Seraient-ce les premiers bougés au sein de la gauche de transformation sociale ? Depuis le résultat catastrophique de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, chaque jour qui a passé a amené son lot de déchirements, haussement de col, roulement d’épaules. Surtout, le Front de gauche s’est rendu inaudible de la grande masse des citoyens en surjouant les divisions sur des questions aussi vitales que le logo. Et c’est de là où personne ne l’attendait que le premier signe est venu : des gauches du parti socialistes.

gauches responsabilité

Lundi 10 janvier, créant un événement politique rare au sein du parti de la rue de Solférino, l’ensemble des gauches du PS ont signé un texte commun appelant à une politique de gauche : « Il n’y a pas qu’une politique possible ». Ils ont marqué une opposition claire au « Pacte de responsabilité » et à la « politique de l’offre » de François Hollande. Pour mesurés que soient les termes employés, le timing – en pleine période électorale – en a surpris plus d’un. D’autant plus que, comme l’a révélé en exclusivité le site Regards, les amis d’Arnaud Montebourg l’ont aussi signé, cet appel.

Ce jeudi 13 février au matin, dans mon édito hebdomadaire pour Mediavox, j’appelle donc chacun à faire preuve de responsabilité en saisissant la balle au bond. Il ne s’agit nullement de faire des chèques en blanc à quiconque, puisque le vrai rendez-vous politique sera le vote de confiance au gouvernement sur le Pacte de responsabilité. Mais, à tout le moins, parlons-nous !

Ateliers des assises citoyennes du 16 juin

Et Jean-Luc Mélenchon a fait un pas. Ce matin, le co-président du Parti de gauche a tendu la main en réponse aux gauches du PS en leur proposant de faire bloc commun autour de la candidature d’Alexis Tsipras à l’occasion des élections européennes :

« Je ne limite pas l’ambition du changement à l’étiquette Front de Gauche. Je souhaite que l’on fasse un rassemblement, une convergence de toutes les oppositions de gauche qui existent aujourd’hui. »

Selon mes informations, du côté de Colonel-Fabien, on est sur la même longueur d’ondes. Jean-Luc a bien raison de tendre la main aux gauches du PS et à EELV. C’est ce thème du rassemblement qui est au cœur de la stratégie communiste.

Le temps de la complicité politique est-il revenu ?
Le temps de la complicité politique est-il revenu ?

Du coup, la déclaration de l’ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle devrait, en toute logique, solder pour tous comptes les divergences tactiques qui ont fait tant couler d’encre et de salive. Elle est, en tous cas, conforme à la feuille de route adoptée par le Front de gauche, unanime, en 2013 sur la « majorité nouvelle ».

Il faut reconnaître que le rassemblement est désormais possible et sur des bases politiques. Première à ouvrir le bal, Eva Joly a enjoint Europe Ecologie-Les Verts à quitter le gouvernement après les élections européennes. Pour l’eurodéputée, « la ligne de François Hollande n’est pas sociale-démocrate » :

« C’est un système libéral et orthodoxe, qui concentre les richesses entre peu de mains, et laisse les territoires et les quartiers difficiles tous seuls. »

Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel, initiateurs de l'appel "Il n'y a pas qu'une seule politique"
Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel, initiateurs de l’appel « Il n’y a pas qu’une seule politique »

Deuxième étape, l’appel commun des gauches du Parti socialiste publié le jour où la rue de Solférino organise un séminaire du gouvernement et de son bureau national sur le « pacte de responsabilité ». Le texte précise, aux antipodes des mesures adoptées par Matignon :

« Il n’y aura pas de « compromis social » favorable aux salariés sans mobilisation du parti, des parlementaires, du mouvement social. Salaires, embauches, réduction et partage du temps de travail, droits des salariés, contrôle des licenciements abusifs, modalités de remboursement des aides en cas de non-respect des engagements, politique de redistribution des dividendes : dans tous ces domaines nous devons porter des exigences fortes. »

Et d’avancer encore, dans ce que le député Maintenant la Gauche Pouria Amirshahi caractérise comme « un appel du pied sans réserve au PCF et au PG » :

« Il n’y a aujourd’hui de salut pour la gauche française que dans la construction de convergences entre les forces politiques et sociales qui la composent. Au moment où une partie de la droite radicalisée fait jonction avec une extrême droite plus menaçante que jamais, le rassemblement de la gauche est une ardente obligation. »

Serment du Front populaire

Jean-Luc Mélenchon a donc sonné la 3e étape et, quelques heures plus tard, Pierre Laurent a finalisé le périmètre des débats au travers de la publication de l’entretien qu’il a donné à Communistes, le supplément hebdomadaire du quotidien l’Humanité. Le secrétaire national du PCF a résumé les enjeux de la période politique :

« Nous avons besoin que des voix diverses, venant de toutes les familles de la gauche, s’expriment avec force pour refuser le cap annoncé par François Hollande et pour construire un rassemblement qui porte d’autres choix politiques et une alternative à cette politique d’austérité, une alternative qui soit authentiquement de gauche. Nous n’avons plus le temps d’attendre. Je lance un appel à toutes les femmes et tous les hommes de gauche, de toutes les familles politiques de la gauche, pour que cette expression commune grandisse et pour nous atteler ensemble à la construction de cette alternative politique. »

 

Le mouvement social a besoin d'une perspective politique crédible
Le mouvement social a besoin d’une perspective politique crédible

La construction d’une liste de l’ensemble de la gauche qui refuse l’austérité pourrait être l’occasion de sceller le rassemblement nouveau attendu par tout un chacun. Malheureusement, les problématiques proprement partidaires rendent cette perspective peu crédible au moment où ces lignes sont écrites. Et, je le répète, il reste quelques conditions à remplir. Le Front de gauche a, visiblement, pris au sérieux l’appel des gauches du PS. Il faut désormais que ces dernières rendent crédible un discours qui n’est, pour l’heure, que porteur d’espoir. Pour ce faire, il n’y a qu’un geste – et il ne revient pas à rendre sa carte du PS, bien au contraire -, c’est de voter contre le Pacte de responsabilité. Ce serait la base d’un nouveau pacte de gauche.

Alors ? Chiche ?

Pour aller plus loin :

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Bonus vidéo :  The Redskins « It Can Be Done Again »