Version légèrement enrichie de mon édito hebdomadaire pour Mediavox.

Les européennes pour une réconciliation. Le week-end dernier, le Parti de gauche tenait son conseil national. Lundi, par la voix de Pierre Laurent, le Parti communiste français reprenait au bond la balle lancée par le « frère ennemi » quelques heures plus tôt. Les deux formations confirment donc leur volonté de partir ensemble aux élections européennes en mai prochain, soldant plusieurs mois de bisbilles tactiques sur la question municipale. Pour calmer le jeu, Igor Ziamichiei a annoncé que le logo Front de gauche ne figurerait pas sur les affiches d’Anne Hidalgo, revendiquant

« un geste politique dans une volonté d’apaisement : on veut mettre un terme à une polémique totalement disproportionnée et éloignée des préoccupations populaires »

"Il n'est pas de sauveur suprème, ni dieu, ni César, ni tribun ! Producteurs sauvons-nous nous mêmes, décrétons le salut commun"
« Il n’est pas de sauveur suprème, ni dieu, ni César, ni tribun ! Producteurs sauvons-nous nous mêmes, décrétons le salut commun »

Parce que, sur le fond, l’ensemble des formations du Front de gauche s’accordent sur la stratégie élaborée en janvier 2013 : créer une majorité nouvelle pour ouvrir l’alternative et accéder au pouvoir. Le reste n’est que tactique. Or, quand la tactique électorale prend le pas sur le fond politique, les préoccupations boutiquières prennent le pas sur les besoins réels de la population.

Cela étant, la séquence août 2013-février 2014 a désespéré plus que Billancourt. Malgré les assurances données par les états-majors de la rue Doudeauville et de la place du Colonel-Fabien, du côté des militants de base, c’est le désarroi qui l’emporte. « Le Front de gauche est mort », confiait hier un militant non encarté des Bouches-du-Rhône ; « il est devenu une coquille vide », expliquait un militant montreuillois d’Ensemble, une autre des composantes du Front de gauche. Faute d’avoir su « politiser les désaccords pour en faire un outil d’animation du débat », comme le suggérait à l’automne Christian Picquet, leader de la Gauche unitaire, le Front de gauche a bel et bien gaspillé l’enthousiasme et le début de mobilisation populaires qu’il a su créer pendant les élections présidentielles.

Les frères ennemis

Il va falloir repartir au charbon et dépasser les enjeux de chapelle pour renouer avec une éventuelle dynamique. En premier lieu, le PG et le PCF doivent admettre que leurs désaccords tactiques pour créer la « majorité nouvelle », entre « opposition de gauche » et rupture d’un côté et « rassemblement » de l’autre, doivent être dépassés. La marche contre l’austérité et pour refonder l’Europe, mi-avril, proposée par Pierre Laurent et reprise par Jean-Luc Mélenchon et Olivier Besancenot montre que c’est possible. Elle devrait prendre appui sur ce que les Bouches-du-Rhône sont en train d’inventer.

Il faut, surtout, pour le Front de gauche éviter l’écueil sur lequel s’est fracassée la démarche des collectifs unitaires anti-libéraux. Le leadership doit impérativement être partagé. Le Parti de gauche a pour lui d’être un laboratoire d’idées, notamment avec l’éco-socialisme, et de disposer d’un tribun charismatique. Le PCF dispose, de son côté, de l’essentiel des militants, des élus et, donc, du nerf de la guerre. Aucun des deux partis ne donc peut revendiquer, pour lui seul, la domination sur le Front de gauche.

Les autres visages du Front de gauche

La direction de ce jeune objet politique doit vraiment faire place à l’ensemble de ses composantes. Le vieux conseil national du Front de gauche a montré ses limites, qui n’a pas su empêcher les tensions de leadership incarnées par celles entre son président : Pierre Laurent, et son ancien candidat : Jean-Luc Mélenchon. Ces deux personnes, pour brillantes qu’elles soient toutes les deux, seraient inspirées de laisser la place, d’autant que la confiance qu’elles ont l’une pour l’autre a disparu.

Le Front de gauche pourrait inventer une présidence à trois têtes, dont ces deux ténors seraient absents et incluant obligatoirement une personnalité d’Ensemble ou de la Gauche unitaire. Quand j’écris cela, je parle bien de les écarter de la co-présidence du Front de gauche que j’appelle de mes voeux. Il ne s’agit pas de les exclure du Front de gauche. En tant que dirigeants des deux principales composantes du FDG, ils sont naturellement les porte-paroles de ce rassemblement.

De Clémentine Autain à Marie-George Buffet en passant par la jeune garde du PG ou de la GU, les talents ne manquent pas au Front de gauche. L’affrontement entre Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent le fait pourtant oublier.
De Clémentine Autain à Marie-George Buffet en passant par la jeune garde du PG ou de la GU, les talents ne manquent pas au Front de gauche. L’affrontement entre Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent le fait pourtant oublier.

Ce choix aurait pour avantage de manifester en actes que le Front de gauche n’est pas que le PCF allié au PG et vice versa. En outre, cela ferait apparaître de nouvelles têtes et sortirait le FDG du piège – très Ve République – de la personnalisation. Pour des formations qui se battent en faveur de la 6e République, ce serait bien la moindre des choses.

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Bonus vidéo : Afrika Bambataa and James Brown « Unity »