Je voulais, ce jeudi 14 février au matin, parler de la propriété. Las, j’ai mis une chaîne d’information en continu et voilà que PSA s’impose à moi. C’est qu’il s’en est passé des choses cette semaine et les informations que je reçois de l’intérieur exigent que je vous les présente. Cette semaine donc, PSA a annoncé des pertes record à hauteur de 5 milliards d’euros. La direction a avancé à marche forcée sur le plan social d’entreprise accompagnant la fermeture du site d’Aulnay-sous-Bois. Enfin, elle a fait réaliser une série de publi-reportages sur les « intimidations » dont seraient victimes les non-grévistes après quatre semaines d’arrêt de travail.

Les PSA rejoignent les salariés de Goodyear à Rueil

Partons de là, de cette opération de communication. Nous voici donc plongés, par la grâce des caméras de Fox News France, dans l’usine PSA d’Aulnay. Bravo les gars ! Parce que, même en temps normal, rentrer dans un site du groupe Peugeot-Citroën, c’est tout sauf facile. Alors, en grève, je ne vous dis pas… Donc, eux, ils ont pu et montrent des grévistes jouant aux cartes pendant que les non-grévistes ne demanderaient qu’à travailler. Ils seraient, en tous cas ils le disent devant la caméra, « victimes de pression de la part des grévistes ». La communication de PSA a bien fait son boulot, propre, carré, efficace. Les salariés qui se battent pour garder leur emploi et leur outil de travail apparaissent comme des brutes sans foi ni loi, des « voyous ».

Petit rappel d’abord :

  • 2 400 salariés sur le site d’Aulnay ;
  • 800 cadres et agents d’encadrement bien sûr non-grévistes ;
  • 1 200 salariés non grévistes ;
  • 480 grévistes déclarés.

La vitrine de PSA sur les Champs Elysées

Pour l’heure, malgré les demandes répétées des organisations syndicales, aucun chiffre ne circule sur le nombre et l’évolution des arrêts maladie… Ce qui compte pour la direction de PSA Aulnay demeure de monter les uns contre les autres. En apparence, dans les médias complaisants, elle y réussit.

La réalité est plus complexe. Bien sûr, il y a des vrais non-grévistes, des salariés qui pensent que leur acceptation de la fermeture leur vaut sauf-conduit pour une mutation vers Poissy ou un autre site. Et puis, il y a ceux qui ne peuvent pas faire grève. J’ai joint par téléphone Raoul, qui m’a demandé de changer son prénom. Raoul donc est marié avec un gosse, sa femme ne travaille pas : caissière dans un hypermarché, elle est en arrêt longue maladie. Pourtant, sur le salaire de Raoul, ils ont pu réaliser leur rêve en janvier 2012 : acheter un pavillon dans le Val-d’Oise. Raoul m’explique les choses cash :

Comment voulez-vous que je fasse grève alors que j’ai les traites du pavillon à payer tous les mois ? Les copains ont raison de se battre, ils se battent pour nous, parce que du boulot y en a, en vrai… Moi, je suis coincé, pris à la gorge. Si je paie pas mon emprunt, je me retrouve à la rue avec ma femme qui peut plus bosser et mon gosse. Bien sûr, dans les stats de la direction, je suis un jaune. Mais les copains des syndicats, ils savent. Alors, je donne à la caisse de grève. Voilà ! Et, cherchez un peu, vous verrez qu’on est plein dans mon cas.

Ligne d'assemblage vide à PSA Aulnay

D’autres, sous couvert d’anonymat, parlent des pressions de la direction. Du chantage à la promotion s’ils se taisent. Du rôle des vigiles. De la violence que la direction déploie depuis des années.

C’est dans ce contexte que, mercredi 13 février, quatre « organisations syndicales » : CFE-CGC, CFTC, FO et SIA-GSEA sur six ont donné un avis favorable au projet de plan social d’entreprise. PSA dispose déjà de la garantie d’un avis majoritaire de la part des syndicats. La CFDT n’a pas donné d’avis favorable. La CGT reste le seul syndicat à ne pas accepter le plan social d’entreprise. SUD ne dispose pas de siège au Comité central d’entreprise.

CGT les vautours du MEDEF et du CAC 40

Pendant ce temps, la direction de PSA Aulnay est en train de vider le site de ses salariés. C’est la résultante de la signature de l’accord du 20 décembre 2012 sur  l’aménagement du congé sabbatique par les syndicats CFE-CGC, CFTC, FO, CFDT et SIA-0GSEA. Cet accord permet à un salarié qui souhaite réaliser un projet professionnel ou personnel à l’extérieur du groupe, de le faire dans le cadre d’un congé sabbatique d’une durée de 6 à 11 mois. A l’issue de son congé, il peut décider de rompre son contrat de travail et ainsi bénéficier des mesures d’accompagnement du plan de restructuration (PSE), dès lors qu’elles seront en vigueur ; soit reprendre son poste ou un poste équivalent. Par ailleurs, PSA a déjà procédé à des mutations de salariés en profitant des vides de la loi ou des accords de branches.

Du côté des salariés en grève, les actions se multiplient. Mardi 12 février, ils sont allés rejoindre les Goodyear devant le siège du fabricant de pneumatiques à Rueil-Malmaison. Leur arrivée, aux cris de « Goodyear, PSA, même combat ! », a fait forte impression. Le petit Valls les a fait arroser, comme les autres, de gaz lacrymogènes. Pendant ce temps, un autre groupe est allé décorer les « vitrines » de PSA sur les Champs-Elysées.

A PSA, la grève dure depuis le 16 janvier. La direction continue à pratiquer l’agression.

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Bonus vidéo : Metric « Help I’m Alive »