Le 27 mai 1943, la première réunion du conseil national de la Résistance a lieu rue Dufour à Paris. En cette journée de commémoration, rencontre avec Frédérick Genevée, historien et président de l’association pour l’histoire vivante, qui gère le Musée éponyme à Montreuil.

(c) Anja
(c) Anja

Quel sens cela a-t-il de commémorer cette première réunion du Conseil national de la Résistance ?

En présence de Jean Moulin, elle marque le début de l’unification des mouvements de résistance, dans leur diversité. Si les réseaux clandestins sont absents, les mouvements combattants, les partis et les syndicats sont tous présents. Il y a aussi les mouvements qui agissent en France et les représentants de la France libre, qui tous acceptent l’autorité du général de Gaulle. C’est donc la reconnaissance des différentes formes de la résistance mais aussi de ses différentes sensibilités.

Tout de même, est-ce que cette journée n’est pas un poil passéiste ?

Nous vivons dans un pays libre. Se rappeler comment et par qui nous avons pu y arriver, à mon sens, ce n’est pas passéiste. Je fais partie de ceux pour qui le mot « résister » est toujours très actuel.

Et puis, ce n’est pas passéiste puisque le Conseil national de la Résistance va produire un texte fondateur, son programme, qui est toujours un des fondements de notre vivre ensemble. Alors que la guerre est tout juste finie, ce programme du Conseil national de la Résistance va être mis en œuvre et donner naissance à la Fonction publique, dans sa version moderne ; à la Sécurité sociale…. Il va se traduire par des nationalisations… Autant d’éléments qui font que la France est la France. Ce n’est pas passéiste. Encore moins quand on se rend compte que ces conquêtes sociales, obtenues alors que les caisses sont vides, sont aujourd’hui attaquées au nom du libéralisme.

Le conseil national de la résistance

Tu refuses donc la mythification du Conseil national de la résistance, si je comprends bien…

Il ne s’agit pas, en effet, de vouloir revenir en arrière, commémorer ce n’est pas cela. Le monde a changé. Si les questions qui se posent peuvent être similaires, les solutions – elles – seront forcément différentes. Je réfute la reconstitution comme l’enterrement. Je préfère que nous voyions ensemble dans cette période historique une inspiration, notamment en termes de méthode. Celle du rassemblement.

Quelle est cette méthode qui semble te tenir à cœur ?

Les mouvements et organisations membres du Conseil national de la résistance vont écrire un programme en deux parties. La première proclame que la libération sera le fruit de l’insurrection ; la seconde, c’est le programme proprement dit avec ses propositions très concrètes. L’enjeu n’est pas de revenir à la situation de 1939 mais de fonder une France nouvelle. Comme si résister ne suffisait pas mais qu’il fallait imaginer des solutions pour l’avenir. Cela rappelle qu’il faut rassembler pour changer l’existant mais que ce rassemblement n’est possible uniquement qu’autour d’idées fortes. Si nous sommes d’accord, il n’y a pas de limites au rassemblement.

Programme du CNR

Quel est ton regard d’historien sur la panthéonisation de quatre résistant-e-s, dont aucun-e n’est communiste ?

C’est un choix politique qui va contre l’histoire. Nous sommes là face à la construction d’une mémoire, extrêmement sélective. L’histoire, l’examen des faits, montre que les communistes ont pleinement occupé leur place dans la Résistance. Avec des contradictions fortes, certes, mais qui mettent en lumière que les communistes ont joué leur rôle dans la libération de la France. L’omettre, c’est faire un choix politique.

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