Suite des Chroniques du Hamster sur la campagne de Mélenchon et Poly dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais.

* * *

On a beau être une tête dure, « a men’ donné », il faut se faire une raison, je ne vais pas attendre qu’un gouvernement de gauche digne de ce nom remette le service public ferroviaire sur les bons rails et je me résigne à passer le permis. C’est une des leçons de la campagne, j’ai pu constater une fois encore à quel point le réseau express régional est mis à mal. Suppressions de trains, retards et le manque de personnel pour informer les usagers, choses qui contribuent au quotidien à privilégier la voiture comme moyen de transport par défaut dans la région. Ajoutez la météo capricieuse et grisâtre, et vous comprendrez pourquoi j’envisageais le temps fort de la journée avec appréhension. Manifester un jour de fête des mères en prime, plutôt risqué. Précision, ce n’est pas l’œuvre du régime de Vichy. Elle a été officialisée en France en 1928, et inscrite au calendrier en 1941.

Il est déjà temps de repérer le parcours de la marche. On part du puits Dahomey pour se rendre à travers les cités ouvrières jusqu’aux bureaux de la compagnie à Billy-Montigny. Une bonne heure de marche soutenue, sans compter les deux haltes prévues sur le parcours. Au même moment la scène sur laquelle se tiendra le meeting à la fin de la marche est en cours de montage, tandis que des militants s’affairent à draper de rouge les murs, arbres et grilles de l’imposant bâtiment qui abritait autrefois les bureaux de la compagnie des mines. L’équipe des colleurs d’affiches s’assure que sur le parcours on ne trouve plus trace de la pollution visuelle de l’héritière de Montretout et de ses amis aux crânes rasés.

Une intense activité militante, réalisée avec sérieux par des bénévoles qui ont confectionné des dizaines de pancartes colorées qui seront portées par la foule quelques heures plus tard. Un premier car se gare, des camarades de la région parisienne qui arrivent, des militants qui viennent apporter leur aide et d’autres qui vont assurer le service d’ordre. Il y aura bien une poignée de cars de la région, mais bien moins nombreux que ce que fantasme l‘extrême-droite vociférant contre une « invasion » venue de toute la France. Le lendemain, la même extrême-droite minimisera l’événement pour dénombrer « 800 personnes ».

Le temps passe vite, la restauration sera expédiée, tandis que la rue qui longe l’ancien carreau de la mine se remplit. Des ballons, rouges, les pancartes sont distribués, le cortège s’organise : derrière la banderole du Front de Gauche, on retrouve les cortèges d’entreprises (Samsonite, Française de mécanique, collectif de précaires). Puis suivent les mineurs marocains, la CGT, les associations antiracistes (Sos Racisme, Mrap) et le cortège féministe du Front de Gauche. Les sans-papiers sont également présents.

Avant que la marche ne s’ébranle, Jean Luc Mélenchon, accompagné par Sonia – arrière-petite-fille d’Emilienne Mopty -, dépose une gerbe de fleurs au pied du monument commémorant la grève des mineurs de 1941. Émilienne Mopty, résistante, avant pris la tête des manifestations de femmes durant la grève, à Hénin-Liétard le 29 mai et Billy-Montigny le 4 juin. La grève atteindra son apogée les jours suivants, 100 000 mineurs cesseront le travail. L’occupant allemand constatant une grève quasi totale sur le bassin minier, la répression sera féroce. Les autorités suspendent les salaires, mais aussi les cartes de ravitaillement. Des centaines de mineurs seront arrêtés et condamnés aux travaux forcés, cent d’entre eux fusillés. Émilienne sera arrêtée l’année suivante, torturée et finalement exécutée.

Et le cortège pour l’humain d’abord s’élance en musique. Une foule chaleureuse et festive, et surtout nombreuse : 3 000 selon la police, 4000 pour la Voix du Nord, 6 000 pour le Front de Gauche. Quoi qu’il en soit, c’est un succès qui marche, à la mémoire de celles et ceux qui ont eu le courage de se soulever. Au-delà de l’hommage rendu, c’est aussi une manifestation revendicative, contre l’austérité et pour revendiquer de nouveaux droits. Toutes ces choses que le Parti dit Sérieux a oubliées depuis longtemps.

L’accueil des habitants est chaleureux et certains se joignent à la marche. On arrive enfin devant les anciens bureaux de la compagnie, les stands accueillent les manifestants. Un village militant aux allures de fête de l’Huma. C’est enfin le temps des discours sur la scène, Bruno Troni, candidat du Front de Gauche dans la circonscription voisine, Michelle Demessine, Martine Billard et enfin Jean Luc Mélenchon. La dernière ligne droite de la campagne s’annonce.

Nota bene : toutes les photos, sauf celle de la stèle, sont de Rémy Blang, mon ami Mosellan et bien plus 🙂

———————————

Bonus vidéo : Chanson en hommage à Emilienne Mopty