Ah que c’est beau le débat argumenté, constructif, celui qui donne envie d’aller de l’avant. Je vais vous donner trois réactions à mes articles récents pour que vous puissiez en juger :

« Vendu » (Jeanne Moll)

« Tu t’avances la culotte à la main » (Ariane Walter)

« Je comprends l’anglais, l’allemand, le français et la langue de bois » (Michel Rambeaux)

Et la meilleure pour la fin, sous couvert d’anonymat quand même pour faire bon poids :

« Moi je pense que Nathanael est ce genre de petit connard pétri jusqu’à la moelle d’ambitions politiques et qui n’a comme grille de lecture que la manière la plus efficace pour lui d’obtenir un jour un poste. Bref ce genre de mecs qui pourrissent la politique, sont la source de la misère de ce monde et mènent tout engagement politique sincère à la ruine. » (Homm de gauche Pariis)

FRANCE-SOCIAL-DEMO-MARSEILLE

Je sais et j’assume que prendre position à rebours de la tendance c’est s’exposer, donc prendre le risque de l’anathème. Je savais en écrivant ces lignes que le débat que j’allais alimenter, dans la continuité des contributions de certains de mes amis, pouvaient me valoir des mots acerbes. Je n’attendais pas l’insulte et encore moins le procès stalinien basé sur une déformation de mes propos. Mais je vais dire que c’est le jeu.

Hier soir, j’ai éprouvé la tentation de Venise. Pas uniquement parce que les insultes dans le débat politique me sont toujours comme des claques dans la gueule. Le mal est profond et mon questionnement l’est tout autant. J’ai le sentiment que, dans les possibles en gestation, le Parti de gauche puisse devenir un NPA bis. Ce n’est qu’un des scénarios possibles et c’est peu de dire que je combattrai de toutes mes forces ce qui constitue pour moi l’impasse politique absolue. Les rencontres fortes que j’ai eues avec Danielle Obono ou Myriam Martin, toutes deux issues de la LCR et du NPA me confortent dans cette vision des choses. Donc, comme d’habitude dans ce genre de situation, je vais poser mes réflexions.

Le Front de gauche au service de la classe ouvrière

En premier lieu, il y a la complexité de la situation politique. Le gouvernement mène une politique que j’ai qualifiée, depuis longtemps, depuis ses débuts même, dans une continuité dramatique avec le précédent. Le gouvernement mène réellement une politique de droite. En témoignent le vote du Mécanisme européen de solidarité et le TSCG, les 20 milliards accordés aux actionnaires, l’Accord national interprofessionnel, la réforme des retraites à venir… Je ne parlerai pas du Grand Marché transatlantique… Ce gouvernement, comme l’a écrit et crié Jean-Luc Mélenchon, divise profondément jusqu’à sa majorité. Certains textes et non des moindres n’ont été adoptés qu’en raison du vote des parlementaires de droite, ces derniers ayant donc pallié les défections des élus PS et EELV de gauche.

Cette politique est justifiée par le fameux acronyme TINA : « There Is No Alternative » (il n’y a pas d’alternative). Elle provoque des réactions fortes. Comme le dit le PCF, « Mélenchon dit aujourd’hui ce que le peuple de gauche ressent, c’est-à-dire une exaspération, une déception ». En toile de fond, le Front national s’apprête à récolter les raisins de cette colère. Et lui seul à l’instant où nous parlons. Pour une raison simple mais qui explique la complexité de la situation que nous vivons : 95 % de la population considère que le PS est de gauche et le rejet qui frappe la politique du PS touche l’ensemble des forces de gauche donc le Front de gauche. Cette réalité explique aussi pourquoi certains, au Front de gauche, mènent un travail de distanciation vis-à-vis du PS. C’est à partir de cette analyse du réel que je pose ma réflexion.

Jean-Luc Mélenchon Marie-George Buffet et Juliette Prados

L’autre élément à partir duquel je réfléchis reste, toujours, la réalité de la vie quotidienne. Le chômage qui ne cesse de croître, le pouvoir d’achat qui baisse, la précarité qui frappe de plus en plus violemment, le désespoir qui s’installe. Le capitalisme et ses effets dévastateurs en résumé. Je vous la fais courte, vous connaissez vos propres vies. Nous avons donc l’impérieux devoir de renverser ce système et le Front de gauche ouvre la voie à l’alternative avec sa proposition d’une 6e République, laquelle est incompatible avec le capitalisme.

Mais le Front de gauche pourra-t-il, au court terme qu’exige l’urgence de la situation, renverser la table tout seul ? Ah oui, j’en rajoute dans la complexité. J’en rajoute d’autant plus que, dans la situation actuelle, ma réponse est « non, le Front de gauche ne gagnera pas le pouvoir seul ». C’est probablement parce que d’autres partagent ce constat que le Front de gauche s’est donné comme feuille de route une majorité alternative dont Jean-Luc Mélenchon a expliqué, à plusieurs reprises, qu’elle existe déjà dans le résultat des élections législatives de juin 2012. En passant, je ne crois pas que le Front de gauche suffise à lui seul à faire échouer la future réforme des retraites. Il faudra bien aller chercher ailleurs les éléments de la construction politique de fond qui permette de faire échouer ce nouveau mauvais coups.

Le capitalisme est fini

La complexité de la situation politique provoque chez certains l’aspiration à la simplication. Plutôt que de se coltiner cette complexité, ce qui est le propre de la politique, ce que nous avons réussi à faire lors de la campagne des présidentielles, certains aspirent à quelque chose de plus reposant : le bien (le Front de gauche) d’un côté, le mal (le PS, l’UMP, le FN) de l’autre. Ce serait tellement bien, tellement simple… Comme le souligne le travail d’Espace Marx : « La routine de pensée, même dans les mouvements de transformation sociale, suit souvent une voie simpliste, linéaire, unilatérale (une seule cause à chaque évènement), qui entraîne un déficit de compréhension de la réalité, responsable de bien des échecs dans l’action, et qui peut aussi conduire au fatalisme. »

Le problème c’est que les habitants de ce pays sont bien plus intelligents qu’ils ne le pensent. Non seulement les habitants de ce pays sont capables de s’approprier la complexité mais ils ne demandent que cela.

Front de gauche pour l'avenir

La politique, c’est la prise en compte de la complexité et sa résolution. Accepter la complexité et s’y frotter, c’est faire le pari de l’intelligence des gens. C’est en tous les cas le parti pris qui est le mien. Je verrai dans les semaines à venir quel espace répond le mieux à cette mienne aspiration.

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Bonus vidéo : Metric « Combat Baby (live) »