Les bouches s’ouvrent ! J’y appelais, le débat n’a pas tardé. D’abord, vous avez été nombreux à commenter mon appel à semer la pagaille dans le Parti de gauche. Alain Bousquet, mon ami et camarade, a approfondi la réflexion en lançant des propositions. Mon ami Romain Jammes, avec la complicité qui nous lie, a voulu poursuivre le débat à sa manière et avec art dans sa note sur la Guerre des position et la guerre de mouvement. Le clin d’œil à Antonio Gramsci m’a plu, d’autant que le recueil de textes éponyme figure sur la liste de mes lectures de vacances. Je vais donc rebondir sur le texte de Romain puisqu’il me pousse, et j’en suis fort heureux, à affiner ma position.

Gramsci guerre de position et guerre de mouvements

Mon constat part donc de l’analyse du réel tel qu’il est et pas tel que je le voudrais. La gauche française, dans son ensemble, est en plein dans une bataille idéologique féroce. Cette bataille, pour l’heure et provisoirement, la droite l’a menée et a remporté une première série de victoires. A présent, c’est l’extrême-droite qui, recyclant les fondamentaux posés par le GRECE et la Nouvelle-Droite des années 70, se pose en animateur de la bataille culturelle avec son corollaire de récupérations de nos termes, de nos figures, qu’elle détourne de leur sens initial. Comme le confiait récemment Emmanuel Maurel, de Maintenant la Gauche, dans un entretien qu’il m’a accordé pour Regards et que vous lirez dans le numéro de rentrée :

Nous nous sommes laissés déposséder de nos mots d’un côté, notamment par l’extrême-droite. De l’autre, nous sommes allés piocher dans le champ lexical de l’adversaire. Quand la direction du PS parle de « charges sociales » ou de « compétitivité », elle prend les mots du camp d’en face. Il en découle des choix et des conséquences : elle se situe dans un espace de guerre économique et envisage la baisse des salaires comme une arme. Si nous reprenons notre propre vocabulaire, nous parlons de cotisations sociales donc de salaire socialisé, d’émancipation et d’espace de coopération.

guerre des mots

Je partage avec Maurel l’urgence de reprendre la bataille des mots puisqu’elle est la forme première de la bataille culturelle et idéologique. Ce faisant, je me situe dans le droit fil des enjeux et des méthodes fixés par François Delapierre. Car, pour pouvoir faire la révolution et inscrire cette révolution comme irréversible, nous devons anticiper pour les prévenir, les scories du stalinisme. Pour y parvenir, je maintiens qu’il faut gagner la révolution dans les têtes avant que de la mener dans les structures. Et c’est là que je fixe l’enjeu de la bataille culturelle que nous menons.

Cette bataille est longue, énergivore, car de tous les instants. Je ne pense pas que nous puissions la gagner avec une base sociale réduite. C’est pourquoi je combats énergiquement le principe de la « colonne de fer » en lui opposant le parti de masse. Je me sers, pour ce faire, des expériences blanquistes et d’une mauvaise lecture du marxisme-léniniste telle que développée au sein de Lutte ouvrière. Le parti de masse est la condition sine qua non pour avoir raison avec et en même temps que le peuple. Il est néfaste, quand nous défendons la révolution citoyenne et le primat de la démocratie, que nous puissions avoir raison contre le peuple. Il est illusoire de penser que nous pourrions avoir raison avant le peuple et attendre, patiemment, qu’il nous rejoigne dans nos analyses aussi pertinentes soient-elles.

Le coin rouge enfonce les blancs

Mais parti de masse ne signifie pas – mécaniquement – « guerre de positions ». Ce serait bien trop simple, bien trop facile. Et Romain a tout à fait raison d’attirer l’attention sur un point crucial. Contrairement à ce qu’une lecture superficielle de Marx laisserait croire, il n’y a pas de mouvement mécanique de l’histoire et ce qui vaut pour la Grèce ne vaut pas pour la France, pour prendre deux exemples précis et pas du tout au hasard. La saine lecture de Gramsci nous a apporté cela. Nous ne sommes pas à l’abri d’une accélération brutale de l’histoire. Parce que rien n’est écrit.

La dialectique historique ne signifie pas automaticité du déroulé des événements dans un sens déterminé. Marx lui-même a combattu cette vision mécaniste de l’histoire et de la philosophie politique en prenant ses distances avec les jeunes hégeliens qui la défendaient.

Hegel

Il nous faut donc retourner sans cesse au charbon de la bataille idéologique, reconquérir une par une les positions que l’ennemi de classes nous a arrachées. Et, pour cela, la guerre de mouvements me semble la plus utile, je rejoins Romain sur ce point. Mais cette guerre de mouvement nous la remporterons à condition que nous comprenions bien qu’elle nécessite que nous allions à la rencontre des autres. Nous ne pourrons pas la mener, encore moins la gagner, en campant sur nos positions et en attendant que celles et ceux qui partagent notre analyse de la situation daignent bien nous y rejoindre.

C’est pour faire vivre la guerre de mouvements et la remporter que je me reconnais dans la proposition du camarade Bousquet : « Sortir de l’entre-soi et populariser le programme des radicalités concrètes. Hier nous avions raison de « Frapper, Frapper, Frapper ». Aujourd’hui, il nous faut Unir, Unir, Unir ! Le temps des responsabilités est venu ! »

Balla - La Guerre

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Bonus vidéo : The Shamen « Move Any Moutain (Beatmasters 12″ Mix) »