Je vous l’avais promis, je m’y tiens. Je vais, à la sortie de cette séquence électorale, poser quelques unes de mes réflexions sur le Front de Gauche, sa nature, son évolution. Evidemment, elles n’engagent que moi et ceux qui se les approprient. Tout ça pour dire que je ne suis pas en mission. En fait, rédiger cette note m’aide aussi à préparer mon rapport sur le Parti de gauche dans le Front de gauche, pour l’assemblée générale du Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis demain. Et met mes idées au clair pour le conseil national de samedi. En passant, si tout va bien, je serai demain, mercredi, à la conférence nationale extraordinaire du Parti Communiste à la Mutualité, avec mon accréditation presse. Cela dit, venons-en aux faits.

Au départ, le Front de Gauche est une construction d’appareils impliquant Gauche unitaire, Parti Communiste Français et Parti de Gauche. L’alliance électorale a vécu ce pour quoi elle avait créée : les élections européennes de 2009, avec un certain succès d’estime. Nous avons poursuivi l’expérience avec les élections régionales l’année suivante. Avec une nouvelle progression. Je saute par dessus les élections cantonales de 2011 par facilité et parce que ce scrutin était assez anecdotique. Il n’a d’intérêt que de marquer la continuation de la démarche Front de Gauche.

Avec le couplé présidentielles-législatives, le Front de Gauche est entré dans une nouvelle phase. Parce que, en premier lieu, d’autres organisations l’ont rejoint : Convergence et Alternative, la Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique, Femmes Egalité, le Parti Communiste des Ouvriers de France, République et socialisme. Soit un total de huit organisations à présent. Le deuxième événement marquant demeure, à mon sens, l’irruption citoyenne dans la campagne au travers des assemblées éponymes. Aujourd’hui, ces citoyens, au moins une partie d’entre eux, réclament de continuer le travail politique. Sans pour autant adhérer aux organisations qui composent le Front de Gauche. Ils se reconnaissent dans le compromis politique qui a pour nom L’Humain d’abord et n’ont d’envie que de soutenir ce projet politique précis. Fort bien.

Reste donc à pérenniser cet élan d’organisations d’un côté, de citoyens de l’autre. Et se pose la question de la forme : rassemblement informel comme à présent la plupart du temps ; fédération avec adhésion directe ; parti unique ? Se pose en corollaire, j’aurais plutôt tendance à dire en préalable, la question de « pourquoi le Front de Gauche ? ». Il serait peut être utile que chacune des organisations membres du Front de Gauche ainsi que les citoyens qui s’en sentent partie prenante homogénéisent leurs visions de ce projet. Je vais dire ce que je pense : je crois que c’est indispensable de clarifier notre rapport au projet politique du Front de Gauche. Je parle bien de projet, pas de programme puisque nous en avons un.

A ce stade-là, je vais livrer ma vision personnelle de ce projet. Vous n’aurez pas vraiment de surprises puisque j’ai posé ici et là des jalons de cette réflexion. Il faut d’abord que vous sachiez que je suis un partisan du parti unique de la gauche radicale, qui rassemblerait l’ensemble des organisations actuelles et les citoyens non encartés qui se retrouvent dans cette sensibilité. La venue des camarades issus du NPA serait évidemment la bienvenue ; promis, j’ai rangé mon piolet. L’idée consiste évidemment à créer une force politique capable de damer le pion au parti dit « sérieux » au sein de l’électorat pour mener une politique de rupture radicale avec le capitalisme.

La construction dialectique du rapport des forces entre la rue et les urnes constituerait une bonne méthode pour mener cette explication franche avec le PS. Mais il est bien entendu une chose dans mes mots : nous n’avons pas pour but, avec le Front de Gauche, d’être les « gérants loyaux du capitalisme ». Mais bien de l’abattre, pierre par pierre, jusqu’à sa disparition. Dans ma vision personnelle des choses, Die Linke, Syriza, les expériences boliviennes et vénézuéliennes se combinent pour alimenter un nouveau champ des possibles. Sachons enfin que je réfute désormais ce vieux débat à la con entre réformisme et révolution puisque le réformisme historique, celui d’avant Kautsky et Bernstein, se pose bien comme outil d’abolition du capitalisme.

Est passé le temps de la campagne. Riche d’espoirs, facteurs de quelques désillusions : ce n’est pas demain que nous ferons la révolution. C’est net. A gauche, l’électorat nous a préféré qui l’abstention qui le parti dit « sérieux ». Tenons-nous le pour dit. Reste qu’il n’y a aucune fatalité dans cette situation, si tant est que nous acceptons de reprendre les choses à notre base en renouant avec l’éducation populaire politique, travail long et ingrat mais indispensable dans la conscientisation autant que dans la bataille culturelle au sens gramscien du terme. C’est cela le début de la résistance aux lignes forces du capitalisme qui est, en premier lieu, la forme la plus hégémonique d’une vision politique de la société.

La campagne a passé, riche de rencontres, de débats, de confrontations. Et j’en ressors me disant que le parti unique n’est pas pour demain. Et que ce n’est pas grave ! Nous avons, à mon sens, d’autres urgences. En premier lieu, celle qui consiste à lever les ambiguïtés, à clarifier les positions, à mettre à plat les désaccords sur le fond. S’il y en a. Nous avons des histoires à partager, des cultures différentes desquelles s’enrichir, des formes de militantisme à mettre en commun. Profitons de ce que nous sommes relativement peinards jusqu’en 2014 pour élaborer une position politique commune, une feuille de route partagée, au même titre que nous avons réussi à produire un programme partagé. Transformons donc les assemblées citoyennes en collectifs locaux du Front de Gauche pour mener ce nécessaire travail d’explication et de construction. Cela permettra en même temps aux citoyens qui se sont emparés de nous de participer pleinement. En évitant les écueils que nous avons connus avec les collectifs unitaires anti-libéraux.

Je n’ai pas d’idée préconçue sur la question de l’organisation Front de Gauche en elle-même. Sauf que je crois illusoire et même dangereux de vouloir avancer à marche forcée vers le parti unique, Die Linke à la française. Nous brutaliserions bon nombre d’entre les nôtres sans comprendre que l’essentiel est d’abord de finir de lever les défiances réciproques, d’amalgamer les positions en respectant les histoires de chacun. La campagne a permis de progresser de ce point de vue. Il n’y a plus trop de militants PCF gaussant l’incapacité des Pégistes à mener un porte à porte ; lesquels Pégistes ont compris que les camarades de la Gauche unitaire sont des militants sérieux même lorsqu’il s’agit de faire autre chose que produire un texte… J’en passe et des meilleurs. A dire le vrai, nous avions tous nos méfiances, nos doutes, les uns vis à vis des autres. Le fait de militer ensemble, au coude à coude, de prendre les mêmes coups, de savourer les mêmes petits plaisirs… nous a considérablement rapprochés les uns des autres.

Ne perdons pas cet acquis en voulant aller plus vite que la musique. La question des municipales va arriver bien vite. Il serait bon que nous soyons sur la même ligne politique à ce moment-là au risque de tout perdre pour de bon. Dans le fond, je vais vous le dire, que le Front de Gauche disparaisse, je m’en fiche. Ce dont je ne fiche pas c’est de l’existence d’un outil politique au service de la classe ouvrière, qui lui permette de gagner dans ce combat à la vie à la mort qu’est la lutte des classes. J’ai la faiblesse de considérer que le Front de Gauche peut être cette arme qui aidera le peuple à terrasser son adversaire de classe.

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Bonus vidéo : The Damned « New Rose »