C’est mon jour ou, plutôt, celui de ce blog. Ce 14 février, nous sommes un tout petit nombre à nous rappeler Jules Vallès, mort ce jour de 1885. Journaliste, écrivain, polémiste, combattant surtout – il est même officier d’un bataillon de la Garde nationale -, Jules Vallès est le fondateur et l’âme du Cri du peuple, le quotidien le plus influent pendant la Commune de Paris. A mon époque, au collège et au lycée, l’auteur de L’Enfant, Le Bachelier et L’Insurgé était encore enseigné en cours de lettres. Je rêve qu’il en soit toujours ainsi. Mais je vais prendre un peu de temps pour vous parler de mon Vallès.

Le Cri du peuple annonce les obsèques de Jules Vallès

Dès 1848, alors qu’il a tout juste 16 ans, Vallez (de son vrai nom) participe aux événements révolutionnaires de février. Le Second Empire le verra affirmer de manière de plus en plus conséquente son engagement révolutionnaire. Les journaux qu’ils fondent en témoignent : La Rue, Le Peuple, Le Réfractaire… Ses articles lui valent de nombreux séjours dans les prisons de Napoléon le petit. Mais il souffre aussi de l’hostilité d’une partie du camp républicain, modéré, qui lui reproche de jouer la division. Il se présente en effet aux législatives de 1869 contre Jules Simon, catalogué à gauche pour ses positions républicaines et futur ministre du fusilleur Thiers.

Le programme du candidat Vallès tient en quelques mots, il constitue la profession de foi de toute une vie :

« J’ai toujours été l’avocat des pauvres, je deviens le candidat du travail, je serai le député de la misère ! La misère ! Tant qu’il y aura un soldat, un bourreau, un prêtre, un gabelou, un rat-de-cave, un sergent de ville cru sur serment, un fonctionnaire irresponsable, un magistrat inamovible ; tant qu’il y aura tout cela à payer, peuple, tu seras misérable ! »

Jules Vallès pendant le siège de Paris

L’année 1871 marque un tournant pour Vallès. Le 6 janvier, il fait partie des quatre rédacteurs de L’Affiche Rouge, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison du gouvernement du 4 septembre » (certes, ce jour voit la déchéance de l’empereur et la proclamation de la République mais aussi le refus de la révolution) et pour réclamer « la réquisition générale, le rationnement gratuit, l’attaque en masse ». Elle se termine par : « Place au peuple ! Place à la Commune ! ». En février, Jules Vallès et son collaborateur Pierre Denis fondent le Cri du Peuple. « La Sociale arrive, entendez-vous ! Elle arrive à pas de géant, apportant non la mort, mais le salut. » Avec 83 numéros du 22 février au 23 mai 1871, Le Cri du peuple est, avec Le Père Duchêne, le journal le mieux vendu de cette période. Il s’en diffuse en moyenne 120 000 exemplaires chaque jour.

L’insurrection citoyenne du 18 mars 1871 va porter le hérault des travailleurs au pouvoir. Sans que l’on ne sache trop s’il se présente lui-même ou s’il est présenté, il est élu à la Commune de Paris par 4 403 voix sur 6 467 votants du 15e arrondissement. Au sein du conseil général de la Commune, Vallès siège d’abord à la commission de l’enseignement, puis à celle des relations extérieures. Il appartient à la minorité opposée à la dictature d’un comité de Salut public, ce qui lui vaudra de solides empoignades avec les Blanquistes et les Jacobins. Considéré comme proche des membres de la Ière Internationale, qu’il retrouve dans la minorité, Jules Vallès ne fait pour autant pas siennes les théories marxistes ou celles de Bakounine. Résolument inclassable, il est ce perpétuel révolté.

Jules Vallès peint par Gustave Courbet

Durant les 70 jours de la première révolution ouvrière du monde, le natif du Puy-en-Velay s’attèle à concilier le journalisme indépendant en même temps qu’une tâche gouvernementale. Car Vallès est un communard comme les autres, de la première à la dernière heure, et il court les mêmes risques que ses camarades massacrés. Le dernier jour de la Semaine sanglante, il commanda la barricade de la rue de Belleville, l’ultime point de résistance militaire, dans l’après-midi du 28 mai. Le 4 juillet 1871, le sixième conseil de guerre le condamne à mort par contumace pour « pillage, complicité d’assassinat sur les otages, complicité d’incendie » et pour avoir été « membre de la Commune ». Il commence alors une vie de proscrit en s’exilant en Grande-Bretagne.

Il reste de Jules Vallès des mots comme des coups de fusil : « M. Thiers, vautour à tête de perroquet, taupe à lunettes, polichinelle tricolore ». Il reste de lui aussi cette révolte, ce cri inaltéré contre la misère. L’engagement de Vallès est d’abord et avant tout un refus, une réaction – au sens premier du terme – contre la violence et l’injustice du monde, qui font que le plus grand nombre souffre pour le plaisir du plus petit nombre. C’est aussi et surtout un homme qui part du réel pour aller « à l’assaut du ciel », selon le beau mot de Jacques Duclos. Comme le rappelle Jean-Emmanuel Ducoin, dans l’Humanité : « Être aux prises avec le réel façonna chez Jules Vallès une écriture de l’engagement radical, sans concession ».

Vallès-par-Tardi

C’est cette prise avec le réel qui amène Vallès à refuser, de facto, tous les dogmes. Il se bâtit son propre socle de convictions en partant du monde tel qu’il est, tel qu’il le vit. Et son engagement n’en est pas moins réel, jusqu’au bout. A ce titre, il vaut d’être redécouvert encore et encore.

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Bonus vidéo :  Anti-Flag « Kill The Rich »