Bon, c’est bien joli tout ça. J’ai beaucoup écrit ces derniers mois sur la politique en général ; le Front de Gauche, son programme et ses évolutions possibles. Je tâche aussi de parler de ce qui se déroule ailleurs… A ce sujet, j’ai été interpellé par mon ami Laurent, ancien Liguard devenu membre du PCF, qui me suggère de gratter sur le front de gauche russe. Voilà qui titille ma curiosité, à tout le moins. Du coup, vous ne savez pas que ce qui m’intéresse le plus, en vrai, c’est l’action publique locale.

J’entends par là les mesures mises en place avec les citoyens dans le périmètre d’une collectivité et qui changent concrètement, mais aussi radicalement, leur vie. Contrairement à une idée solidement ancrée, dans l’action publique locale, il y a de vraies différences entre la gauche et la droite, pas uniquement en raison du postulat de départ. Ou, plutôt, il devrait y avoir des différences nettement marquées. Le constat de la réalité ne plaide pas trop en mon sens, il est vrai, et depuis longtemps. Je me souviens, sur ce point, d’une anecdote dans les années 90. J’étais en poste dans une mairie communiste et une camarade, originaire d’une ville gérée par la droite, me faisait remarquer amèrement : « En vrai, la ville dont je viens, toute gérée par un Gaulliste, fait plus en matière d’action sociale ». Quel militant n’a jamais fait sien ce genre de constat ? Tiens, à Montreuil, c’est clair : l’amère Voynet mène une politique d’accompagnement de la spéculation immobilière en toute clarté. Tout comme le ferait une municipalité de droite. « Oh wait ! », comme on dirait sur twitter

Les « spécificités locales », le « contexte particulier », la « richesse » ou la « pauvreté » de la ville en termes de ressources fiscales sont autant de réalités qui nécessitent d’adapter aux situations communales particulières le programme du parti qui a été désigné par les citoyens pour diriger les affaires publiques. Mais comment comprendre, quand on est citoyen ordinaire, que le maire dit « sérieux » de Créteil mène une politique si différente que son homologue tout aussi « sérieux » du Pré-Saint-Gervais ou du troisième édile lui aussi « sérieux » certifié sur facture de Libourne ? Au fond, ils n’ont guère en commun que d’avoir comme logo le poing et la rose. Or, c’est aussi (pas seulement) par l’action publique locale que l’on permet aux citoyens d’identifier un corpus idéologique et de pratique. Pour nous, c’est la cohérence qui fait la différence.

Les camarades du PCF l’avaient bien compris en leur temps quand, dès les années 1925, ils ont commencé à théoriser les bases de ce qui est devenu, à l’âge d’or des années 50, le communisme municipal. Malgré les « spécificités locales », le « contexte particulier », la « richesse » ou la « pauvreté » de la ville en termes de ressources fiscales, les marqueurs identitaires de la politique locale étaient les mêmes à Villejuif, Le Havre, Montreuil, Bagnolet… Parmi ces marqueurs : une politique en matière de petite enfance résolument offensive, une action sociale développée, un accès à la culture pour tous… Sur bien des points, nos camarades ont fait école et ce qui était révolutionnaire à l’époque est devenu aujourd’hui une norme de base pour n’importe quel élu, quel que soit son parti.

Aujourd’hui, la situation économique et sociale a bouleversé la donne politique. Au niveau national, l’échec de la social-démocratie comme celui des conservateurs oblige à expérimenter un nouveau corpus idéologique. Localement aussi, nous sommes confrontés à l’obligation de trouver de nouvelles réponses pour que nos concitoyens non seulement vivent moins mal individuellement mais vivent mieux ensemble. L’urbanisme prend une place de plus en plus grande dans la recherche de ses solutions nouvelles, par force puisque nos villes ont connu un agrandissement démesuré et non maîtrisé dans les 40 dernières années pour faire face aux bonds démographiques. Mais il n’y a pas que cela.

Les élus locaux se doivent d’affronter des questions aussi cruciales que le lien social ; l’espace public comme lieu de partage et de vie en commun alors qu’ils sont souvent les lieux les plus dégradés ; les services publics comme facteurs de cohésion sociale… Le tout dans une perspective d’émancipation individuelle et collective. Le tout en tenant compte des exigences que la crise écologique font émerger. La gratuité est une des pistes que nous défendons, comme les monnaies complémentaires ou la défense des régies publiques… Il s’agit bien de sortir de la sphère marchande ce qui relève du bien commun de l’humanité.

Ces questions me passionnent littéralement. Je vois dans cette exploration minutieuse de ces radicalités concrètes les pistes qui pourraient faire école à l’échelle nationale. Comme si nous faisions la preuve par l’exemple local que d’autres solutions sont possibles à l’échelle nationale. Ce renversement de paradigme est, pour moi, assez enthousiasmant puisque les bases jacobines et centralisatrices de ma culture politique me préparaient plutôt à mettre en œuvre localement des solutions élaborées au niveau central.

Tout cela pour vous dire que vous allez avoir à lire, si vous le voulez, bien des choses sur ces sujets dans les mois à venir. Avec un certain nombre de mes camarades : Corinne Morel-Darleux, Gabriel Amard, Juliette Prados…, nous ambitionnons de révolutionner l’approche municipale. Et ce Cri du peuple sera un des lieux où vous pourrez suivre l’évolution de cette pensée préalable à l’action.

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Bonus vidéo : The Jam « In The City »