Hé oui, je vais aller soutenir l’incarnation ultime du capitalisme. J’ai écrit que je doute de l’innocence de Jérôme Kerviel et certains de mes camarades me l’ont reproché. J’avais pourtant bien écrit que s’il est coupable, c’est tout le système économico-politique connu sous le nom de capitalisme qui l’est. Je serai donc jeudi 4 juillet, à 8h30, devant le Conseil des Prud’hommes de Paris pour soutenir l’ancien trader star de la Société générale. J’y serai, à l’invitation de mes potes de l’association Les Amis de l’Usine et, aussi, afin de rendre compte de ce procès pour un site qui m’emploie.

jeromekerviel

J’en profite pour vous dire que je me livre à des travaux de journaliste parce que j’en suis un, de métier. Et que mon engagement militant ne nuit pas à la qualité de mes écrits. Sachez que je travaille pour des gens dont je respecte la ligne éditoriale, parce que je m’y reconnais. Nous sommes de ceux qui combattent l’illusion de l’objectivité journalistique, parce qu’elle n’est qu’un des aspects de la bataille culturelle que nous livre l’oligarchie. Nous préférons revendiquer notre honnêteté, en premier lieu en annonçant notre couleur : à gauche. Mais revenons au cas Kerviel.

Ce garçon fait aujourd’hui l’objet d’une attaque en règle de la part de la Société générale, aidée par les majors de l’infotainment. L’ami Syd a démontré en quoi ce déchaînement médiatique, réponse piteuse à la prise de parti de certains dirigeants politiques comme l’écolo Julien Bayou et à la mobilisation croissante de citoyens engagés, est promise à l’échec. C’est dans ce cadre-là, aussi, que je ferai le déplacement jeudi matin.

Karl Marx - les amis de l'usine

J’ai déjà écrit en quoi Kerviel me paraît emblématique d’une évolution du capitalisme à l’heure de la financiarisation. A ce titre, il ne peut pas être condamné en justice. Et, en tant que salarié qui a mis en œuvre les ordres que lui donnait sa hiérarchie, il doit être défendu. Condamner Kerviel en justice parce qu’il aurait vraiment perdu 5 milliards d’euros en jouant à la roulette électronique de la salle des changes, ce serait comme condamner un policier parce qu’il a verbalisé une voiture ayant grillé un feu rouge.

Mon amie et camarade Clémentine Autain ne dit pas autre chose dans un article qu’elle a écrit pour Regards. Je me permets de la citer :

Le procès Kerviel contient une forte charge politique en ce qu’il met en scène les tensions, les dysfonctionnements du capitalisme contemporain. D’ailleurs, le Parquet ne s’y est pas trompé… Selon les termes du procureur, « il s’agit d’arrêter le discrédit sur les banques. Il en va de l’ordre public, économique et financier ». Comme si la mauvaise réputation des banques relevait de quelques salariés malfrats et non de la spéculation sans limites, du pouvoir croissant de la finance sur nos vies.

Société Kapitale

Comme le souligne fort justement mon amie Marion Laporte, je ne vais « pas laisser la Société Générale faire de Jérôme Kerviel le fraudeur idéal, comme cela a pu être fait pour d’autres, dans le passé. Le sacrifice d’un homme pour 5 milliards d’euros, tout trader qu’il ait été, devrions-nous, selon vous, laisser faire ? » Ma réponse est non. Parce que, pendant ce temps-là, nul n’instruira le procès du capitalisme. Jérôme Kerviel serait encore l’arbre facile qui cache la forêt de la financiarisation.

Le bonhomme et son avocat étaient dimanche soir, à l’Usine du Front de gauche aux Lilas, siège de l’unique association Les Amis de l’usine, pour faire front à gauche. Mon camarade Théo Duchon raconte un peu de ce qu’il s’est dit à l’occasion de cette soirée que j’ai manquée.

Nous ne pouvons vous faire partager qu’un témoignage : en 2005 après les attentats meurtriers à Londres, Jérôme Kerviel a misé sur des opérations à la baisse et fait gagner des sommes astronomiques à la Société Générale. Mais en direct, quand il a vu les images de l’attentat, il est allé vomir dans les toilettes et son chef est venu le chercher pour lui dire : « On ne doit jamais arrêter de trader ».

Jérôme Kerviel invité des Amis de l'usine

Ne serait-ce que pour ces quelques raisons, je serai

jeudi matin à 8h30
devant le Conseil des Prud’hommes,
27 rue Louis-Blanc 75010 Paris

 

 

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