Par mon fils !

Ce n’est jamais vraiment le week-end quand on est militant, à tel point que quand mon père (le vrai – NDLR) m’a appelé l’autre jour pour me demander si j’avais réfléchi à ce que je voulais pour Noël, j’ai failli répondre : « Ah bon ? C’est bientôt Noël ? ». C’est d’ailleurs de cette fête païenne récupérée par les chrétiens puis par Coca-Cola dont il est question ici. Pendant qu’une partie de nos camarades affluaient de toute la France pour le conseil national du PG, et avant de nous retrouver à la grande manifestation en faveur du mariage pour tous, nous étions samedi quelques lutins à la tête dure pour nous rebeller contre ce « Père Austère » qui, en France comme en Europe, cherche à se substituer au Père Noël.

Père austère Bagnolet 2 Père austère Bagnolet

On avait déjà offert un pique-nique le samedi précédent aux clients de l’hypermarché Auchan de Bagnolet. L’opération est simple et demande finalement assez peu d’organisation (je dis ça parce qu’il ne faudrait surtout pas vous priver de vous inspirer de ce genre d’initiatives) : quelques lutins déguisés en civil remplissent un caddie, puis à l’heure dite, ils dévoilent leur vraie nature, et offrent biscuits sucrés ou salés, bonbons, jus de fruits, chocolats… aux clients réjouis. Le tout en faisant un maximum de bruit jusqu’à ce que le personnel de sécurité du magasin décide qu’on avait suffisamment rigolé.

 

À Bagnolet, l’action avait plutôt bien fonctionné, on avait pu prendre le temps d’expliquer aux clients du magasin que, puisque la famille Mulliez, propriétaire d’Auchan, a une fortune estimée à 18 milliards d’euros, ce festin improvisé était bien le moins que l’on puisse faire pour équilibrer un tant soit peu la balance. Les vigiles avaient appelé la police qui nous avait retenus plus d’une heure, mais ils s’étaient comportés avec courtoisie et nous avaient accordé une bonne demi-heure pour mener à bien notre tâche, sans intervenir.

Alors cette fois, comme le gouvernement avait une fois de plus montré qu’il est plus prompt à exaucer le moindre souhait du MEDEF qu’à lutter contre la pauvreté, on a voulu remettre ça, à Montreuil. Leïla Chaibi, co-fondatrice du collectif « Père Austère », nous avait donné rendez-vous vers midi au rayon fruits et légumes du Carrefour de la porte de Montreuil. Celui-là, je le connais bien, je passe devant  à chaque fois que je vais en réunion de comité du PG. Pour ce qui est des actionnaires de Carrefour, ils ne sont guère plus à plaindre que la famille Mulliez, eux qui ont doublé leurs dividendes cette année. Pour les clients comme pour le personnel du magasin, c’est une autre histoire.

Père austère Bagnolet 3

Même opération, donc, et assez vite les clients présents se prennent au jeu, le temps de boire un jus de fruit et de grignoter quelques tomates cerise, et on en profite pour expliquer le but de notre action. Pas longtemps, parce qu’à Montreuil, les vigiles de Carrefour ont un sens de l’humour comparable à celui d’un élu de la majorité amère. Nous sommes virés manu militari gentiment mais rapidement escortés vers la sortie, sans jamais cesser de chanter, mais sans avoir le temps de leur expliquer que l’argent de Carrefour sert moins à les payer qu’à gaver des oies parasites. Peu importe, l’essentiel du message est passé, et on est tout de même contents d’avoir redistribué, bien que trop peu à mon goût, les richesses que certains accaparent malgré nous.

Père austère Bagnolet

 

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Bonus vidéo : Parabellum « Bang bang »