Je ne suis pas peu fier de vous annoncer que ce billet a été repris par Angelina pour son très bon blog Mespetitesfables.

Ca va être compliqué comme chronique. Il y a tant de choses à écrire à propos de La Canaille. Et de ce concert ouvert par le Montreuillois Swift Guad. On touche à tout ce qui me passionne : Montreuil, la musique, la politique, l’engagement. Alors, je vais peut être commencer par le début.

Je n’avais jamais vu La Canaille en concert, m’apercevant assez tardivement d’ailleurs que le groupe est de Montreuil. Désolé mais je vous ai déjà expliqué que je suis un peu resté à l’écart de la scène rap française ces dernières années, ne trouvant plus trop mon compte dans ces sons formatés voire préfabriqués sortant des studios pour aller direct sur Skyrock.

Ces derniers mois, au hasard des échanges avec les uns et les autres, je me suis remis à écouter des sons made in France, avec La Rumeur, Keny Arkana, le Ministère des Affaires Populaires, plus récemment Duval MC ou le projet de Serge Teyssot-Gay Zone Libre avec B-Jamles ou Casey. Entre paroles à nouveau engagées et sonorités explorant des univers sonores innovants, enfin j’ai retrouvé du neuf. Du coup, La Canaille évidemment. Séduit sur album, l’expérience du concert s’impose. J’y suis allé, à La Maroquinerie, avec mon pote Flavien Chailleux.

Rap de Croix de Chavaux à Montreuil
Swift Guad ouvre pour La Canaille avant de la rejoindre pour un featuring

Là, la première claque a pour nom Swift Guad, venu pour ses « narvalos, de la Boissière à Croix-de-Chavaux ». Si tu captes pas, c’est normal, c’est du Montreuillois, argot local mâtiné de mots manouches, tant ma ville a grandi de ses mélanges successifs. De facture classique hip hop, les sons de Swift Guad oscillent majoritairement dans un mid tempo à l’ancienne, soutenu par moments par une guitare sèche de belle facture. Les beats sont biens sentis, le flow bien posé. Ce garçon, déjà auteur de deux albums, contribue à inscrire Montreuil sur la carte du rap bien balancé. On est dans le rap conscient, pas revendicatif, nourri de vraies expériences de vies. Le gars Guad ne se la raconte pas et ça me ramène aux bons vieux temps, début des années 90, quand la scène rap française était créative, incisive, ne cherchant pas à imiter son homologue d’outre Atlantique.

Une pause, changement de plateau, et arrive le groupe phare de la soirée. Le quatuor de la mairie de Montreuil (le quartier, hein!) est en formation live : guitare, batterie, basse ou contrebasse et le MC, maître de cérémonie, Marc de son prénom, phare d’un groupe éclairé. La rythmique, d’entrée, se pose : bourdonnante, ronde et rebondissante, du pur groove funk gonflé aux amphèts. La guitare, aux accents rock revendiqués, se fait boucles. Le gratteux, Mathieu, est sacrément doué pour tenir cette régularité qui fait passer un sampler pour un gamin découvrant sa première guitare. Ouais. On a de sacrés musiciens à trois mètres de nous.

La Canaille live @ la Maroquinerie
La Canaille

D’entrée, à l’ancienne, c’est « Trop facile », balancé « à tous les donneurs de leçons » par un Marc bien remonté. A croire qu’il a des comptes à régler, penseront les néophytes. En fait, La Canaille s’inscrit dans la grande tradition inhérente au rap qu’est le clash. Abd el Malik, Skyrock et d’autres, « Sarko et sa clique » surtout, doivent encore avoir les dents douloureuses ce samedi. Et, au cas où le public n’aurait pas compris, l’explication intervient : « Nous, on a des choses à dire et on ne va pas mettre de l’eau dans notre vin ». La Canaille revendique sa « Colère » et le crie sur tous les tons, portée par les stridences d’une guitare saturée lorgnant joyeusement vers le punk ou le rock saignant.

Du coup, c’est le pogo qui s’empare de la fosse sur « Ni Dieu ni maître », repris en choeur par les minots de la 3e 4 du collège Joliot-Curie à Stains, où La Canaille anime des ateliers d’écriture. Oui ami lecteur : tu as bien lu, des mômes de 15 ans venant de la banlieue la plus banlieue qui soit se tape un pogo en beuglant « Ni dieu ni maître ». Hallu ! Ce n’est pas le moindre des mérites du combo montreuillois que de faire remuer les culs sur des paroles on ne peut mieux conscientes, politisées, radicales. C’est Funkadelic ma gueule : « Free Your Mind And Your Ass Will Follow » (libère ton esprit et ton cul suivra). Au travers de petites histoires hyper réalistes mettant en lumière les « invisibles » : les ouvriers, les quartiers populaires, les jeunesses de toutes origines, les « têtes dures », La Canaille poursuit son combat en faveur de l’émancipation. C’est « J’ai faim », hymne à la connaissance.

La Canaille live @ La Maroquinerie

Et Marc arpente la scène, de sa démarche caoutchouc, quand il ne harangue pas la foule qui répond bien volontiers à ses avances. Poings levés, slogans qui fusent : « A bas l’Etat, les flics et les curés ! » ou encore « Police partout, justice nulle part ! ». Les anars ont leur rendez-vous à quelques centaines de mètres de la Maroquinerie, place des Fêtes dans le 19e. Ça participe d’une assistance bigarrée qui voit le minot banlieusard côtoyer le bon vieil anar. Voire la groupie de 40 balais qui m’arrache les oreilles avec ses « Mathieu !!!! » de midinette. Quoi qu’il en soit, le groupe occupe bien tout l’espace, physiquement, musicalement, intellectuellement. Concert ou meeting, peu importe. Pour la quatrième fois, le pogo mêle tout le monde pour le final. « Le soulèvement aura lieu » qui ne dépareillerait guère dans le set de Gang Of Four, autre groupe politisé de premier ordre par lequel j’ai entamé l’année musicale 2011.

J’ai débuté 2011 par un meeting de maos, je la termine par un happening anarcho-mouvementiste. La boucle est bouclée. En 2012, place au peuple ! Au plus tôt, le 14 mars à Paris avec Le Peuple de l’herbe.

 La Canaille live @ La Maroquinerie

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 Post scriptum : Hé, les gars de La Canaille, si vous lisez cette chronique, je veux vous interviewer !!!

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Bonus vidéo : La Canaille « Ni Dieu ni maître » (live)