C’est un exemple parmi tant, exemple des ravages de la financiarisation de l’économie. J’avais évoqué dans ces colonnes la situation du groupe PSA qui annonce suppressions d’emploi par centaines cette année, parce que le bénéfice n’est « que » de 588 millions d’euros. Du côté des 3 Suisses, la fameuse société de vente par correspondance qui, pour les gens de ma génération, a un petit goût de madeleine de Proust, c’est un tout petit peu plus cash encore. Parce que là, ce sont 247 salariées qui perdent leur emploi. Nous ne sommes plus dans le non remplacement des départs en retraite pratiqué un peu partout.

Revenons un peu en arrière : en décembre 2010, le groupe 3 Suisses international présente un « plan de modernisation » de l’entreprise d’un coût de 70 millions d’euros. Il se traduit concrètement par la fermeture des 35 boutiques 3 Suisses implantées dans l’hexagone qui servent à la fois de vitrine, de service avant et après-vente, d’une entreprise « tournée vers ses clients », où les mots « proximité » et « connivence avec le client » sont mis en avant. De quoi entretenir un sentiment de trahison chez ces salariées qui, comme beaucoup dans ce pays, ont une vraie culture d’entreprise, un attachement extrêmement fort à leur société. C’est ce dont témoigne Catherine Andrieu Fournier qui, chef d’unité, n’avait jusqu’à présent aucun engagement syndical.

Alors, que s’est-il passé ? Bien peu savent que le groupe 3 Suisses international a été racheté par un autre groupe, Otto, leader mondial de la vente par correspondance qui a réalisé la bagatelle de 181 millions d’euros de bénéfices en 2010. C’est ce rachat qui change la donne « managériale » dans la boîte et instaure de nouveaux ratios de rentabilité. Exit donc la relation physique avec le client, trop chère pour un résultat pas assez élevé. Qu’importe si 150 salariées se retrouvent sur le carreau (247 à l’échelle du groupe qui intègre La Blanche Porte, Becquet et Vitrine Magique). Qu’importe aussi les référés pour « non justification de licenciements économiques ».

Le groupe 3 SUISSES en quelques chiffres :
– appartient à 51% au leader mondial de la vente à distance OTTO,
– implanté dans 16 pays,
– 7e groupe de e.commerce en Europe,
– 2e groupe de e.commerce en France,
– 8 300 collaborateurs à travers toute l’Europe !

La direction des 3 Suisses, pour mener à bien cette opération de démantèlement, profite de l’éparpillement des victimes du plan social. Dans d’autres cas, elle opère un chantage à l’emploi pour tenter d’empêcher les solidarités de se nouer, quand elle n’exerce pas des pressions d’un autre âge sur ces femmes peu habituées à la lutte syndicale.

Au demeurant, il y a déjà eu un plan social en 2009, qui s’est traduit par la suppression de 850 suppressions d’emplois. Une paille mais ce plan social devait préserver l’avenir. On voit la couleur de cet avenir aujourd’hui. De l’Helvétie mentionnée dans le nom de l’entreprise, il ne reste que le rouge de la colère et le blanc de la souffrance.

Demain, mardi 6 mars à 13 heures, les salariées licenciées des 3 Suisses seront devant l’Assemblée nationale pour exprimer leur refus d’être sacrifiée sur l’autel de la rentabilité à outrance. Elles seront aux côtés des « Paru Vendu », des Lejaby, des Sodimédical… Autant d’entreprises où les plans de licenciements injustifiés laissent des centaines de vies sur le carreau. Autant d’entreprises aussi, dont les représentants des salariés ont rencontré Jean-Luc Mélenchon et mon amie Laurence Sauvage, animatrice du Front des luttes, lundi 13 février dernier.

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Bonus militant : Signez la pétition contre les licenciements chez les 3 Suisses.

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Bonus vidéo : The Redskins « Go Get Organized »