Note dédicacée à mon ami Jacky Corbel

Au départ de cette note est le courrier qu’adresse à Robert Hue mon ami François Asensi, dont j’ai déjà eu à évoquer l’attaque en règle dont il est victime de la part du Brutus de la Seine-Seint-Denis. Ce petit texte m’a replongé des années en arrière. Alors que j’étais encore militant du Parti communiste. Bien que membre du Parti de Gauche aujourd’hui, vous voudrez bien m’accorder que je reste un militant communiste, puisque ce qualificatif renvoie à une vision politique plus qu’à une appartenance partidaire.

Mais, d’abord, je vous dois la lettre de François à Bob l’épongé :

« How are you, dear Bob,
J’utilise l’anglais puisque pour être « dans l’ère du temps et de la modernité », il faudrait s’adapter au monde tel qu’il est. Ceci est je crois conforme à ta nouvelle façon de penser. Tu apprécieras donc cette attention.
Très franchement, je dois te dire que j’ai appris avec surprise, mais non sans quelque ravissement, que tu venais visiter la ville de Tremblay-en-France laquelle, comme tu le sais sans doute, possède une excellente équipe de handball. Celle-ci joue en première division et a accédé à la finale de la coupe d’Europe l’année passée.
Enfin … tu as pu trouver du temps sur ton agenda pour te rendre à Tremblay-en-France, ce que tu n’as pu faire pendant toutes tes années de mandats de Président de l’Association nationale des Elus Communistes et Républicains, puis de Secrétaire national du Parti Communiste Français, puis Président de ce même parti, enfin Sénateur.
La vraie raison de ta visite, c’est ta participation à une réunion électorale avec ton nouvel allié, le député européen Daniel Cohn-Bendit, pour soutenir une entreprise qui vise à faire battre le député du Front de Gauche.
Connaissant ton bon sens politique, tu n’es pas sans savoir que par le truchement d’un accord de sommet, les appareils d’Europe Ecologie et du PS se sont ligués pour empêcher l’élection d’un député Front de Gauche.
Cher Bob, la politique prend des chemins de traverse assez imprévisibles, mais l’histoire nous rattrape toujours. Lorsque j’ai été exclu de la direction du Parti Communiste, coupable à ses yeux de vouloir moderniser et rénover l’espace communiste en France et rompre avec le pseudo socialisme soviétique, tu entrais à ce moment-là dans cette même direction, gardienne de l’orthodoxie. Et alors là, quel silence de ta part !
J’étais alors, avec des milliers d’autres, victime de procès en sorcellerie, accusé de vouloir liquider le communisme en France … Mais heureusement tu as pris les choses en main et ton score de 3,37 % à l’élection présidentielle de 2002 a dû contribuer à la renaissance des idées communistes en France ! »

Bob à la buvette du Sénat

Je ne peux trop me reconnaître dans ces mots, aussi ironiques soient-ils. Je me souviens, en 1997-1998, mes dernières années comme membre du PCF. Bob était alors « patron » du Parti. Moi, j’étais, sans qu’il ne le sache, dans la même ligne politique que François. Nous étions des rénovateurs, aux côtés de Guy Hermier. François était de ceux qui créent la pensée avec Guy. Moi j’écrivais dans l’hebdomadaire Futurs, sous pseudonyme. Etant par ailleurs salarié du quotidien La Marseillaise, il était peu envisageable – à l’époque – que je collabore à Futurs sous mon vrai nom. La faute en revient non pas aux dirigeants du journal mais bien à l’attitude de l’actionnaire principal, actionnaire dirigé alors par Bob, celui qui vient nous donner aujourd’hui des leçons de démocratie et de rénovation.Sans rire.

Nous défendions le « pôle de la radicalité », regroupement des gauches de transformation sociale, dont j’estime qu’il est la première ébauche théorique de ce qui est aujourd’hui le Front de Gauche. A l’époque, Robert Hue tirait à dia, pour faire du grand parti de la classe ouvrière un courant externe du PS. Sans manquer de flinguer tout ce qui dépassait.

A tout le moins, Bob a une constante : il aura toujours combattu tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un rassemblement autonome et conquérant face au PS. Aujourd’hui, il vient donc faire de la retape pour Stéphane Gatignon, servant au passage de marchepied médiatique à Dany le jaune. Las, il n’est guère récompensé et attend encore en vain qu’on veuille bien lui accorder un strapontin ministériel. Bientôt, fort heureusement, il ne restera plus rien de Bob l’épongé, tellement le PS l’aura essoré.

Tiens, je vais terminer par une anecdote qui m’est arrivée pendant les élections régionales. Je devais me rendre aux Coteaux de l’Orge, à Viry-Chatillon, dans le cadre de mon boulot. C’était un après-midi de pré printemps. Il faisait beau ce jour-là. Et là, sur qui tombé-je, à peine accompagné d’une personne qui semblait lui servir de guide ? Bob ! Plus épongé que jamais. Seul. Comme toujours. Comme il le restera à jamais. Quand je devrai écrire la nécro de Robert, je n’aurai en tête que cette image d’un nain de jardin abandonné dans un espace trop grand pour lui.

 

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Bonus vidéo : OTH « Euthanasie pour les vieux rockers »