C’est l’histoire d’un homme qui aimait la vie. C’est l’histoire d’un homme qui aimait les livres. Tellement qu’il en a fait sa vie de faire des livres. C’est l’histoire d’un homme qui aimait tellement la vie qu’il aimait surtout les personnes qui écrivent des livres, qui les conçoivent, les font mûrir jusqu’à ce passage si délicat à l’accouchement de l’idée.

Qui n’a jamais écrit sur un format long, plus long qu’une note de blog en tous les cas, ne peut savoir ce que représente d’angoisse que le fait de poser à la vue du monde des bribes de phrases collées les unes aux autres, des morceaux d’idées mis bout à bout, des embryons de fulgurance… C’est là qu’intervient le sage homme. Il sait trouver les mots pour affronter cette peur indicible : se confronter à l’autre, au regard de l’autre, forcément critique, celui que l’on craint toutes et tous.

Photo : droits réservés
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Quel que soit le sujet de l’écriture, chacun y met de soi, même et surtout en politique. Et comment affronter sereinement le retour du lecteur, cet autre qui est proprement un enfer, quand on n’a pas la certitude ? Le sage homme sait, lui seul, amener l’auteur, qu’il soit confirmé ou pas même encore conscient de l’être, à dépasser cette peur qui prend aux tripes.

Bruno est de ceux, rares, trop rares, qui ont accouché des centaines d’auteurs, dont la plupart  ne se savaient pas tels avant de le rencontrer. D’ordinaire, un auteur, ou quelqu’un qui a l’envie de l’être, doit supplier des dizaines d’éditeurs pour rêver d’être publié. Bruno, lui, décelant l’idée sûrement, le talent peut être, est celui qui impose la chance.

Il nous l’a imposée, sans brutalité, bousculant les velléités de l’un, la timidité de l’autre, en nous offrant la chance d’écrire avec nos tripes, nos idées, nos absences de certitudes. Il n’a rien touché, rien censuré, il a tout accepté. Avec le sourire. Telle la sage femme qui accompagne la mise au monde d’un enfant dont elle ne sait rien, uniquement pour la passion de donner la vie et de rendre une femme, un homme mère et père.

Il nous remerciait même quand il nous revenait, à nous, de lui être reconnaissants. Bruno nous a accouché de nous-mêmes, d’un « nous-mêmes » que nous n’osions pas même rêver : devenir auteurs comme d’autres deviennent parents.

Pour cela et pour ce que nous avons partagé, Bruno, nous te disons encore merci.

Sydné Zana et Nathanaël Uhl