Normalement, ce non-événement devrait être classé dans la rubrique « on s’en fout ». Oui, j’ai quitté le Parti de gauche, au sein duquel je militais depuis sa création en novembre 2008. Comme d’autres, j’ai suivi la voie politique initiée à la fête de l’Humanité 2007 quand diverses sensibilités de la gauche se sont rassemblées pour interpeller le PCF et jeter les bases de ce qui deviendra le Front de gauche quelques mois plus tard. Plusieurs éléments m’ont amené à rompre avec ce parti que je considère désormais comme non opérant dans le champ politique qui m’intéresse. J’ai rendu ma carte, finalement, et, franchement, ça ne devrait intéresser personne. Sauf que…

Si vous voulez que je la ferme, faites-moi le cadeau de votre indifférence.
Si vous voulez que je la ferme, faites-moi le cadeau de votre indifférence.

Sauf que Humbert se considère, suite à cela, comme « cocu », alors que je n’ai proclamé de fidélité qu’à mes idées et, surtout, pas à une organisation ; sauf que Claire y voit la conséquence du fait que je travaille dans une ville communiste, liant mon engagement politique à des raisons alimentaires ; sauf que d’autres encore, en termes moins amènes, m’ont reproché mon absence d’explication politique sur ce geste. Certains, qui me connaissent bien, n’ont eu d’étonnement que je ne l’ai pas fait plus tôt. Donc, puisque certains ne s’en foutent pas, je vais clore ce chapitre.

Mes désaccords avec le Parti de gauche remontent à son origine. Et pour cause. Ce qui m’intéresse, dans un parti, c’est sa capacité d’action sur le réel. Je me suis engagé à pas tout à fait 18 ans, parce que je considérai le monde comme violent ; créateur d’inégalités insupportables, d’injustices qui ne pouvaient me laisser indifférent. Cet état de faits nourrit une rage inextinguible. Je ne recherche ni carrière ni honneurs, juste les moyens d’agir pour changer cet état de faits. Ajoutons à cela que je suis, par nature et dans quelque parti que je sois, un hétérodoxe, et chacun comprendra que le terreau était là pour nourrir des désaccords avec mon parti. A plus forte raison quand je me méfie des hommes, encore plus quand ils se croient le potentiel de sauveurs suprêmes.

Action sauveur suprème

La campagne des présidentielles a été, dans ce cadre, une espèce de parenthèse enchantée, qui nous a vus tous rassemblés, singulièrement la grande famille communiste à laquelle j’ai toujours proclamé mon appartenance. Il n’y a pas de fractions, de tendances ou de motions au PG, sinon je me serais retrouvé dans la tendance communiste. Ce n’est tellement un secret pour personne qu’un camarade avec lequel j’ai travaillé pendant plusieurs années a jugé bon de me qualifier, dans mon dos, de « taupe du PCF depuis le début ». Il est, à sa décharge, tout à fait exact que j’ai toujours défendu une alliance de fer entre le PCF et le PG. Cela ne changera pas. Je la défendrai juste ailleurs.

On va dire que, jusqu’au congrès de Bordeaux du Parti de gauche, je me retrouvais globalement, à 80% en tous cas, dans les orientations du PG. J’en critiquais le fonctionnement interne, certes, mais sans plus. Puis, après ce temps, est venu celui d’un revirement brutal que j’ai qualifié ici et là de gauchiste et sectaire. J’ai publié plusieurs notes sur le sujet, balayant le Front de gauche en version large mais dans lesquelles vous avez tous et toutes bien lu des critiques claires contre la ligne exprimée par Jean-Luc Mélenchon et mes amis de feu l’association Pour la République sociale, qui exercent le pouvoir au sein du PG.

(Photo : Rémy Blang)
(Photo : Rémy Blang)

L’hystérisation de la question parisienne m’a amené à assumer encore plus clairement mes désaccords publics jusqu’à ce que je décide de mettre ce blog en veilleuse, pour ne plus me consacrer qu’à la campagne des élections municipales à Montreuil. Les avanies locales ont fini par m’amener à quitter le PG. A mon sens, et par rapport à ma conception de ce que doit être la politique, il ne constitue plus l’outil adapté à la situation politique que je croyais contribuer à créer 5 années durant.

Il y a des raisons de fond à cela, sur lesquelles j’ai posé un voile pudique pendant un temps certain. Le PG est un parti créé, à la base, par un homme pour un homme. Vous serez nombreux, très certainement, à me vouer aux gémonies pour dire cela ; vous serez nombreux, très certainement, à me qualifier de traître qui brûle aujourd’hui les icones que j’adorais hier, peu me chaut. Autant j’ai toujours de la fascination pour les idées exposées par Jean-Luc Mélenchon dans ses différents ouvrages, autant ce qu’il en fait vivre aujourd’hui me semble totalement déconnecté de ses écrits. Plus, sa pratique du pouvoir (qui est celle de la bande dont je suis issue : les anciens de PRS), qui confère à la tactique le primat sur toutes les autres considérations et qui interdit de facto tout véritable débat sur les orientations, m’a toujours tenu à distance.

marche aussi avec "les partis de la Ve et leurs monarques"
marche aussi avec « les partis de la Ve et leurs monarques »

Cela, même si mon côté apparatchik m’a amené à défendre en tout temps la sacro-sainte ligne. Celles et ceux qui me connaissent savent que, derrière le discours public du « lignard » j’ai toujours eu des doutes profonds. La nature du PG ne permet pas que l’on exprime durablement ce genre de doutes sans en payer les conséquences, en termes de positionnement dans le parti par exemple. Les départs successifs de Dolez (que j’ai assassiné ici même pour les raisons évoquées plus haut), de Claude Debons, de militants issus d’Utopia… traduisent la réalité que j’évoque ici.

Mais, surtout, le nœud de mon désaccord repose sur la conception même du parti et de son rôle. J’ai défendu, dans plusieurs notes, ma vision de ce que doit être un parti : une organisation de masse et de classe, s’étendant dans tous les secteurs de la société pour mener la bataille culturelle, dans un processus lent. Je me souviens de ce que m’a dit Jean-Luc quand il m’a accueilli à PRS et que j’avais volontiers passé comme une lubie de romantique. Il m’avait déclaré en substance ceci : « Nathanaël, je ne veux pas d’un parti de masse mais d’une colonne de fer parce que ce que je vous propose, la longue marche à côté, c’est une promenade de santé ». Certains de ses exégètes, pas forcément les plus brillants, m’ont rappelé, à l’issue du congrès de Bordeaux que la « colonne de fer » était toujours à l’ordre du jour. Cette vision romantique s’appuie sur une espèce de téléologie : à la fin, le mouvement mécanique de l’histoire nous portera au pouvoir.

Pour hégelien que je sois, comme tout vrai marxiste, la fin de l'histoire et la mécanique de l'histoire me laissent froid
Pour hégelien que je sois, comme tout vrai marxiste, la fin de l’histoire et la mécanique de l’histoire me laissent froid

Je ne partage pas ce qui, pour moi, relève de la croyance. Je pense toujours que l’éducation populaire politique, la conscientisation de la classe ouvrière en tant que classe ouvrière, se nourrit de l’expérience concrète, forgée dans la lutte, de la plus petite à la plus grande. En ce sens, je suis toujours ce que j’ai été : un pur produit du PCF. A la fin, il fallait bien que je tire les conclusions de cette affaire. Bref, j’ai quitté le PG.

D’autant plus facilement que s’il y a un fétichisme auquel je suis étranger, c’est bien celui du Parti. Un parti c’est un outil, quand il est foiré, on en change.

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Bonus vidéo : Audio Bullys « We don’t care »