Mardi 9 octobre 2012, j’écris cette note en grève. Je vais perdre ma première journée de salaire de l’année scolaire, j’ai comme l’impression que ça ne sera pas la dernière. L’enjeu en vaut la chandelle, mon syndicat a lancé le mot d’ordre de défense de l’emploi et de l’industrie. La seule question de PSA exige que je suive la consigne syndicale. Avant de rentrer dans le détail, une petite anecdote. En ce jour de grève, levé plus tard que d’habitude, je m’offre un pain au chocolat, pour parler le Copé ; une chocolatine en vrai, chez le boulanger en face de chez moi. Lequel boulanger se trouve avoir bossé pendant un an et demi à Aulnay comme intérimaire. Ce qu’il me décrit des conditions de travail est hallucinant. « Vous bossez comme un chien, c’est comme s’ils avaient un fouet pour vous forcer à aller toujours plus vite » et de me décrire les malaises dont sont victimes les intérimaires qui ne sont pas équipés correctement : pas de masques pour la poussière. Sa conclusion mérite que je creuse avant de publier.

En même temps, ce n’est pas comme si je ne connaissais personne à PSA Aulnay. C’est ainsi que je me suis procuré un document interne qui a tout l’air d’être la présentation du plan social d’entreprise destiné à « accompagner » la fermeture du site. J’apprends incidemment que, pour la direction de PSA, il n’y a aucune négociation. « Les comités centraux d’entreprises ne servent, pour la direction, qu’à énumérer leur plan, lire les rapports tronqués… blabla… », m’explique un salarié d’Aulnay qui souhaite garder l’anonymat. La direction du groupe semble donc se contenter d’attendre les 28 jours prévus dans la loi pour appliquer son plan. Qu’importe les rodomontades de Montebourg et autres « pigeonneurs ». Elle profite aussi des divisions syndicales : la CGT et SUD s’opposent fermement à la fermeture du site, les cinq autres syndicats dont les jaunes de SIA ont déjà avalé la pillule.

En interne, la direction de PSA ne perd pas son temps en travaillant les salariés au corps. Elle dirige sa communication essentiellement vers ceux qui attendent la fin des négociations, ceux qui ont envie que cela se termine. On m’explique que la direction distille le poison de la division, sous-entendant que « la situation est bloquée par les syndicats et les salariés déterminés dans leur lutte ». Ainsi, l’Infos groupe (lettre interne à PSA) du 24 Septembre 2012 : « le Groupe a proposé un nouveau dispositif d’accompagnement des salariés qui pourra être mis en œuvre dès que les institutions représentatives du personnel les auront validées ». Cette communication est amplifiée avec la mise en place de possibilité d’entretiens individuels avec les services RH «  Les managers, les HRBP et les professionnels RH assurant les permanences au sein des Espaces Mobilité et Développement Professionnel sont là pour répondre aux questions des salariés et les conseiller pendant cette période transitoire. » Le but est bien sûr de diviser les salariés dans leur lutte. « Si on peut en amener certains à se sentir coupable de bloquer les collègues… De plus il faut ajouter à cela la communication par les médias, presse parlée et écrite, la télé et la com interne sur la chute des ventes », m’explique mon informateur.

Chute des ventes et « coût du travail » seraient les deux mamelles des maux de PSA. Philippe Varin, PDG de PSA, y va de sa campagne politique et déclare à qui veut l’entendre qu’il faudrait baisser les coûts salariaux de « 5 % à 10 % pour que le groupe en retire un gain substantiel ». « La dérive du coût du travail par rapport à l’Allemagne ces dix dernières années ne nous permet plus de dégager des marges », renchérit-il. Oubliant au passage que PSA a distribué 6 milliards (!) d’euros en douze ans aux actionnaires sous diverses formes. Quoi qu’il en soit de ces omissions, le gouvernement répond aux oukases de Varin. Lors de sa visite au Salon de l’auto le 28 septembre dernier, le résident de la République s’est engagé à soutenir la « compétitivité » du secteur automobile. Il a précisé : « Nous devons être les plus compétitifs possible et il y aura, après une concertation avec les partenaires sociaux, un plan sur plusieurs années pour améliorer la compétitivité ».

Pendant ce temps-là, l’Organisation internationale des constructeurs automobiles prévoit une croissance de l’ordre de 3 % pour le secteur. D’ici là, la fermeture d’Aulnay aura été scellée. PSA aura gagné. Et 10 000 familles seront jetées à la rue. S’il n’y avait qu’une raison d’être en grève aujourd’hui, ce serait celle-là. Le problème est que, avec Sanofi, Sodimédical, Fralib, Ford, Renault, Air France, ArcelorMittal et tous les autres, il y a trop de raisons de l’être.

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Bonus vidéo : The Che Men « Keep On Keepin’ On ! (Feat. Norman Strike) »