Effraction : Rupture, forcement ou enlèvement de tout dispositif servant à fermer un passage ou une clôture. (L’effraction qui constitue un délit est une circonstance aggravante de certaines infractions : vol, violation de domicile… L’usage de fausses clés est assimilé à l’effraction.)

Ainsi donc, pour François Baroin, ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, la « gauche est arrivée au pouvoir par effraction en 1997 », selon ses propres mots lors de la séance des questions au gouvernement ce mardi 8 novembre. Ce mot fâcheux, pour le moins, a amené les députés de gauche à quitter l’hémicycle.

Le Palais Bourbon

Bien sûr, cette saillie inspire bien des réflexions. Au regard de la définition donnée par le Larousse, l’allusion au vol est manifeste. Du côté des internautes, les réactions n’ont pas manqué. J’ai moi même twitté que, pour régler ce souci de démocratie et d’effraction, de dissoudre le peuple et de déclarer l’UMP parti unique. Sans que je le sache, Martine Billard, députée de Paris et co-présidente du Parti de Gauche, a rédigé le communiqué de presse suivant :

Quand l’UMP se croit propriétaire éternelle de la France!

Acculée par les déficits qu’elle n’a cessé de creuser depuis 2002, la droite ne cesse de renvoyer la responsabilité de la situation économique actuelle aux politiques des quelques gouvernements de Gauche depuis 1981.

Le ministre François Baroin a franchi le Rubicon en accusant les précédentes majorités de gauche d’être arrivées au pouvoir « par effraction », provoquant un incident sans précédent lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale.

La droite se sent tellement propriétaire de la France , que pour elle toute alternance démocratique du pouvoir est un vol des droits inaliénables de l’oligarchie.

Il est vraiment temps qu’ils dégagent!

Il est utile d’abord de rappeler que la Gauche plurielle est arrivée au pouvoir en 1997, par la voie des urnes, et consécutivement à la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président Jacques Chirac.

On peut également comparer l’attitude de François Baroin, chiraquien historique fraîchement converti au sarkozisme pour obtenir son strapontin ministériel, aux immigrés de fraiche date qui se veulent « plus français que les Français » et finissent par voter Front national. Cela s’appelle le zèle des néo-convertis…

Au-delà de l’émotion, qu’est-ce qui se cache derrière ces mots ? D’aucuns pensent que l’UMP est acculée et perd son sang-froid. Je ne le crois pas. La radicalisation du discours des ténors de la droite gouvernementale répond à une stratégie organisée. Elle est passée par l’interview donnée par Thierry Mariani, ministre des Transports, au journal d’extrême-droite Minute pour lancer sa pétition contre le droit de vote aux étrangers.

La droite populaire contre le vote des étrangers

D’autres éléments de langage laissent accroire à la multiplication des dérapages. Ils sont in fine trop nombreux pour les relever tous ici, d’autant que je me laisse aller au billet de réaction, écrit à chaud. Mais dans cette logorrhée, il y a une cohérence :  un discours de plus en plus dur, assumant ses clins d’oeil appuyés à l’extrême-droite pour récupérer la partie de son électorat populaire qui, déçue, préfère jouer les « gars de la Marine » que les « Sarko boys ».

Affaire à suivre. Mais en tout état de cause, l’effraction sémantique de François Baroin est tout sauf un dérapage. Il serait stupide de s’y laisser prendre.