Depuis quelques semaines, le candidat du Front de Gauche est au cœur de l’actualité. Cela, vous le savez amis lecteurs puisque vous venez régulièrement poser vos yeux sur ce modeste blog. Il est aussi devenu le centre d’intérêt des médias, en sa qualité d’incarnation d’un courant politique qui émerge, tel un tsunami, de la profondeur du peuple. Cette irruption de l’insurrection civique, au travers cette candidature hors des normes, provoque des réactions bien vives. A telle enseigne que mon ami, l’excellent Alain Bousquet, analyse le fait en termes de mode : le temps du Mélenchon bashing est arrivé. Il y a, chez les politiques, de la frustration, comme le souligne Romain Jammes. Il y a des pièges dans lesquels les barons du parti dit « socialiste » tombent, rappelle Sydné. Et puis, il y a les journalistes. Pour revenir au début de ce que je veux évoquer ce jour.

Entre condescendance, chez Apathie, par exemple, et agressivité caractérisée, les journalistes ont visiblement du mal avec celui que nous avons désigné comme candidat. C’est, pour être précis, surtout vrai pour un certain nombre d’idéologues à carte de presse ; les éditorialistes ; bref, ceux qui écrivent la ligne éditoriale (ou politique) de leur publication. Parmi eux, j’en sélectionne quatre : Jean Quatremer, Jean-Michel Apathie , Christophe Babrier et Serge Raffy.

Jean-Michel Apathie boude. Passés les échanges cinglants auxquels il s’est livré avec Mélenchon sur Canal, aujourdh’ui, le monsieur boude. Le candidat du Front de Gauche ne voudrait pas répondre à ses questions. Et il est bien entendu qu’un homme politique important, un candidat, doit passer chez Apathie sur RTL. C’est que Mélenchon est donc un homme politique important. Merci Jean-Michel.

Vient donc Jean Quatremer, qui s’est rendu célèbre par sa sortie de route anti-journalistique « Jean-Luc Mélenchon ou le bréviaire de la haine ordinaire ». Un pamphlet joliment tourné comme je les aime : aucune nuance, ça cogne, ça hurle, on sent la méchanceté pointer. Pour tenter d’en rédiger de semblables, je salue l’exercice. Bon… Le Jeanot en commet d’autres qui lui valent détestation de la part des mes camarades blogchéviks. Je note que le chroniquer « bruxellophile » – je parle du siège de l’Union européenne pas de la ville – est un des plus réguliers contempteurs du candidat que je me suis choisis.

Moins prolixe, encore que, on trouve Christophe Barbier qui a le bon goût de situer la Commune de Paris comme l’ancêtre du « communisme du goulag ». Ca, c’était sur Itélé, un matin qu’il était en forme, évoquant notre rassemblement du 18 mars à la Bastille. Quelques jours plus tôt, il avait signé un éditorial brillantissime « Pour en finir avec Mélenchon ». Rien que l’introduction vaut le détour :

« Verbe haut et idées courtes, mi-tribun, mi-guignol, le candidat du front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, monte dans les sondages. »

Christophe Barbier va nous chanter une berceuse

Ne cherchez pas les arguments. Barbier n’est plus journaliste. Il manie la plume comme le lui indique son actionnaire. Ce n’est que ça une ligne éditoriale : la ligne politique fixée par le propriétaire du journal. Franchement, ces deux lignes, je les trouve superbes. Je vais vous expliquer pourquoi, mais je ne veux pas oublier Serge Raffy.

Serge Raffy et son merveilleux « Mélenchon, piège à cons ». Ce bel ouvrage mérite lui aussi citations. Ca commence bien : « Le candidat du Front de gauche est devenu le chouchou de la bourgeoisie. » Plus loin, l’ancien trotskiste mais vrai philosophe élevé à l’antistalinisme et à l’humanisme est promptement bardé d’un « petit père des peuples version gauloise ». Plus méprisant que cela, je vais avoir du mal à trouver. Mal à faire. Merci Serge pour cette inspiration qui me permettra de mieux évoquer l’amère la prochaine fois. Et l’honorable Serge R. d’en finir par une pseudo démonstration oiseuse sur le thème « Mélenchon idiot utile (le terme est de Staline, parlant des intellectuels, faut-il le savoir pour goûter le sel de cette tirade) de l’Elysée ».

Pour tout cela, messieurs les éditorialistes, les médiacrates, je veux, en notre nom à tous, militants du Front de Gauche vous remercier. Et vous encourager à continuer. Si vous pouviez, un peu, en rajouter, ce serait superbe. Et ferait grandement nos affaires. J’en viens à mon explication.

En matière de communication, il est un premier adage que nous appliquons tous : « En bien ou en mal, l’important c’est que l’on parle de toi ». Certes, c’est beaucoup en mal, mais Méluche est au cœur de la tempête que déchaînent les médias de masse. Voilà où nous voulons être, nous autres, les membres du Front de Gauche : au cœur du débat. Nous voulons vous forcer à tomber vos beaux masques. En cartonnant notre candidat, vous le faites, chers médiacrates.

Ensuite, la multiplication des attaques et la violence croissante d’icelles est très exactement proportionnelle à la crédibilité dont elles nous parent. Si nous n’étions que cet épiphénomène qu’ils veulent voir, cet hypothétique ballon gonflé d’hélium qui va faire « pchittt » à la fin, ils ne nous massacreraient pas avec autant de constance. C’est que, eux, ils ont compris : nous sommes dangereux. Dangereux pour leurs prébendes, pour leurs certitudes surtout. Et rien n’est pire, pour un idéologue à carte de presse, que de voir ses certitudes mises à mal. C’est la réalité qui doit rentrer dans les schémas, pas les constructions intellectuelles qui doivent s’adapter à la réalité. Enfin, ces attaques contre l’homme, pour rudes qu’elles soient à encaisser, montrent bien quel rôle est le leur : celui de chien de garde de l’oligarchie.

Sachez que je ne partage pas du tout l’analyse de Serge Halimi. Je ne crois pas que ces médiacrates fassent l’opinion. Je vous ai déjà confié que je suis du genre à avoir confiance en l’intelligence des gens. Et je sais, je sens, qu’ils ne sont pas dupes des diatribes de nos quatre mousquetaires. Il faut dire que j’ai été journaliste et que j’ai souvent rencontré mes lecteurs. Moi.

Depuis quand Barbier a rencontré des lecteurs de l’Express autres que le responsable de la communication du président bientôt sorti ? En tout état de cause, plus ils nous cognent, plus on monte dans les enquêtes d’opinion. Rien que pour cela, messieurs Apathie, Barbier, Raffy : le Front de Gauche vous dit merci.

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Bonus vidéo : Led Zeppelin « Thank You (live) »