Gauche avenir ou comment sortir de l’impasse à gauche ? C’est un peu le sens d’une démarche initiée en 2007 par diverses personnalités telles que Marie-Noëlle Lienneman et Paul Quilès et à laquelle Marie-Pierre Vieu, Emmanuelle Cosse (avant même d’être secrétaire générale d’Europe Ecologie-les Verts) ou tant d’autres ont participé. Jeudi 10 juillet, dans les salons du Sénat, Paul Quilès et la sénatrice de Paris ont présenté le document de synthèse de plus d’un an de travail : Pour un nouveau pacte majoritaire à gauche. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, Emmanuelle Cosse, patronne d’EELV, ainsi qu’Emmanuel Maurel, animateur de Maintenant la gauche (courant de gauche du PS), ont tenu à marquer de leur présence la publication de ce document.

Pierre Laurent, Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienneman

Le Parti de gauche n’a pas participé à l’élaboration du texte présenté ce jeudi. Marie-Noëlle Lienneman, co-fondatrice de Gauche Avenir, précise que cette organisation, bien que sollicitée, a toujours refusé de participer aux travaux du club politique. « Ils ne partagent pas notre conception d’un rassemblement de tous les rouges, tous les roses et tous les verts », explique la sénatrice socialiste de Paris, tout en rappelant : « Aucune porte n’est fermée ».

Marie-Noëlle Lienneman pose, en préalable, le postulat que « la gauche n’est pas qu’un programme de gouvernement. C’est aussi un combat politique, un combat culturel, des mobilisations sociales permanentes ». Rappel pour sortir du « piège des institutions » qui « confisque les débats de fond en focalisant sur la question des futurs présidentiables », souligne Pierre Laurent. Emmanuelle Cosse abonde dans le même sens en relevant : « La priorité pour les gens, quand on discute avec eux, c’est l’emploi, le logement, l’avenir de leurs enfants. Pas qui sera le prochain président ».

Emmanuelle Cosse, Pierre Laurent et Paul Quilès

Paul Quilès, cheville ouvrière de Gauche Avenir, insiste lui sur l’ambition de ce cercle de réflexion, « qui ne veut ni ne peut se substituer aux partis ». « Nous pensons que, au moment où tout le monde parle de rassemblement, qu’il est vital de préciser le contenu de ce rassemblement, ses idées forces, explique l’ancien ministre. Notre proposition pour un nouveau pacte majoritaire à gauche s’inscrit dans cette démarche. » Sur plusieurs mois, Gauche Avenir a donc sollicité des contributions et auditionné des chercheurs, des syndicalistes, des responsables politiques, avant de synthétiser ces échanges sous la forme d’un document dont l’allure n’est pas sans évoquer un programme commun de la gauche qui ne se retrouve pas dans la politique menée par le gouvernement, politique qui a mené les Verts à le quitter ainsi qu’à la constitution d’un groupe de frondeurs au sein des parlementaires socialistes.

Ouvrant sur la « nécessaire réorientation de la politique européenne », selon les mots de Marie-Noëlle Lienneman, dont on retrouve là une des constantes, le texte balaie de la transition énergétique à l’économie sociale et solidaire en passant par la refonte des institutions. L’ensemble des propositions remettent la politique de la demande, donc la relance par la consommation et l’investissement, au cœur d’une possible action publique nationale. De fait, il n’y a pas grand-chose de nouveau dans ces dix grands blocs de proposition.

Pour un nouveau pacte majoritaire

Rien d’innovant sauf – à en croire les présents ce jeudi – leur capacité à faire consensus entre des socialistes de gauche, les écologistes et le parti communiste français, a minima. Emmanuelle Cosse résume ainsi : « Avec ce travail, nous nous sommes rendus compte que nous pouvons avoir une vision commune alors que, au départ, nous ne pensons pas les choses de la même manière ». Un point de vue qui fait écho à celui de Pierre Laurent. Le sénateur de Paris relève : « Le rassemblement de la gauche ne peut se construire qu’autour d’idées, de propositions. Dans ce cadre, le travail de Gauche Avenir est essentiel, je le dis en mon nom. » Le travail du club politique né dans un restaurant de la rue de Belleville rejoint celui mené par d’autres, sous formes collectives ou individuelles, un peu partout en France. Pour Pierre Laurent, l’heure doit être à la « mise en convergence de cette effervescence propositionnelle ».

La présentation de ce document intervient dans un paysage plutôt morose pour la gauche. Les socialistes critiques à l’égard du gouvernement, après l’appel d’air qu’a constitué la mise en place de l’Appel des 100, sont face à un mur. La menace d’une exclusion immédiate en cas de vote négatif sur les projets de loi gouvernementaux, brandie par Jean-Christophe Cambadélis, a refroidi bien des ardeurs. Europe Ecologie-les Verts voient leur stratégie remise en cause par la politique de Manuel Valls et l’incompréhension qu’a provoquée son ouverture, par courrier, au Modem. Quant au PCF, il a du mal à sortir de la crise interne au Front de gauche, générée depuis plus d’un an par son face à face mortifère avec les amis de Jean-Luc Mélenchon. La « stratégie alternative », dont les bases ont été posées via Gauche Avenir, peut-elle permettre à chacun de sortir de l’impasse ? C’est toute la question.

Emmanuel Maurel

Si Marie-Noëlle Lienneman reconnaît que l’état des lieux n’est guère réjouissant, elle veut partager « l’optimisme de la volonté » prôné par Paul Quilès. « Quand tout le monde fait le constat de l’impasse, la nécessité d’affronter à l’urgence doit faire loi, tranche-t-elle. Quand on veut l’union et que l’on s’en donne les moyens, ça peut, ça doit marcher. » Emmanuelle Cosse, elle, se réjouit que la démarche « permette de sortir de l’isolement que génèrent les partis dans la Ve République ». Quant à Pierre Laurent, il refuse « clairement » d’opposer le Front de gauche et le travail réalisé par Gauche Avenir.

Il estime, au contraire, que « le temps est venu pour le Front de gauche de se dépasser lui-même » en s’ouvrant encore plus au rassemblement. Un point de vue qui fait écho à la position de Clémentine Autain. La porte-parole d’Ensemble a récemment proposé d’élargir le Front de gauche « aux frondeurs du PS et aux écologistes ». Au demeurant, il s’agit là de la traduction en perspective, dans la situation actuelle, de la feuille de route du Front de gauche en date de janvier 2013. Reste à savoir si le travail d’apprivoisement réalisé au sein de Gauche Avenir sera suffisant pour que la volonté des deux ténors du Front de gauche se réalise.

 

Les dix domaines de propositions de Gauche Avenir

  • E comme Europe – Des initiatives immédiates pour relancer l’Union européenne
  • E comme Emploi – La relance de l’activité plutôt que l’austérité et la course à la baisse des déficits
  • F comme Finance – Sortir de la financiarisation, de la spéculation pour soutenir l’économie réelle
  • F comme Fiscalité – L’urgence d’une réforme qui réhabilite l’impôt par la justice fiscale
  • I comme Industrie – Une politique industrielle ambitieuse pour développer, moderniser et décarbonner notre tissu productif
  • I comme Institutions – Restaurer la confiance envers la démocratie, l’Etat et le Pacte républicain
  • J comme Jeunesse – Notre pays a un grave problème avec sa jeunesse
  • S comme Salaires et salariés – La richesse d’un pays est créée d’abord par ceux qui travaillent ; il faut rééquilibrer le travail face au capital
  • S comme Santé – Redonner force et sens au service public et à la protection sociale
  • T comme Transition énergétique – Le volontarisme pour la transition énergétique : une opportunité pour la France

 

 

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Bonus vidéo : Skip The Use « The Story Of Gods And Men »