Ce mercredi 13 juin, j’ai donc participé à ma réunion de coordination du Parti de Gauche en Seine-Saint-Denis, la deuxième de la semaine. Oui, je sais, c’est prenant parfois. Mais, lundi, nous devions nous positionner sur le second tour des législatives, ce qui nous a amenés à rédiger un communiqué de presse appelant au désistement des candidats de gauche arrivés en seconde position lorsqu’il y avait duel entre nous et les sociaux-démocrates. Et mercredi, nous avons planché sur l’analyse des résultats électoraux tant au niveau national que départemental, en global et par circonscriptions.

Cette réunion nous a permis de faire le point sur l’état de colère et de frustration des jeunes adhérents du Parti de Gauche autant que des citoyens impliqués dans le Front de Gauche. Bon nombre de nos amis ont du mal à comprendre autant qu’à accepter la différence qu’il y a entre les quasi quatre millions de voix obtenus par le Front de gauche au premier tour de la présidentielle et les 1,8 millions péniblement obtenus au premier tour de la législative. Comme le disait, je ne sais plus si c’est Nico ou Sydné, enfin l’un des deux, « c’est clair que si on veut commencer son expérience politique par une victoire, vaut mieux aller au PS qu’au Front de Gauche ». Mais le propos, que je partage, ne suffit pas aux camarades.

Pour commencer le travail d’explication, il m’est revenu de faire un point politique en introduction, semble-t-il que ce que j’avais rédigé ici pouvait constituer une base de réflexion. Il se trouve que, par ailleurs, avec mon ami Axel Bruneau, j’ai la co-responsabilité du secteur « élections » pour le Parti de Gauche Seine-Saint-Denis. Bref… J’ai donc exposé nos premières analyses sans fard. La parole a ensuite circulé. Il y avait les camarades des Lilas, Noisy-le-Sec, de La Courneuve, de Saint-Ouen, Saint-Denis, Bagnolet, Aubervilliers ; y avait mon « tonton » Henri, avec qui j’ai assuré pas mal de SO pendant la présidentielle, de Villepinte ; Neuilly-sur-Marne était représenté par Riva, candidate du Front de Gauche ; Bruno Bellegarde représentait tant Romainville que la circonscription sur laquelle il était candidat : Villemonble, Rosny, Gagny… Je représentais Montreuil, pendant que Juliette animait notre réunion de comité concomitante. Bref, on couvrait l’essentiel du département.

Ce qu’il y a de bien dans ce genre de réunion, c’est qu’on parle le même langage. Nos mots ne peuvent pas être interprétés. En sus, malgré une situation particulière sur la 2e circonscription où Patrick Braouezec se maintient face au candidat socialiste arrivé en tête, nous sommes parvenus à ne pas nous engueuler. Parce que les engueulades entre camarades, c’est finalement assez fréquent, on s’en faisait encore récemment le constat avec l’ami Comité de salut public, même s’il a milité dans une autre organisation. Oh ! Bien sûr, nous avons eu quelques mots, comme on dit. Mais à mots couverts, des petites piques comme celle que m’envoie Bruno genre. Mais rien de vraiment méchant.

A force de militer ensemble, nous avons appris à nous connaître. D’où le même langage évoqué plus haut. Après, nous ne sommes pas tous des amis au sens fort du terme, même si j’en compte de vrais dans les treize que nous étions hier soir. Mais je pense que nous sommes tous devenus, au fil du temps, des potes. Et c’est chouette. Faut savoir que le militantisme, comme le boulot, sont des lieux privilégiés de socialisation. Quand, comme moi, on a déménagé quarante huit mille deux centre trois fois, c’est cool au final. Je sais, je sais… Je reviens à notre réunion.

Dans un moment pareil, où pour beaucoup tout vacille, mettre des mots sur les faits, les inscrire dans le temps long, tracer la perspective donc, c’est assez essentiel. En premier lieu parce que cela permet de renouer avec le fond de notre engagement autant que de nos pratiques politiques. Pour y parvenir, nous tirons avantage de la diversité de nos parcours politiques respectifs, de nos points d’observation différents, de nos cultures, de nos goûts aussi. Axel, tiens, lui, son truc, ce sont les chiffres. Il te décortique une circonscription bureau de vote par bureau de vote, avec analyse sociologique et tout. De la dentelle qu’il nous fait le co-secrétaire du comité Saint-Denis Saint-Ouen. Cette orfèvrerie est super utile pour comprendre pourquoi et comment les quartiers populaires ont voté massivement pour le parti dit « sérieux » au nom d’une forme prolongée de vote utile. Elle nous permet aussi de mesurer que nous enracinons notre discours auprès des classes moyennes et moyennes supérieures, même si je combats cette construction idéologique.

Bref. Nous avons bien avancé hier, notamment pour préparer notre assemblée générale départementale qui aura lieu la semaine prochaine. J’aurai à y présenter le rapport sur le Parti de Gauche dans le Front de Gauche : constat et mise en perspective, quelle que soit la situation. Le tout en moins de dix minutes. Ah ! Vous pouvez rigoler ! Mais avec mes digressions permanentes, ça relève des travaux d’Hercule pour moi de me tenir à dix minutes d’exposé. Donc, on a bien bossé. Nous avons au moins un socle d’analyse commun et cohérent que nous avons la charge de partager avec nos camarades dans les comités. Pour permettre à chacun d’aller au delà de cette colère que j’évoquais au début de ma note.

Du coup, je ne sais pas pour Nico, Sydné, Louis, Riva, Bruno, Franciela, Raouf, Daniel, Axel, Laurent, Henri… ont vécu la soirée, mais moi, ça m’a fait du bien. J’ai posé ma rage pour retrouver le chemin de la construction. En passant, je vais vous confier un truc. D’avoir eu la chance de poser mes idées ici dès lundi, d’avoir mené pas mal d’échanges en commentaire avec vous, ça m’a aidé. Ecrire, c’est un bon moyen pour ordonner ses pensées. Si vous n’avez jamais essayé, je vous le conseille.

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Bonus vidéo : The Pipettes « We Are The Pipettes »