Coup sur coup, une loi et une annonce ont fait basculer définitivement la nature du mandat d’élu local. Le temps des « gestionnaires » est révolu, voici revenu celui des élus de combat. En effet, l’adoption de la loi portant création des métropoles d’un côté et l’annonce, par Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation, de nouvelles coupes dans les dotations de l’Etat aux collectivités locales ont enterré la vieille vision de l’élu local, soucieux de l’utilisation du denier public.

Des élus utiles contre l'austérité

Selon Le Parisien, la baisse des dotations aux collectivités pourrait atteindre 10 milliards d’ici 2017, soit 10 % de leur montant actuel. Ces nouvelles restrictions dans le budget des collectivités s’ajoutent aux 3 milliards en deux ans de baisse des dotations allouées aux villes, établissements de coopération intercommunale, départements et régions. Ce, alors que les collectivités portent, selon la Cour des comptes, plus de 70 % de l’investissement public soit près de 53 milliards d’euros, générant des centaines de milliers d’emploi.

En termes concrets, cette annonce signifie soit la hausse des impôts locaux à des taux jamais atteints soit des réductions drastiques dans les services rendus à la population en termes d’action sociale, d’entretien des bâtiments publics (écoles, crèches, équipements culturels et sportifs) mais aussi une accélération des privatisations avec dégradation de la qualité de service et hausse des tarifs. Enfin, elle entraine une baisse des constructions en matière de logements et d’équipements de transport. Autant de conséquences dramatiques pour la vie de nos concitoyen-ne-s, singulièrement dans les villes populaires où les besoins sociaux insatisfaits sont croissants.

dotations d'état 2e source de recettes des collectivités

La création des métropoles, notamment celle du « Grand Paris », a pour conséquence d’éloigner encore les lieux de décision des citoyens. La loi, adoptée fin décembre par l’Assemblée, attribue à la « métropole du Grand Paris » des compétences étendues. Il s’agit de l’aménagement de l’espace métropolitain et de la définition, création et réalisation d’opérations d’aménagement d’intérêt métropolitain ; de la politique locale de l’habitat et de la politique de la ville ; du développement économique, de la protection et mise en valeur de l’environnement et de politique du cadre de vie.

La métropole du Grand Paris pourra se voir déléguer des compétences supplémentaires de l’Etat mais aussi des communes membres. Ainsi, « afin de favoriser la construction de logements neufs », la réhabilitation des logements anciens et la résorption de l’habitat indigne, l’État peut déléguer par convention à la métropole du Grand Paris. Enfin, le nouvel EPCI s’arroge également des compétences dévolues aux communes comme les plans locaux d’urbanisme, ce qui pourrait priver l’échelon de base de la démocratie de sa substance.

Rassemblement d'élus PCF devant le Sénat contre l'acte 3 de la décentralisation

C’est ce que condamne le conseil municipal de Vitry-sur-Seine, dans une motion votée à l’unanimité : « Les villes seront dessaisies de toute véritable capacité d’intervention et de tout moyen d’action, et ce dans tous les domaines stratégiques qui concernent le territoire communal et la vie des habitants ».

La loi créant les métropoles ou les coupes sombres dans les dotations d’Etat aux collectivités, et pire encore la conjugaison des deux, doivent générer un changement radical de pratiques dans l’action publique locale. Il ne s’agit plus, pour les élus locaux qui dirigeront des municipalités demain, d’être des gestionnaires sérieux et soucieux de la meilleure utilisation de l’argent public dans un contexte austéritaire.

Claude Vazquez alors maire de Grigny devant la Préfecture de l'Essonne le 29 juin 2010

Les futurs élus municipaux ne devront avoir de cesse que de se battre pour imposer la prise en compte des besoins des habitant-e-s de leurs villes en matière de construction de logements mais aussi de crèches et d’écoles, d’extension du réseau de transport public, de rénovation de nos équipements de proximité. Cela suppose une capacité à se mobiliser à chaque instant, de mettre en mouvement la population pour contrer tel projet métropolitain contraire aux intérêts des citoyens ; pour arracher les financements nécessaires pour réaliser tel projet d’intérêt public…

Pour y parvenir, nous ne partons pas de rien. Comme je l’ai déjà écrit, « la commune reste, malgré tout le lieu premier de construction des solidarités et des résistances, notamment vis-à-vis des politiques austéritaires ». C’est à cet échelon de proximité que se construisent, de manière innovante, les pratiques de résistance, comme la charte des promoteurs créée à Saint-Ouen par Jacqueline Rouillon, qui vise à endiguer la spéculation immobilière.

Christian Piquet (GU), Alexis Corbière (PG), Marie-Pierre Vieu (PCF) : le FDG est à sa place
Christian Piquet (GU), Alexis Corbière (PG), Marie-Pierre Vieu (PCF) : le FDG est à sa place

Les municipalités Front de gauche peuvent aussi s’appuyer le réseau des conseillers généraux et régionaux qui sont en capacité d’agir à leur niveau pour faire avancer tel ou tel dossier. N’en reste pas moins que, dans l’attente d’une majorité nouvelle, les élus locaux, dans la période 2014-2020, n’auront de cesse que de se mobiliser, dans la rue, aux portes des ministères, devant le siège des métropoles. C’est aussi là l’enjeu d’en faire élire le plus grand nombre.

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