Au départ de cette note, il y a le communiqué que j’ai rédigé avec mes camarades de la coordination départementale du Parti de Gauche en Seine-Saint-Denis. Prenant acte de ce que, dans 5 circonscriptions du département, il y a des possibilités de duels fratricides à gauche au 2e tour, nous appelons au retrait du candidat arrivé en seconde position. En vertu du désistement républicain. Le simple fait de poster cette information sur twitter m’a valu quelques remontées acides de twittos auxquels j’ai promis explication sur ce qu’est le désistement républicain.

Avant de revenir à l’histoire de ce principe, consubstantiel du Parti de Gauche et du Front de Gauche en général, je vais vous raconter quelque chose. Les événements se déroulent en 2008, en Seine-Saint-Denis, à l’occasion des municipales. Deux listes de gauche, entre autres, s’affrontent. La première rassemble le PCF, le PS, des citoyens engagés à gauche. Elle rassemble 35 % des voix et arrive en tête du premier tour. La seconde, composée de membres des Vers, de socialistes renégats ayant quitté leur parti pour faire liste contre les communistes, des citoyens, arrive en 2e position avec 25 % des voix. La droite n’obtient pas le score minimal pour se qualifier au tour suivant. En vertu du désistement républicain, la liste arrivée en deuxième position aurait dû se retirer. Elle ne le fait pas. La droite vote pour elle. Résultat : les Vers sont élus – par les voix de la droite – et emportent la municipale alors qu’ils étaient largement derrière au premier tour. Toute ressemblance avec Montreuil n’est pas fortuite.

Donc, au départ était le désistement républicain. Cette doctrine prend corps à la fin du XIXe siècle, juste après l’écrasement de la Commune de Paris. La République est encore fragile. Les candidats royalistes menacent et veulent restaurer la monarchie. Les Républicains sont divisés mais s’accordent sur un point : il ne sera pas admis que la division des Républicains permettent la victoire des royalistes. En corollaire, les partis républicains refusent que les voix monarchistes arbitrent leurs débats internes, qui doivent être tranchés par les citoyens – certes – mais Républicains. Cette pratique permettra la consolidation de la jeune IIIe République jusqu’à ce qu’elle finisse par vaincre ses ennemis.

Avec le temps, la gauche reprend à son compte le principe de désistement républicain, notamment à partir de 1934. Il s’agit d’éviter que les électeurs de droite ne prennent en otage les débats entre partis de gauche. Par ailleurs, ce principe sera aussi érigé comme une barrière entre démocrates de droite et de gauche d’un côté et candidats fascistes de l’autre. Ce qui nous amène aujourd’hui à nous prononcer pour la candidature de Claude Bartolone qui affronte un candidat FN au 2e tour. Voilà donc l’histoire de ce désistement républicain, si malmené ces dernières années. L’exemple de Montreuil 2008 n’est pas isolé. Loin s’en faut.

On le voit, il ne s’agit pas de négociations d’appareil mais bien d’un principe aussi fondamental que celui d’unité de la gauche puisqu’il en est le complément pratique. Il n’y a aucune négociation autre que celle-ci : « si tu ne te retires pas dans telle circonscription, je te fais perdre dans telle autre ». A ce petit jeu, c’est souvent le parti dit « sérieux » qui remporte la mise. Mais, cette année, le désistement républicain appliqué correctement nous permettrait de sauver le siège de la co-créatrice du Front de Gauche, Marie-George Buffet qui ne devance que de 800 petites voix la candidate socialiste. Nous préserverions un autre excellent parlementaire, François Asensi.

Pour nous, militants du Parti de Gauche, le désistement républicain fait partie de notre ADN politique. Un certain nombre de nos membres fondateurs sont des anciens militants socialistes qui ont refusé de suivre ce qui était leur parti dans l’offensive anti-communiste qu’a menée Claude Bartolone en Seine-Saint-Denis. Ils défendaient l’unité des forces de gauche, ils ont été exclus pour cela. Je pense très particulièrement à mon très cher Daniel Bernard et à nos camarades de Bagnolet. Pour nous, le désistement républicain est sacré, aussi difficile qu’il soit à mettre en œuvre parfois.

Il m’est revenu d’écrire le communiqué du PG 93 et certaines réactions m’ont amené à écrire cette note d’explication. Je ne l’ai pas fait de gaité de cœur. J’aurais adoré que Brard se maintienne à Montreuil-Bagnolet et tente de faire mordre la poussière à l’abject Hammadi, dont j’ai déjà écrit tout le bien que j’en pense. Mais la ligne est la ligne. Et, pour nous, militants du PG, le désistement républicain se discute aussi peu que le fait que nous serons au pouvoir un jour. La seule façon d’échapper à ce couperet, c’est de parvenir à placer nos candidats en tête de la gauche. Alors, plutôt que d’ergoter sur un principe auquel ne nous dérogerons jamais, allons plutôt nous donner les moyens d’arriver en tête.

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Bonus vidéo : Sonic Youth « Protect Me You »