule réponse au défaut de paiement de la Grèce serait le Grexit, ils ignorent les bases légales de l’Union européenne et de l’eurozone ». Clairement, la position de Merkel et des dirigeants libéraux de l’Europe est un coup de force contre les traités qu’ils ont eux-mêmes imposés aux peuples.

C’est d’autant plus évident que le premier ministre grec, Alexis Tsipras, a rappelé ce 8 juillet au matin, devant le Parlement européen : « Le choix courageux du peuple grec n’est pas un choix de rupture , mais de retour aux sources des idéaux qui ont fait l’Union européenne ».

Crise euro grecque

En France, déjà, 42 parlementaires de diverses sensibilités de gauche ont lancé un appel pour le maintien de la Grèce dans la zone Euro et la restructuration de sa dette. Ils expliquent : « Alors que des réunions cruciales se tiennent à Bruxelles, nous, représentant-e-s du peuple français,  appelons donc dès aujourd’hui le Gouvernement  à user de tout son poids pour faire entendre la voix de la solidarité et de la démocratie dans l’Union, seules garantes de notre avenir commun ». Comme le souligne l’eurodéputé socialiste Guillaume Balas, « si la Grèce sort de l’euro, nous changerons d’Europe. L’utopie européenne sera considérablement abattue ».

Dans ce contexte, les citoyens d’Europe doivent désormais faire entendre leur voix pour imposer à la finance le maintien de la Grèce dans le projet européen. Déjà, des initiatives fourmillent. Sur le site de mobilisation wesign.it, un premier appel interpelle les dirigeants européens :

Dimanche 5 juillet le peuple grec a massivement voté non au plan d’austérité proposé par la Troïka. Certains d’entre vous voudraient manipuler l’opinion en disant que les grecs se sont exprimés pour une sortie de la zone euro. Il n’en est rien, le gouvernement grec  a été on ne plus clair sur sa volonté de rester : « Notre appartenance n’est pas négociable » (Yannis Varoufakis).
Comme l’exprime Thomas Piketty, économiste auteur du livre le Capital au 21e siècle : « Ceux qui cherchent le Grexit sont de dangereux apprentis-sorciers  »
Nous citoyens de toute l’Europe, vous interpellons afin que vous respectiez la volonté du peuple grec.

nogrexit

Pour soutenir et amplifier la mobilisation, n’hésitez pas à suivre et partager les initiatives

 #NoGrexit sur twitter et sur facebook.

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Bonus vidéo : KolletivA « The Wind That Shakes The Barley »

juillet 6

C’est maintenant que la Grèce a besoin des Européens !

C’est fait. La Grèce a voté et les résultats sont clairs : près des deux tiers des votants ont refusé le chantage exercé par la troïka : Fonds monétaire international, Banque centrale européenne et Union européenne. Jean-Claude Juncker et Angela Merkel en sont pour leurs frais. Pour autant, ce choix politique doit encore être respecté pour ce qu’il est : un refus de l’austérité dans le cadre européen. Cela nécessite, au premier chef, que les dirigeants de la zone euro changent de braquet. Et là, ce n’est pas gagné. La première échéance est fixée ce lundi 6 juillet avec la réunion de la Banque centrale européenne.

Tsipras vote lors du référendum

Dès l’annonce des résultats, ce 5 juillet au soir, Alexis Tsipras, premier ministre grec, a rappelé la signification qu’il entend donner au vote des Grecs  :

Je suis confiant que demain, nous allons frayer un chemin à tous les peuples de l’Europe.
Un chemin de retour aux valeurs fondatrices de la démocratie et de la solidarité en Europe, en envoyant un message fort de notre volonté non seulement de rester dans l’Europe
mais d’y vivre avec dignité. De prospérer, de travailler d’égaux à égaux.
Faisons donc de cet acte de volonté, de cet acte festif de la démocratie, un acte décisif
vers un avenir meilleur pour nous tous en Grèce et en Europe.

Pour la coalition de gauche au pouvoir à Athènes, nulle question de quitter l’Europe. En guise d’apaisement, le ministre grec de l’Economie Yánis Varoufákis a démissionné dans la nuit. Sa présence n’étant plus souhaitée par certains partenaires aux réunions de l’Eurogroupe, il a donc préféré s’en aller avec dignité afin de ne pas gêner son Premier ministre dans les négociations à venir.

Yanis Varoufakis a donné sa démission

Mais, pour l’Eurogroupe, cet embryon de gouvernement européen, et pour les tenants de l’austérité, il n’en va pas de même. Jean-Claude Juncker avait prévenu : « Il ne peut y avoir de choix démocratiques contre les traités européens ». Et, dès les résultats connus, le vice-chancelier social-démocrate allemand, Sigmar Gabriel, par ailleurs ministre de l’Économie, a déjà déclaré que « les derniers ponts » entre la Grèce et l’Europe sont coupés. De là à imaginer que l’Eurogroupe veuille pousser la Grèce hors de l’Europe, pour éviter un précédent fâcheux, il n’y a qu’un pas. L’intransigeance du gouvernement allemand, pour l’heure, a déroulé son mépris aux allures de rouleau-compresseur pour imposer sa propre conception de l’Europe.

Dans ce cadre, Alexis Feertchack a bien raison de rappeler :

Le référendum n’est pas une victoire à la Pyrrhus pour les Grecs.
Au contraire, il a la vertu de mettre en lumière les agissements économiquement violents
et politiquement douteux de l’union économique et monétaire, la zone euro,
telle qu’elle fonctionne aujourd’hui.

Les apprentis sorciers de l'Eurogroupe veulent pousser Athènes vers le Grexit.

Les apprentis sorciers de l’Eurogroupe veulent pousser Athènes vers le Grexit.

Dans cette nouvelle partie qui s’engage, la Grèce aura besoin d’alliés. Elle en a déjà avec le gouvernement régional écossais, dont la Première ministre, Nicola Sturgeon, a demandé un « allègement de la dette » d’Athènes. La présidente argentine, comme nombre de ses collègues latino-américains, n’a pas ménagé son soutien au gouvernement Tsipras. Plus étonnants sont les mots de Barack Obama, même si ce dernier n’est pas totalement dénué d’arrière-pensées. Le président américain peut légitimement craindre que la Grèce, poussée hors de l’euro, ne se jette dans les bras des BRICS, en particulier de la Russie et de la Chine.

Mais c’est surtout des Européens dont le berceau de la démocratie aura besoin. Comme le souligne l’ami Kevin Victoire dans Le Comptoir : « La gauche radicale européenne a pour devoir de faire preuve de solidarité, pas qu’en parole, mais en acte, avec les Grecs. » Mais pas uniquement cette gauche-là, dont le soutien semble naturel. Tout autant pèsent les actes des élus et dirigeants de gauche plus modérés qui pourraient, demain, être au pouvoir dans leurs pays respectifs. C’est pourquoi il faut saluer, ce lundi 6 juillet, le meeting organisé par le comité pour la solidarité avec la Grèce. Devraient y prendre la parole Frances O’Grady, secrétaire de la confédération des Trade Unions ; Jeremy Corbyn, Membre du parlement pour Islington-North et candidat de la gauche au leadership du Labour ; Diane Abbot, MP travailliste de Londres… De Grande-Bretagne encore est parti une initiative citoyenne de crowdfunding pour financer le sauvetage de la Grèce. En huit jours, elle a rassemblé près de 2 millions d’euros…

Cancel Greek Debt

Aussi protéiformes qu’elles soient, ces initiatives contribuent à créer un rempart autour de la Grèce pour empêcher les intégristes de l’austérité d’exclure nos amis de l’Europe. Elles sont plus qu’un combat défensif, elles contribuent à créer, enfin, l’Europe politique à laquelle les partis au pouvoir et les gouvernements ont été incapables de donner vie. Mais une Europe qui est aussi bien fragile aux yeux des peuples qui la composent.

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Bonus vidéo : Is Tropical « The Greeks »

juillet 1

#Grexit #Brexit : l’Europe prise entre deux peuples

C’est donc officiel, la Grèce est en défaut de paiement, provoquant la colère de ses débiteurs : le Fonds monétaire et l’Union européenne, notamment l’Eurogroupe. Les informations convergent pour mettre en lumière que le FMI et l’Eurogroupe ont multiplié les provocations, refusant toutes les propositions de compromis élaborées par le gouvernement dirigé par Alexis Tsipras. Le résultat est là : le premier ministre grec a convoqué un référendum pour le 5 juillet. Le résultat de cette consultation est évidemment déterminant pour l’avenir de l’Union européenne. Surtout, il aura un impact sur un autre référendum : celui que David Cameron s’est engagé à organiser avant 2017 en Grande-Bretagne.

Crise euro grecque

Au Royaume-Uni, la question est très clairement posée : sortie ou maintien dans l’Union européenne. Côté grec, la menace est brandie d’une sortie du pays en cas de victoire du « non », d’autant que c’est la réponse à laquelle aspire Alexis Tsipras, qui a mis tout son poids politique dans la balance. Mais c’est l’Union européenne qui devra, dans le cas d’un « non » majoritaire, expulser la Grèce de son périmètre. Pour la Grèce, ce ne serait pas forcément une catastrophe, puisque de nouveaux partenaires se présentent déjà. Parmi eux, la Russie de Poutine et les BRICS.

Ce mercredi 1er juillet au soir, une sortie de crise semble se dessiner alors qu’Alexis Tsipras a fait parvenir de nouvelles propositions à l’Union européenne. S’exprimant devant le parlement hellène, il a précisé : « Certaines personnes disent que j’ai l’intention de sortir le pays de l’Union, ce sont des mensonges. Le « non » signifie un retour à une « Europe des valeurs ». » 

Alexis Tsipras

Au final, ce qui se joue en Grèce en ce moment n’est pas du tout la question du remboursement, dont la BCE, le FMI et l’Union européenne se contrefichent. Ce que veulent les créanciers de la Grèce, c’est imposer un modèle de société conforme au nouvel âge du libéralisme. C’est pour cela que les enjeux liés aux retraites, à la protection sociale, aux services publics génèrent autant de crispations. Au demeurant, la Grèce, pour proie de choix qu’elle soit avec son « déficit », n’est pas la seule en ligne de mire de l’Europe.

En 2013, j’écrivais, dans un édito pour le défunt site Mediavox : « La Commission européenne a rendu publiques, hier mercredi 29 mai, ses préconisations pour les différents pays de son ressort. (…) Le gouvernement français subit l’injonction de « poursuivre la réforme de son marché du travail » mais aussi d’accélérer la réforme des retraites. Cette dernière doit donc être mise en œuvre dès cette année. Assurément, quand on connaît le montant du marché que pourrait représenter la libéralisation de la protection sociale, il y a là des ressources. Les entreprises – notamment les assurances privées – attendent, dans les starting blocks, le feu vert pour se jeter sur l’os. Autre met de choix que la Commission entend donner en pâture au privé : le transport ferroviaire des passagers. Celui des marchandises relève d’ores et déjà de la fameuse « concurrence libre et non faussée ». »

Le mépris en un geste

Pour l’Union européenne, qui n’a toujours pas de légitimité populaire, comme pour ses thuriféraires, la politique n’est pas une réponse acceptable. A l’appui de ces propos, retenons que le président du Conseil de l’Union européenne, le Letton Edgars Rinkēvičs, avait invité le premier ministre grec à « accepter le principe de réalité » et « à cesser de politiser » les choses. Pourtant, que demander de mieux à un premier ministre que de faire de la politique, de politiser la crise ? C’est ce que résume le professeur de sciences politiques Christophe Bouillaud :

J’ai bien peur que la démocratie, entendue comme capacité d’orientation politique liée au vote populaire, ait tendance à disparaître dans tous les pays européens sous assistance financière européenne ou internationale : les obligations que créent les aides internationales ou européennes l’emportent sur la volonté des électeurs.

Sauf que, à ce petit jeu, l’Union européenne se trouvera bientôt entre deux feux. Sa volonté d’avancer à marche forcée dans la voie d’une intégration politico-économique aussi libérale fusse-t-elle se heurte de plein fouet à la position du plus libéral des gouvernements européens : celui dirigé par David Cameron, au Royaume-Uni. Pour couper l’herbe sous le pied aux europhobes de UKIP et contenter les plus eurosceptiques des conservateurs britanniques, le locataire du 10 Downing Street a accepté un référendum. Il entend s’en servir dans le rapport de forces pour obtenir des ajustements sur la politique de l’Union européenne, notamment quant à la hiérarchie des normes. Cameron, en bon torie, ne veut d’Europe qu’en tant que marché unique, pas en tant comme marché commun.

tweet varoufakis

Mais les citoyens britanniques – ceux qui ont lancé un crowdfunding pour sauver la Grèce – iront-ils jusqu’à suivre le Premier ministre britannique ? Rien n’est moins sûr. Et les contradictions soulevées par la crise euro-grecque pourraient bien amener les sujets de sa gracieuse majesté à répondre par la négative à la question sur le maintien dans l’Union. Cette dernière, par sa propre faute, par son refus de construire une Europe politique, est donc coincée entre deux peuples. L’Union européenne est donc en passe de tuer l’Europe ou, tout au moins, le rêve européen.

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Bonus vidéo : The Chemical Brothers « Go »