Ce mardi 13 mars midi, je serai à Amiens – par la pensée. En chair et en os, je serai plutôt prêt à partir pour Clermont-Ferrand où je vais aider à la préparation du meeting de Jean-Luc Mélenchon qui a lieu le lendemain. Saleté : je n’ai pas encore le don d’ubiquité. Je serai à Amiens donc, pour soutenir le camarade syndicaliste CGT Mickaël Prince. Je n’avais pas vraiment fait attention à cette sordide affaire de harcèlement et d’attaque contre les libertés syndicales, jusqu’à ce que les amis de Fakir me sollicitent via facebook. Facebook où je devrais être plus attentif aux publications de mes ami-e-s : ma chère Marie-Laure Darrigade, animatrice du Parti de Gauche dans le département voisin, n’a cessé de publier sur ce sujet. Voilà donc une sorte d’auto-critique publique qui m’amène à aller plus loin que la reprise de l’article de mes amis de Fakir.

Photo courtesy of Fakir

En effet, Mickaël Prince est poursuivi en justice. Son tort ? Il est délégué syndical CGT dans une entreprise que je ne connais que trop bien : les Transports frigorifiques européens (TFE). Plus jeune, j’étais responsable de la rubrique Economie et social pour les Bouches-du-Rhône dans le quotidien La Marseillaise. A cette époque, 1997-1998, plusieurs grèves dures ont touché les chauffeurs routiers, qui ont mis en place des barrages aux abords du centre logistique de Vitrolles, à l’époque dirigée par la maire Front national Catherine Mégret. TFE était évidemment implanté sur ce centre logistique. Et, pour faire sauter les barrages mis en place par les grévistes, ils ont fait appel aux nervis du FN, puis du MNR de Mégret.

« Vitrolles: les gros bras de Mégret (extrait d’article de presse de l’époque)

A Vitrolles (Bouches-du-Rhône), trois membres de la municipalité FN dirigée – officiellement – par Catherine Mégret ont été mis en examen, le 12 décembre 1997, pour «complicité de violences en réunion avec arme et préméditation» et «complicité de destruction et de dégradation de biens appartenant à autrui». Les faits remontent au mois de novembre 1997, lors de la grève des routiers. Dans la nuit du 4 au 5, vers 3 h 30, un commando d’une dizaine d’hommes vêtus de noir, cagoulés et armés de battes de base-ball attaquent le piquet de routiers grévistes du carrefour de l’Anjoly. Le matraquage fait trois blessés et des dégâts matériels. L’opération vise à couvrir la sortie de plusieurs camions de la société Transports frigorifiques européens (TFE), obligés d’emprunter à contresens une bretelle d’autoroute pour rejoindre la RN 113. L’affaire fait grand bruit, mais personne ne soupçonne, alors, la municipalité de Vitrolles. Un mois plus tard, la brigade criminelle du SRPJ de Marseille place pourtant en garde à vue trois proches de Bruno Mégret: Gilles Lacroix, adjoint au maire chargé des actions de proximité et de la vie associative; Patrick Bunel, chargé de mission à la sécurité; et Yvain Pottiez, employé des services sociaux. Tous nient avoir participé au commando. »

Vous comprendrez aisément que ma curiosité soit piquée quand j’ai lu le nom de cette triste boîte dans l’affaire Mickaël Prince. Vous comprenez aussi que l’antisyndicalisme ne soit pas une nouveauté chez ces « messieurs » de TFE, même si la boîte appartient aujourd’hui à un autre groupe. Je viens donc au cas de Mickaël, convoqué ce mardi 13 mars devant le tribunal pour « contrefaçon ». C’est là le dernier avatar d’une guerre sourde que mène la direction contre notre camarade Mickaël. De quoi est-il accusé ? Je cède la parole à l’Union départementale CGT de la Somme :

« La CGT aurait repris, détourné et posté sur YouTube une chanson de la multinationale qui vantait les joies de l’alcool. Le véritable objectif est de faire craquer le responsable syndical. Tous les motifs sont bons. A l’entretien pour le licenciement, on lui a expliqué qu’on en était là parce que Chaulnes, dans le groupe, est devenu « le village des irréductibles Gaulois ». À Paris, dans le bureau du directeur, y a une carte de France, Chaulnes est marqué en rouge. »

Un site marqué au fer rouge ? Comment se fait-ce ? La clé est à chercher du côté de chez Fakir et de ses journalistes d’investigation. Ils rappellent que la direction de TFE Chaulnes a proposé de l’argent – 40 000 euros – à Mickaël Prince, pour qu’il parte. La suite est là :

« Mais pourquoi ils sont prêts à raquer pour te faire partir ?
– Parce qu’aujourd’hui, à Chaulnes, on a plus de 50 % de syndiqués CGT. Ils ne peuvent plus nous coller des mises à pied à leur guise. On a obtenu le taux horaire le plus haut du groupe. Les conditions de travail, niveau sécurité pour le personnel, c’est parmi les meilleures. Les transporteurs travaillent sur quatre jours. On s’est aperçus qu’on nous avait grugés des RC, des « repos compensateurs », et on a regagné cinq jours par personne. En plus, les gars de Chaulnes se déplacent à Cergy-Pontoise pour aider les copains, on se déplace à Rennes, et ça, ça ne leur plaît pas. Ils craignent un effet boule de neige. C’est moins cher d’acheter le délégué syndical. »

Voilà quelques raisons pour soutenir Mickaël dans son combat.

Bonus militant : je m’abonne à Fakir

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Bonus vidéo : T. Raumschmiere « Monster Truck Driver »