Je l’ai écrit, je m’y tiendrai. Dimanche, je voterai pour le candidat de gauche le mieux placé, au nom du principe intangible de désistement républicain. Fervent partisan de l’Europe, celles des peuples tout du moins ; militant internationaliste ; prenant en compte le vote utile qui privilégie le candidat de gauche qui semble le mieux à même de l’emporter, je ne peux que regarder les choses froidement. Le 17 juin, le vote utile, c’est Syriza. Je glisserai donc le bulletin de vote ci-dessous dans l’urne :

Libre de reproduction, évidemment.

Je le ferai d’autant plus volontiers que le peuple grec a besoin de notre solidarité active, soumis qu’il est à un chantage des plus odieux. Ce serait ou l’acceptation de la saignée capitaliste sur l’autel de la banque centrale européenne ou la sortie de l’euro. Les dirigeants européens ne se cachent même plus pour exercer des pressions sur nos cousins hellènes, espérant, je suppose, rééditer le hold up irlandais. Notre fellowblogger le Yéti a collationné les derniers propos du président « normal » sur cette question. A sa suite, je le cite :

« Si l’impression est donnée que les Grecs veulent s’éloigner des engagements qui ont été pris [l’austérité renforcée, ndlr] et abandonner toute la perspective de redressement [des banques européennes], alors il y aura des pays dans la zone euro qui préféreront en terminer avec la présence de la Grèce dans la zone euro. »

J’ai eu du mal à avaler ma salade grecque, mon plat favori depuis que Syriza est passé en tête de la gauche hellène. Je m’efface quelques lignes derrière l’ami A Gauche pour de vrai, qui a trouvé les mots que je voulais employer :

« Que dit François Hollande, “socialiste” nouvellement élu sur le thème du changement, qui préconise tout haut la nécessité d’un plan de croissance à l’échelle de l’Union ? Qui déclare à tout va sa volonté de faire la guerre à la finance ? Que les Grecs, s’ils veulent rester dans la zone Euro doivent voter pour des partis qui ont l’intention d’appliquer les yeux fermées, les mains dans le dos, l’échine courbée le plan d’austérité et d’étranglement voulu par Merkel et ses alliés libéraux ! »

Pour l’heure, les enquêtes d’opinion menées dans le pays qui a vu naître la démocratie moderne ne varient pas : l’alliance politique Syriza, qu’Angelina a déjà décrite en détails, est bien placée pour parvenir au pouvoir. Par la voie des urnes ! On sait que Jean-Michel Aphatie et ses confrères s’en étranglent de rage. Je les comprends. L’exemple ne viendra pas toujours de France et, peut être même, les Grecs nous ouvrirons un nouveau champ politique de possible.

Au fond de mon cœur, cédant à quelques envolées aussi gauchisantes que lyriques, j’eusse rêvé ces frères de lutte « exagérés », au point qu’on puisse exhumer les vieilles querelles d’initiés entre Robespierristes et Hébertistes. Je suis donc aller chercher ma pitance, des fois que la clique à Barbier, Quatremer et compagnie puisse avoir raison. Ce serait dommage de les priver de leur certitudes. Mais, quoi ? Patatrac ! Nos amis de Syriza ne veulent même pas tout foutre par terre avec des programmes idéalistes mais irréalisables. Le camarade Simplement de gauche a enquêté, je vous livre le résultat de ses investigations :

« Syriza ne promet pas de « raser gratis ». Tsipras a prévenu que la « route sera difficile« . « Nous ne disons pas qu’il y aura de l’argent facile« , a-t-il assuré, avant d’ajouter que les Grecs étaient prêts à faire des efforts : « les Grecs ne veulent pas de charité, mais ils veulent du travail ». Alors, heureuse, Angela ? »

Mince alors ! Quelle déception dans les officines bruxelloises ! J’imagine les commissaires européens se lamenter en cherchant un truc qui fasse bien peur. La sortie de l’euro ! Là encore, Simplement de gauche a mené l’enquête. Ces salops de Syriza ne veulent pas même sortir de l’euro. Malgré la guerre ouverte qu’il a déclaré aux bailleurs de la Grèce, Alexis Tsipras a affirmé une volonté farouche de rester dans l’Euro. En changeant un chouïa la donne.

Cela me convient finalement assez bien, je dois dire. C’est raisonnable mais sérieux dans le tracé d’un chemin politique nouveau. On pourrait presque dire « socialiste » au sens historique du terme. Voilà donc. Je vais voter socialiste dimanche, je vais voter Syriza.

D’ici là, avec d’autres, nombreux, j’espère, je serai ici :

Vendredi 15 juin à 18h30

Rassemblement de solidarité avec le peuple grec, contre les politiques d’austérité

devant l’Ambassade de Grèce, 17, rue Auguste Vacquerie, 75016 Paris (métro Kleber)

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Bonus vidéo : Marsheaux « Can You Stop Me ? » (excellent duo féminin grec)