L’année 2015 a été terrible, tout simplement. Elle a illustré, de manière tragique et politique, qu’une part notable des habitants de ce pays n’y trouve plus la place que la devise « liberté, égalité, fraternité » laisse pourtant supposer. Ce phénomène de dé-placement, que j’ai déjà évoqué, nécessite de repenser ce qu’est le contrat social, ce que nous mettons vraiment derrière le terme bien galvaudé de « république », ce qui constitue une politique de gauche. A titre personnel, je constate l’échec du Front de gauche. Nul besoin de repréciser ce qui a déjà été écrit fort bien par d’autres ou ce qui a déjà été écrit dans ces colonnes. Il faut, aujourd’hui, se projeter dans l’avenir et mettre le commun en mouvement.

un espoir pour les militants du PS

Les derniers mois – avec une accélération dans ses dernières semaines notamment sur la question de la déchéance de la nationalité – ramène au pari de la sincérité, évoqué dès l’été 2013. Oui, il existe encore des socialistes solidement ancrés à gauche et qui, faute de perspective crédible, font encore le choix de mener le combat dans leur organisation. Comme il est des écologistes qui assument que dans le « capitalisme vert », ce n’est pas la couleur qui pose problème. De la même manière, il est des militants présents ou passés du Front de gauche qui regrettent que la démarche de rassemblement qui a présidé à la création de cette force originale ait accouché, finalement, des pires querelles bizantines entre organisations que la gauche radicale puisse proposer. Enfin, surtout, il y a ces milliers d’acteurs du mouvement social, des organisations citoyennes, qui cherchent encore à ouvrir une perspective politique.

Ces personnes, ces regroupements militants, ces sensibilités, ces partis parfois ont bien plus en commun que les déclarations des uns et des autres ne le laissent à penser. Dans ce cadre, les appels à une candidature unique de l’autre gauche alternativement à celle de François Hollande constituent un premier pas positif. Même si les expériences récentes peuvent laisser dubitatif sur la possibilité qu’ils se concrétisent à la fin. Il est difficile de se départir d’un sentiment de malaise quand la plupart des personnalités qui appellent à cette candidature commune semblent laisser entendre qu’elles sont la seule à pouvoir l’incarner. Allons, faisons encore le pari de la sincérité.

Les bases politiques d'un rassemblement possible ont déjà été explorées.
Les bases politiques d’un rassemblement possible ont déjà été explorées.

La période politique oblige à prendre ce risque. De toute manière, avec ou sans candidature unique de la gauche alternative, la sensibilité progressiste – et j’inclue dans ce vocable François Hollande pour lequel je ne regrette toujours pas d’avoir voté et appelé à voter au second tour de la présidentielle 2012 – sera absente du scrutin de mai 2017. A quoi bon se casser la tête avec une candidature commune, rétorqueront d’aucuns. Il en est qui appellent à « enjamber la présidentielle ». Et pourquoi pas ? Je pense, tout de même, que la politique part du réel. Et notre réel commun c’est bien que la présidentielle peut constituer un formidable accélérateur pour les idées que nous portons ensemble.

Parce que, oui, il y a du commun entre des membres du parti socialiste et des militants du Parti de gauche, pour prendre ce qui constitue, de l’avis général, les deux bornes de ce rassemblement auquel j’aspire. Du refus de l’austérité à la 6e République, du combat contre la déchéance de la nationalité au droit de vote pour les immigrés, il y a des convergences fortes. Dès lors que chacun oublie ses intérêts boutiquiers. Mais, pour des raisons compréhensibles voire respectables, il est difficile aux boutiques de s’oublier elles-mêmes. C’est ainsi que va la gauche française, dont les icebergs en voie de fonte accélérée dérivent de plus en plus loin les uns des autres dans une mer réactionnaire dont le niveau augmente chaque année.

Mouvement commun

Dans ce contexte, et puisqu’il ne m’est pas demandé de renier mon engagement au sein du Parti communiste français, je me décide à mettre ce commun en mouvement. Je ne suis pas, c’est connu, un chaud partisan des mouvements citoyens. En revanche, tout ce qui permet aux acteurs du mouvement social, aux ignorés des appareils politiques, aux péquins… de bousculer les appareils politiques réduits au stade de reproducteurs d’élite me paraît utile. Parce que la politique ne s’arrête pas aux partis, loin s’en faut. A croire, même, que les partis sont devenus comme les élections : la pire des machines à dépolitiser. Et puis surtout, parce qu’il faut bien commencer à poser, dès aujourd’hui, les fondations de l’après…

Donc, comme il faudrait reconquérir le temps inter-électoral comme moment de politisation, je veux m’impliquer dans une démarche qui permette de repolitiser les débats. C’est donc pourquoi je rejoins le Mouvement commun.

Nathanaël Uhl