Le Cri du peuple était en chantier, sous la houlette du maître Hamster, je m’étais suis réfugié ici, dans la partie normalement réservée aux bonus du bloug. Bon, j’étais quand même chez moi donc ça ne change pas grand chose. Je me disais que je pouvais patienter jusqu’à la mise en place du nouveau Cri que mon récit de la manif d’hier, contre le TSCG, n’avait pas véritablement d’enjeu. Mais, vus quelques échanges sur touittère, je me suis dit qu’il fallait mieux ne pas attendre.

C’est que j’en ai lu des conneries concernant la manifestation d’hier. Sur les chiffres évidemment. Mais surtout sur un point qui me concerne particulièrement : le service d’ordre. Comme souvent, j’en ai été partie prenante, cette fois dans une des équipes d’intervention. Cela a son importance.

A quoi sert un service d’ordre dans ce genre d’événement ? Il faut se poser la question. En fait, toi, ami lecteur, tu es un manifestant. Tu es venu peut être avec des amis, peut être en famille comme mon bro’ Dareljedid. Tu es content d’être là, le soleil resplendit, nous sommes entre 80 000 et 100 000 à arpenter le pavé parisien. Dans l’air retentissent les chants et les slogans. Notre défilé, pour déterminé et combatif qu’il soit, a des airs de fêtes. Mais, sais-tu que, la veille, samedi 29 septembre, l’extrême-droite a manifesté dans les mêmes rues parisiennes ou presque ? Sais-tu que le facho n’a pas peur de grand chose, ni du ridicule, ni de s’en prendre aux plus faibles que lui ? Sais-tu le bazar que ça mettrait si, genre ce matin, au lieu de l’absence de traitement par les médias, nous avions eu droit à « le défilé de Mélenchon mis à mal par l’extrême-droite » ?

Voilà donc la première des tâches qui nous incombent à nous, membres du Service d’ordre, que vous êtes nombreux à mépriser, moquer voire insulter (si, si, je vous assure). Nous sommes là pour vous permettre de manifester en toute tranquillité, nous sommes là pour vous protéger donc. Qui a envie de se faire molester par un nervis au crane rasé ? Pas moi, soyez-en sûr.

Et puis, tu es nombreux, ami lecteur, à ne pas vouloir ton nom accolé à celui de ces gentils messieurs aux idées aussi courtes que le cheveu. Aurais-tu voulu apprendre ce matin – parce que, sois en sûr (j’ai été journaliste), cette fois les JT auraient ouvert là-dessus – que tu étais dans un cortège où le Front national était présent ? Or, Alain Soral et ses amis avaient bien annoncé leur envie de venir polluer notre cortège. Nous sommes là, nous autres du SO, pour préserver ton environnement ami manifestant. Finalement, sur ce point comme sur l’hypothétique venue de l’autre azimuté Cheminade, nous n’avons rien eu à faire hier. Ils sont restés loin. Voire ils ne sont pas venus.

Ah oui, ça a bruissé sur touittère : genre, on leur aurait cogné dessus pour les tenir à distance les Cheminade. Ma foi, si cela avait dû se faire, sois bien sûr ami lecteur que j’aurais été dans le coup. J’étais de groupe d’intervention, je t’ai dit. Je peux t’assurer que je n’ai rien eu à faire, ou presque.

Le presque c’est la dernière des tâches de tout membre du SO : assurer le bon déroulement de la manifestation. C’est à dire, lui permettre d’avancer avec des nuées de journalistes qui veulent que tu t’arrêtes pour prendre en photo non pas le manifestant lambda que tu es, mais les chefs, le chef ! Et s’ils peuvent, à l’image du tout Petit Journal voler un sale cliché, sois bien sûr qu’ils vont se jeter dessus. Toi, tu es comme moi, tu es pour la liberté de la presse, donc tu les laisses bosser ; mais tu ne veux pas qu’on salisse ceux qui portent ta voix, parce que c’est la tienne qui est dévalorisée en cascade, donc tu veilles.

Et puis, comme tu es 100 000 derrière à pousser pour que ça avance, parce que, venu de Province, tu as ton bus à prendre pour dormir un bout de nuit avant d’aller au turbin le lendemain, tu n’as pas envie que les copains bloquent le cortège. C’est logique. Avec mes camarades, on est là pour ça aussi. Du coup, nous sommes les « cons » qui passent leur temps à dire « mettez-vous sur les côtés », « restez derrière les voitures », « laissez passer votre manif »… Parce que nous ne sommes pas toujours des militants disciplinés et c’est tant mieux. Y a de tout dans le cortège, toute la gauche est là, en vrai. Mais c’est là que toi (pas personnellement hein, juste toi le manifestant lambda qui ne me connaît pas, qui ne sait pas que le camarade à côté vient de Toulouse et qu’il n’a pas dormi pour être là, pour te protéger), tu m’envoies chier, voire tu m’insultes. Je t’en remercie, ça me fait du bien d’être respecté comme militant.

Voilà. Donc, ce lundi matin, la presse n’a rien eu à dire sur notre cortège. Tout c’est bien passé. Ma camarade Riva vient de raccrocher après m’avoir expliqué qu’elle a des courbatures de partout. Et ouais, elle a beau être membre du bureau national du Parti de Gauche, elle était aussi au SO avec moi. Elle était au carré de tête, à la corde. Si elle a les épaules, le dos et les jambes en miettes ce matin, c’est qu’elle avait la meute de journalistes en face. La prochaine fois, ami lecteur, toi qui manifeste comme nous on rêverait de le faire, fais lui une bise au lieu de te foutre de nous.

Moi, là, tu vois, je t’embrasse fraternellement. Parce que notre pari, on l’a réussi. Hé, vieux ! On était 100 000 hier et ça, c’est plus important que tout.

 

 

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Bonus vidéo : Wu Tang Clan « Protect Ya Neck »