Article repris par leplus du NouvelObs moyennant un changement de titres et le rajout d’intertitres.

Quelle joie, ce matin, au réveil de lire de belles proclamations de solidarité avec le peuple grec !

Hier soir, je m’étais allé coucher avec des images terribles : des dizaines de milliers de manifestants dans les rues d’Athènes, laissant éclater leur colère, au moment où, dans un terrifiant élan d’union sacrée, le Pasok (la social-démocratie grecque), la droite et l’extrême-droite hellènes s’apprêtaient à voter un nième plan d’austérité entérinant une baisse de 22 % du pouvoir d’achat de nos frères Grecs. Une fois de plus, les esclaves et les ilotes modernes passaient par pertes et profits et les 2 % de Grecs bénéficiant de la citoyenneté sacrifiaient les autres sur l’autel austéritaire des exigences combinées de la Banque centrale européenne, de l’Union européenne et du Fonds monétaire international.

On comprend donc que, dans ce pays qui a vu la naissance – à tout le moins théorique – de la démocratie, le peuple manifeste sa colère. Même de manière violente. Les grèves de l’année 2011 assorties de cortèges jamais vu dans la péninsule n’ayant été entendues, oui, je partage la colère et la révolte de mes camarades Grecs. Qui ne ressent et fait sienne cette émotion ? L’excellent Gérard Filoche n’a eu de cesse, avec ses amis de Démocratie et Socialisme, d’afficher un beau soutien au peuple grec. Sur twitter, j’ai lu ce superbe : « En Grèce les « casseurs » ce sont le l’UE, la BCE et le FMI ! N’en déplaise à la presse aux ordres ! », signé d’un rédacteur de Démocratie et Socialisme. Je partage !

Sur son blog, Gérard Filoche va plus loin : sa note est très lucidement titrée « Si vous n’êtes pas solidaires des Grecs vous subirez leur sort : le néolibéralisme Merkel Sarkozy c’est la barbarie ». J’ai été surpris de lire, via twitter, que l’ex lieutenant de Dominique Strauss-Kahn, Jean-Christophe Cambadélis, partageait une opinion assez proche finalement. Je suis donc allé sur son blog pour lire ceci : « Tout cela démontre que non seulement l’Europe est loin d’être sauvée par le traité Merkel, mais l’explosion sociale est au bout de l’austérité. »

Je n’en peux mais. Ces propos sont extrêmement proches de ceux tenus par le Front de Gauche. En témoigne l’appel lancé par le Parti de Gauche à une manifestation de soutien au peuple grec, ce lundi 13 février à 18h30 place d’Uruguay à Paris, à proximité immédiate de l’ambassade de Grèce mais aussi des bureaux parisiens du FMI. Voici ce que déclare le PG : « Dimanche, le peuple grec a dit non à la soumission de la majorité de ses députés au diktat des marchés. Il dit non à un plan d’austérité imposé par le FMI et l’union européenne qui finirait de l’étrangler. Il crie « résistance » en son nom mais aussi en celui de tous les peuples européens qui sont victime du système financier. » Est-ce que j’exagère en soulignant les convergences entre Filoche, Cambadélis et ma modeste organisation politique ?

Pendant ce temps-là, que dit le candidat soutenu par mes amis Gérard et Jean-Christophe ? Les choses sont on ne peut plus claires puisqu’il s’est exprimé sur Canal+ dans l’émission Dimanche+ : D’abord, il justifie les terribles plans d’austérité adoptés par le Parlement grec dont le dernier qui prévoit une baisse du SMIC ! En effet, il regrette que le gouvernement n’ait pas fait « plus fort, plus vite ». Hollande déclare donc que la rigueur (austérité) devait être plus forte et qu’elle s’imposait plus tôt pour sortir la Grèce de la faillite. Il regrette que Papandréou « ait fait preuve de mansuétude ». A tout le moins, il y a de la cohérence avec sa « rigueur juste ».

Docteur Gérard et Mister Filoche

Je ne conteste en rien le droit de François Hollande d’assumer sa cohérence politique. Je propose en revanche à MM. Filoche et Cambadélis d’affirmer leur cohérence. Soit ils considèrent que ce qui se passe en Grèce est révélateur de ce que produit l’austérité comme drame et ils rejoignent le Front de Gauche. Soit ils considèrent que le plus important est l’élection de François H. et, dans ce cas, il serait bien qu’ils ne tirent pas dans le dos de leur héraut. Je dis ça, c’est pour eux. Enfin, surtout pour lui. Mais pour eux aussi, parce que là, chacun peut se poser la question : sont-ils schizophrènes ou simplement malhonnêtes intellectuellement ?

Pour ma part, je suggère à mes amis socialistes, pour trancher leur débat et qu’ils se rendent compte des effets mortifères de l’austérité, d’aller se faire voir chez les Grecs.

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Bonus vidéo : Brokencyde « Schizophrenia »