Il y a de ces réunions dont chacun ressort rincé. Avec, pour beaucoup, un sentiment de pas assez. Voire même un peu d’amertume. L’assemblée générale du Parti de Gauche en Seine-Saint-Denis, tenue mercredi 20 juin au soir à Bobigny, en fait partie. Elle a été longue ; assez dure, ne le cachons pas ; mais nous mesurerons d’ici un à deux mois le bien qu’elle nous a fait à tous. Parce que, au delà des apparences, Juliette Prados, notre co-secrétaire départementale, a raison de résumer ainsi la soirée : « Plus de 90 militants, un bouillonnement d’idées, d’envie, d’analyses… » A chacun de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Ju’ a choisi à moitié plein. Et elle a raison.

Premier acquis de cette soirée, les « pégistes » du 9-3 n’ont occulté aucun débat. Aussi douloureux soit-il, dans le département qui voit le parti socialiste arracher deux sièges au Front de Gauche ; le courageux Patrick Braouezec battu au second tour après avoir enfreint la consigne de désistement républicain ; le Front national présent au deuxième tour dans une circonscription. Nous nous sommes dit les choses franchement, pas toujours sans arrière-pensées. Je vais être le plus honnête possible, même s’il s’agit de mon organisation et que j’en suis, comme on dit, un des « cadres ». Moi, je préfère apparatchik, je n’aime pas me cacher derrière la novlangue qui fait plaisir.

Oui, il y a eu des arrière-pensées, elles sourdaient derrière les propos de franche camaraderie. L’un n’empêche pas l’autre. Nous fumes quelques uns à défendre la ligne de notre parti : le désistement républicain et la caractérisation du parti socialiste comme un parti de gauche. Ne nous en déplaise. Il faudra en débattre, entre autres temps, au moment du congrès dans la préparation duquel nous allons rentrer. Mais cette position n’a pas fait l’unanimité hier soir. Pour des raisons qui tiennent tant de la colère conjoncturelle, je le crois, que de la vision plus fondamentale. Il n’est qu’à se rappeler les applaudissements nourris qui ont salué le propos de Thomas, militant aux Lilas : « Arrêtons de caractériser le PS comme un parti de gauche » voire ceux encore plus vifs quand Gildas envoie : « On aurait dû taper aussi fort sur le PS que sur le FN ». Le Thomas que je cite, dans ses commentaires ce matin, exprime une différence de points de vue entre « intervenants de la tribune » et « intervenants de la salle ». Entre supposés chefs d’un côté, donc, et base tout aussi supposée de l’autre.

Je ne suis pas d’accord avec cette vision des choses. Mais l’arrière pensée prend un autre tour quand des camarades sous-entendent que les anciens socialistes que nous comptons au PG seraient bien trop prompts à apporter leur soutien aux candidats du PS, même face au Front national… Là, je vous le dis à titre personnel : ce genre de chose, ça blesse. Vraiment. Je vais vous dire, pour ce qui me concerne : je défends le désistement républicain parce que c’est la ligne du parti et qu’il est de mon rôle de l’expliquer, de la défendre. Mais ne croyez pas que je le fasse de gaîté de cœur. Moi, en vrai, j’aurais adoré que Braouezec casse les reins d’Anauthin, ce petit roquet infect biberonné aux pires manœuvres politiciennes de l’UNEF. Sauf que voilà, on a une ligne et que les éléments nous donnent raison. Braouezec a été battu parce qu’il est arrivé second au premier tour ! Dire cela ne fait pas de moi un social-traître les camarades !

Comme je ne veux pas renvoyer la responsabilité que d’un côté de la salle, il y a aussi des arrière-pensées en retour. J’ai bien entendu des camarades déplorer ces « éclats gauchistes de pureté révolutionnaire ». D’autres se dire qu’on a intérêt à mettre en place des formations pour mettre tout le monde au carré. Voyez… On ne s’ennuie pas en réunion chez nous. C’est que, dans le vrai du vrai, de ce qui fait un militant – et la politique a beau être le plus froid des monstres froids, on n’en reste pas moins Homme en toute circonstance -, nous en avions tous gros sur le cœur depuis des jours, à devoir tourner tout ça tous seuls dans nos têtes… Là, on pouvait se dire les choses entre nous. Sans que cela prête véritablement à conséquence. Voyez, Thomas avec qui je me suis un peu frotté dans les commentaires, on va se voir. Sûrement autour d’un verre, pour échanger. En toute amitié et camaraderie. Parce que nous savons aussi passer par dessus le ressenti une fois qu’il a été exprimé et entendu.

Le débat a aussi été vif concernant le sens même de la ligne « front contre front ». Comme il l’avait déjà expliqué en réunion de coordination départementale, Raouf est revenu sur le sujet, mettant les pieds dans le plat. Mon excellent camarade de Saint-Ouen a lancé : « Le préchi précha Front contre front (sic) a rendu inaudible nos propositions en matière économique et sociale ». Je ne suis pas sûr que la candidature de Jean-Luc dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais n’ait pas été jugée comme « néfaste » par quelques camarades. Sur cette question, cependant, les échanges ont été moins vifs et moins tranchés que sur la question du PS. Je ne sais plus qui a lié les deux cependant, comme je trouve qu’il est bon de le faire : « Le FN c’est l’ennemi de classe, qui gagne à la confusion. Il faut mener les débats clivants pour éclairer le peuple sur les positions de chacun ». Le prochain clivage tournera autour de l’Europe et de l’austérité. Reste la question des moyens que nous nous donnons pour le mener.

C’est à ce moment là que je suis amené à prendre la parole, de concert avec mon ami Axel de Saint-Denis (là où il milite, c’est pas un noble mais s’il a l’âme chevaleresque). Nous avons mandat de la coordination départementale de présenter le détail des résultats électoraux dans notre département. Mission fort bien accomplie par Axel qui me laisse du coup le soin de parler de notre électorat. Je suis obligé de préciser que notre électorat ressemble beaucoup à l’assistance de la réunion du soir. Classes moyennes et classes moyennes supérieures conscientisées. Peu de classes populaires. Je précise qu’un agent de catégorie de la fonction publique ou un chef d’équipe du privé, ce sont déjà des classes moyennes dans la construction idéologique que nous impose la bourgeoisie. Les classes populaires, quand elles se sont portées sur nous à la présidentielle, nous ont délaissés aux législatives soit pour retourner s’abstenir soit en votant PS. Ne nous fermons pas les yeux, on a encore du boulot pour renouer durablement avec ces citoyens-là. J’en arrive donc à faire le lien avec l’éducation populaire politique au plus près des citoyens, que nous avons délaissée depuis trois ans. Et les nouvelles formes de militantisme et de mobilisation que nous, Parti de Gauche, avons apporté au Front de Gauche.

Je sais, je suis pas très amène parfois.

Je n’aurais pas le temps, vue l’heure et vue ma propension à faire long, de revenir sur les rapports internes au Front de Gauche. Mais je pense que le conseil national de ce week-end sera une nouvelle occasion de débattre. La réunion a donc été passionnée et, comme le tweette Stéfanie, « passionnée ». Et elle aura des suites. Notamment en termes de formation. Sauf que chez nous, une formation ce n’est pas pour t’apprendre la vie mais bien pour se donner les moyens de la construire ensemble cette vie.

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