Comment réagir face à la montée de la haine sur le net ? C’est le sujet sur lequel la Fédération des Maisons des potes m’a invité à intervenir, vendredi 7 novembre. Je me suis retrouvé aux côtés de Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice auteur du documentaire Les Réseaux de la haine ; Tristan Mendès-France, spécialiste des réseaux sociaux ; Nadjib Sellali, journaliste indépendant, et Baki Youssoufou, fondateur de Wesign.it. L’occasion de faire le point sur la réalité de la discrimination et de la haine sur Internet. Mais aussi de parler des manières de contrer ces réseaux sur ce même terrain.

Antiracisme 2.0 la tribune #égalitémdp2014

En premier lieu, Tristant Mendès-France a rappelé un fondamental : le racisme préexiste à Internet même si ce média est devenu son véhicule privilégié. Il a permis de faire le tri entre ce qui relève de la bêtise crasse d’adolescents, parfois même de plus jeunes encore, et de l’expression politique du racisme. « Les réseaux sociaux ont ceci de particulier qu’il n’y a pas de hiérarchie : l’expression d’un môme de 12 ans est placée au même niveau que celle d’un député », a rappelé l’intervenant au Celsa. Cette absence de hiérarchie peut contribuer à donner un effet de masse, à l’image de ce que chacun a pu observer avec le hashtag « un bon juif ». En ce sens, internet demeure un révélateur mais aussi un accélérateur.

En approfondissant, nous avons partagé le constat d’une galaxie extrêmement bien organisés, avançant bien souvent masqués pour mieux déverser leurs discours racistes, homophobes, mysogines… Si certains sites sont clairement d’extrême-droite, comme François de souche, d’autres offrent une façade plus subtile, se parant des atours d’une « information » qui serait « alternative », ouvrant la porte aux théories conspirationnistes aux relents rouges-bruns. Je me permets, sur ce sujet, d’attirer votre attention sur la note de mon camarade Gauche de combat. Autour de ces sites, qui sont autant de têtes de pont, gravitent une galaxie d’activistes numériques qui compensent leur faible nombre par une grande réactivité et une organisation dont les réseaux antiracistes semblent aujourd’hui incapables.

Antiracisme 2.0

Ainsi, le fondateur de wesign.it, Baki Youssoufou a fait part de son expérience avec des campagnes de mobilisation dont les commentaires ont dû être fermés en raison de la surabondance de publications racistes et de l’absence de réponses apportées par les activistes opposés aux discriminations. On retrouve là le mal endémique des milieux progressistes français : division et absence de coordination. Une réalité bien différente de ce qui se pratique aux Etats-Unis par exemple. La formation à l’outil et l’acceptation du choix des armes apparaissent comme autant de nécessités dans le combat en ligne contre les discriminations. Certes, les réseaux sociaux constituent des machines à cash mais aussi des aspirateurs à données personnelles. Cela posé, chacun peut apprendre à contourner cet obstacle pour aller mener le combat sur des plateformes qui rassemblent des millions d’utilisateurs.

L’on se rend compte que ces plateformes, tant qu’un contre-discours n’y est pas véhiculé en force, constituent des caisses de résonance pour le discours ambiant d’atomisation du corps social. D’autant que ce discours médiatiquement dominant bénéficie de l’onction intellectuelle des « experts », éditorialistes et autres « spécialistes » autoproclamés qui occupent le petit écran comme les colonnes des principales publications papier : Christophe Barbier, Franz-Olivier Gisbert ou encore le nauséabond Eric Zemmour.

Rencontres de l'égalité

Là aussi, il y a urgence à bâtir des contre-discours mais aussi à nous questionner sur nos propres pratiques en termes d’accès à l’information. Tant que nous contribuerons, individuellement, à ce que TF1 cumule 20 % de l’audience ou que nous permettrons que Le Parisien soit le quotidien le plus vendu après Ouest-France, ces deux médias auront toute latitude pour continuer à véhiculer leur vision stigmatisante de l’information. Sur la base du livre que j’ai co-écrit avec mon ami Sydné, j’ai donc suggéré d’en finir avec la « République des experts » et la confiscation de la parole médiatique, en parallèle avec la confiscation de la parole politique qui est au cœur de la Ve République.

Un propos qui, je crois, a fait écho aux préoccupations de Nadjib Sellali quand il nous a invités, collectivement, à arrêter de subir pour devenir acteurs. Il a aussi insisté sur l’importance, dans la déconstruction du discours ambiant, de l’éducation populaire. Celle-ci nous donnant les armes pour mener le débat politique face à nos ennemis. Ce n’est pas Rokhaya Diallo qui aurait pu le contredire : l’éducation populaire est au cœur de l’action des Indivisibles, l’association qu’elle a initiée.

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Bonus vidéo : Max Roach quintet with Abbey Lincoln « Triptych (Prayer/Protest/Peace) »