Jeudi 20 décembre, le deuxième constructeur autombile mondial : General Motors, et le groupe français PSA ont signé un accord esquissé dès le mois de février dernier. « Etonnamment », cette alliance mondiale coïncide avec le choix du groupe américain de fermer l’usine Opel de Bochum, comme l’expliquait Pierre hier ; « étonnamment », elle coïncide aussi avec la décision de PSA quant à la fermeture du site d’Aulnay malgré un rapport qui conteste les raisons de ce choix. Il m’a semblé utile, dans ce contexte, de vous faire partager la signification concrète de ces orientations au travers de l’article que j’ai rédigé pour le site Mediavox.

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Le site d’Aulnay-sous-Bois de PSA va fermer en 2014. 3 000 emplois seront détruits en Seine-Saint-Denis. La décision du premier constructeur automobile semble irrévocable. « Surcapacité de production » et baisse des bénéfices sont invoqués pour justifier ce fermeture. Pascal a vu le coup venir dès 2006. Reportage.

PSA dans les rues de Bobigny le 8 novembre 2012

C’est un samedi comme les autres. Comme les autres depuis février 2012 tout au moins quand Pascal (1) a entendu la nouvelle pour la première fois. Le site de PSA Aulnay-sous-Bois, où il travaille depuis 1995, pourrait fermer ses portes. De rumeur vite démentie alors, le propos est s’est fait réalité. Le jour fatidique restera le 12 juillet 2012. Ce jour-là, la direction du premier constructeur automobile français annonce un plan d’économie d’un milliard d’euros comprenant la fermeture d’Aulnay en 2014. Sur le bureau Ikéa qui meuble cette pièce du pavillon acheté à crédit, Pascal empile chacune des coupures de journaux relatant le terrible feuilleton. « Un jour, faudra que j’écrive un livre sur tout ce bazar », lâche, dans un souffle, ce quadragénaire. Sur une autre pile, les tracts syndicaux complètent la documentation.

La maison est calme, les enfants – deux, une fille de 16 ans, un garçon de 9 – sont sortis avec leur mère. Pascal accepte de se livrer, un peu, mais garde la pudeur des siens. En Bretagne, dans ce Léon qui l’a vu naître, on parle peu de soi. L’essentiel tient en quelques mots : les parents qui quittent le nord Finistère quand Pascal n’a que quinze mois, l’arrivée en région parisienne : la Seine-Saint-Denis pour être précis. Le père employé à EDF, la mère au foyer. Les études, mi réussies mi ratées, « normales quoi ». Le diplôme de l’Institut Universitaire de technologie, « par goût ». PSA « après le service » et quelques petits boulots enchaînés.

Les Ford rejoignent les PSA à Aulnay le 29 septembre

PSA donc, Citroën en fait, comme on dit encore à Aulnay-sous-Bois et dans les alentours. Quand il a fini par y « rentrer », après quelques deux années en intérim, pour le père de Pascal, c’est la fin des soucis. « A l’époque, malgré la crise, on se disait tous que Citroën c’était le meilleur qu’il nous pouvait nous arriver. Une boîte comme ça, ça tangue parfois mais c’est du costaud ! », explique Pascal. D’un geste nerveux, il écrase sa nième cigarette dans un cendrier qui déborde de toutes parts. Un regard à la dérobée, les factures sont bien classées dans un coin. Pascal note, se lève, agrippe les enveloppes, les range. « Ca, tes lecteurs n’ont pas à savoir ! »

Assurément, Pascal ne fait pas partie des actionnaires qui se sont partagé la modique somme de 6 milliards d’euros en dix ans, sous la forme de dividendes ou de rachat d’actions par PSA. Autant d’argent qui n’ira pas dans la recherche et le développement, qui ne contribuera donc pas à réorienter la production du groupe vers des véhicules plus en phase avec les attentes du marché français, en demande de voitures propres. Ce n’est pas faute qu’au moins une organisation syndicale ait fait des propositions en ce sens à plusieurs reprises. Pour PSA, l’avenir rime avec marchés émergents avec des centres de production dont la main d’œuvre sera, de toutes les manières, moins chère. A Aulnay, 3 000 postes de travail vont disparaître. Si l’on compte les intérimaires, la sous-traitance et les emplois induits, ce sont pas moins de 10 000 familles qui sont directement impactées.

Les salariés de PSA à Bobigny le 8 novembre 2012

Quand l’épouse de Pascal revient des courses, difficile de ne pas croiser son regard inquiet. Contractuelle de La Poste, son salaire ne constitue qu’un appoint dans le foyer. Appoint important certes mais, précarité oblige, pas de ceux sur lesquels la famille peut compter pour rembourser les traites du pavillon des environs de Mitry-Mory. Pas de ceux, non plus, qui paieront les études de la grande dans trois ans. Pour le plus jeune, il est encore temps de voir venir. Un sourire crispé, un troisième café, Pascal préfère revenir sur son métier.

Après un passage à la chaîne, « comme tout le monde, sauf quand tu as la cravate », Pascal progresse à son rythme. Il arrive au contrôle qualité il y a trois ans, « après avoir bossé un peu partout sur le site ». Du coup, il connaît tout le monde, ou presque. Dans les manifestations qu’il a toutes faites, ce non-syndiqué discute aussi bien avec le syndicat maison, le SIA, qu’avec les irréductibles de SUD. Ce triste matin du 8 novembre, il arpente avec quelque 500 de ses collègues le pavé balbinien, de la Bourse du Travail à la Préfecture où les cars de CRS font office de comité d’accueil. Le cortège bruisse de conversations tout juste couvertes par les slogans jetés du haut-parleur juché sur la camionnette de la CGT. L’inquiétude poisse le défilé, nul ne reprend les phrases qui se veulent choc.

Devant la préfecture de Bobigny avec PSA le 8 novembre 2012

Même au sein de la très structurée section syndicale CGT de PSA-Aulnay, c’est le nœud au ventre qu’on avance. Le but de la manifestation matinale : soutenir les délégués des organisations qui sont en négociation avec la direction du groupe et les représentants de l’Etat. Frottant ses mains l’une contre l’autre, Pascal tente de forcer le sourire pour ses accompagnateurs. Il présente les extérieurs qu’il connaît à ses collègues, quelques vannes fusent de ci de là. Mais les visages sont majoritairement fermés. L’angoisse du lendemain se fait plus manifeste au fil des jours qui passent sans que PSA ne cède un pouce de terrain sur l’avenir du site d’Aulnay. En même temps, la détermination se devine parmi les gars qui défilent en tenue de travail.

(1) Les prénoms ont été changés. Pascal n’a pas souhaité être pris en photo non plus. Témoignage de l’ambiance qui règne à PSA Aulnay.

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Bonus vidéo : The Temptations « Papa Was A Rolling Stone »