« C’est un roman d’amitié qui commence », disait la chanson dans les années 80. A lire les courtoisies que tweete l’amère au député fictif, c’est la lune de miel entre la rouquine et Hammadi. Elle a honoré de sa présence le banquet républicain organisé par le nouveau député de Montreuil-Bagnolet le 7 juillet. Un banquet où « 500 personnes (étaient) prévues » mais dont nous n’aurons aucune photo d’ensemble, juste quelques plans serrés. Je sais comment faire croire qu’il y a du monde quand c’est un plantage. C’est même mon métier, ou une partie. Bref, entre l’amère et son député, c’est l’amour. Comme aux premiers jours d’avril 2008, entre elle et Mouna Viprey.

Tout n’était alors que joie, félicité, bons sentiments. Sauf pour celles et ceux qui savaient lire entre les lignes. Je me souviens, dans cette salle des fêtes où était réuni le personnel communal, le propos de Mouna : « Je suis première adjointe chargée de l’enfance avec vocation à avoir une délégation plus générale ». Nous étions quelques uns à comprendre « j’ai vocation à être maire bis ». Bis repetita aujourd’hui avec le député fictif qui a bien l’intention d’être maire, quelque part. En témoigne ce savoureux tract distribué dans toutes les boîtes à lettres de la circonscription, dans lequel il écrit, sans vergogne :

« Je rencontrerai rapidement l’ensemble des élus locaux, quelle que soit leur sensibilité politique, pour faire le point sur les dossiers urgents et préparer les bases d’un travail efficace dans votre seul intérêt. (…) Je présenterai prochainement l’équipe qui sera à mes côtés pour porter le changement et défendre nos territoires. »

Pour mémoire, un député est censé élaborer et voter les lois. C’est pour que les nouveaux députés puissent pleinement réaliser ce mandat que le parti dit « sérieux » s’est (s’était ?) engagé sur le non cumul des mandats. Quel besoin, pour écrire les lois, de vouloir rencontrer les élus locaux et défendre « nos territoires » ? A moins que… Non ? Le député de fiction voudrait-il se pose en maire de fiction ? D’où son appel pressant au rassemblement ? Mais non, ce n’est que du mauvais esprit. Razzy H. est tout entier concentré sur son mandat de parlementaire. Et ce n’est pas parce que de mauvaises langues l’affubleraient d’une relation supposée particulière aux choses d’argent qu’il faudrait voir un lapsus révélateur dans la phrase suivante, extraite elle aussi du tract distribué en toutes boîtes :

« Je siégerai dès cette semaine à l’Assemblée nationale, qui tiendra ensuite une cession (sic) extraordinaire ».

Comme je suis gentil, je ne traduirai pas par « député à céder ». Parce que des bails à céder, sur Montreuil, il y en a quelques uns. C’est même l’heure des manœuvres immobilières pour qui en a les moyens. L’info n’a fait pas grand bruit, mais le tribunal administratif a cassé la délibération instaurant le Plan local de l’urbanisme (PLU). Ce texte réglementaire définit les règles d’urbanisation de la commune et notamment les zones où l’on peut construire mais aussi la manière dont on peut construire. Grosso modo, pour qui sait lire un PLU, on peut savoir si la part belle est faite aux promoteurs ou aux habitants, les intérêts des deux sont difficilement conciliables. Il faut se souvenir sur ce sujet des propos de Jacques Archimbaud, directeur du cabinet de l’amère d’alors, qui dévoilait en février 2010, dans les colonnes de L’Express, la stratégie urbaine d’Europe Ecologie-Le Vide à Montreuil :

« Notre atout, c’est qu’un quart de l’espace public demeure à l’abandon. Des logements seront construits sur ce foncier libre. Cela augmentera les prix de l’immobilier et éloignera les couches les plus populaires vers les 2e et 3e couronnes. Mais certains y trouveront leur compte, vendant leur pavillon à des bobos avec une grosse plus value. »

Cette petite citation éclaire les grandes orientations du PLU de l’amère que vient de casser le Tribunal administratif. Je vous renvoie à la déclaration de mon ami Gaylord Le Chequer qui a bien montré les enjeux de cette décision qui empêche, heureusement, que Montreuil ne soit à vendre. Mais je ne résiste pas au plaisir de citer les propos de Pierre Mathon, ancien responsable des Verts du 93 et d’Île-de-France :

« Le PLU […]instaure un zonage qui permettra à des propriétaires privés et publics de bétonner, de morceler et de défigurer, de manière irréversible, l’espace des murs à pêches, lui faisant perdre son identité et son intérêt. Il faut ensuiteengager une véritable concertation. […]Il serait pour le moins paradoxal qu’une mairie Verte ne prenne pas ces dispositions, contraignant ainsi les écologistes à combattre son projet d’urbanisation des Murs à pêches comme nous avons combattu celui de Jean-Pierre Brard. »

A celles et ceux qui me rétorqueront « que proposez-vous à la place ? », je vous invite à lire ma contribution, un peu théorique certes mais que je me ferais grand plaisir de décliner en pratique localement dès lors que les squatteurs de l’hôtel de ville auront quitté les lieux.

C’est la crise du logement : cette belle demeure datant de 1935 est en partie squattée, notamment au 1er étage.

Bon, il est temps de conclure cette petite chronique sur une note un peu drôle, pour vous souhaiter bonnes vacances. Vous avez sûrement noté que le dénommé Alain Callès est conseiller municipal « délégué à la lutte contre les discriminations ». C’est un vrai enjeu politique, surtout dans une ville aussi métissée et populaire que l’est Montreuil. On peut donc se féliciter que ce soit un ancien président du Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples qui ait en charge ce dossier. Peut-on se féliciter que ce dernier publie par deux fois sur un site qui a tenté en 2010, avec le Bloc Identitaire, d’organiser un apéro pinard saucisson dans mon quartier, la Goutte d’or ?

Allez, bonnes vacances !

Bonus copain : retrouvez la sélection juin 2012 des Montreuillois de Rizome Corp (c)

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Bonus vidéo : The Sex Pistols « Holidays In The Sun »