« Chacun des 11 millions de Grecs a déjà touché 31 000 euros de la part de la méchante Union européenne. Pas mal, non ? »

De qui cette jolie phrase ? Je suppose que celui qui l’a prononcée est allé vérifier, sur pièce, compte en banque par compte en banque, comme le bon journaliste qu’il est censé être. Un indice en effet, l’auteur de cette saillie sordide ce prétendu journaliste. En tous cas, selon mes sources, il disposerait encore de sa carte de presse. Bon, je vous aide : ce monsieur (oui, c’est un homme) n’a pas bien négocié avec ses multiples employeurs. Il n’a pas pu se déplacer jusqu’en Grèce, d’autant que d’aucuns lui ont glissé que c’était dangereux pour les esprits chagrins. Ou alors, il n’a pas pu y faire partir l’assistant qui doit lui préparer ses fiches voir rédiger ses notes de blog.

En tous cas, j’ose croire que l’auteur de cette sortie d’un populisme que ne renierait aucun des ténors de l’ultra-droite s’est donné les moyens de vérifier que chacun des 11 millions de Grecs a effectivement eu sur son compte en banque la coquette somme de 31 000 euros de la part de l’Union européenne. Moi, je croyais stupidement que c’étaient les banques qui avaient prêté au gouvernement d’Athènes. Suis-je bête quand je m’y mets…

Mais le bonhomme à la calvitie élégante (normal pour un crâne d’œuf) n’en reste pas là. Je suis allé fouiner sur son blog et vous invite à vérifier de même que, cette fois, il n’aura pas effacé son billet. Je cite, lisez jusqu’au bout : c’est là que réside la perle aux relents vaguement racistes.

« En deux ans, sous l’impulsion des autorités européennes, 340 milliards d’euros ont été apportés à la Grèce. Ce qui n’a aucun précédent dans le monde connu et inconnu. En contrepartie, car les contreparties sont dans ces cas-là inévitables, il a été demandé aux autorités grecques d’ajuster ses dépenses à ses recettes. Et même, dans le cas de la Grèce, d’en finir avec cet incivisme profond qu’a représenté et représente toujours dans ce pays la fraude aux impôts. »

Est-ce que le plumitif, qui fait honte à l’ensemble de la profession de journaliste par l’enfilement de lieux communs plus nauséabonds les uns que les autres, a levé son fessier du confortable fauteuil qui l’attend tous les soirs au Grand Journal ? A-t-il été voir si le clergé orthodoxe et les armateurs acquittaient leurs impôts ? Il eut été bien attristé le bougre, puisque la loi exempte ces contributeurs aux poches largement remplies de participer à la solidarité nationale. Je suis bien sûr que si les popes et les patrons de bateaux payaient leurs impôts, la patrie de la démocratie s’en porterait bien mieux.

Au demeurant, Jean-Michel appâté par le gain facile et la vilénie idoine n’a pas le monopole de la sortie raciste en plein plateau. L’autre soir (hier je crois, donc mercredi 23 mai, à moins que ce ne soit mardi), c’est l’idéologue libéral d’itélé qui s’y est cogné. Yves Thréard, pour bien le nommer, a versé son couplet sur, en substance, « les Grecs qui fraudent, qui ne paient pas d’impôts » et, aurait-il pu rajouter, ont le culot exceptionnel de choisir, pour les représenter, la gauche radicale. Oui, ces gens sont dangerous, n’est-ce pas monsieur le président ?

J’aurais pu, pour finir ce tableau, évoquer le cas Quatremer. Mais il s’est suffisamment discrédité en s’en prenant à Audrey Pulvar à propos de l’interview à laquelle cette journaliste se livrait avec Harlem Désir. Le Gringoire de Bruxelles (dans les méthodes à tout le moins) a accusé la compagne d’Arnaud Montebourg d’être en situation de conflit d’intérêt. Ce faisant, le littérateur stipendié de la Commission européenne a fait montre d’indépendance. Son journal, Libération, ne s’est pas caché de faire campagne pour le nouveau président de la République. Mais, il a taclé méchamment Audrey Pulvar en mettant en doute, publiquement, sa capacité au recul et à l’honnêteté intellectuelle. Du coup, j’ai cherché. En vain.

Nulle part ai-je trouvé la trace d’une quelconque accusation similaire du Quatremerde à l’endroit de Marie Drucker quand elle était encore compagne officielle et revendiquée de François Baroin.

A toutes fins utiles, je veux lever un quiproquo. Quoi qu’ils en disent, pas plus Apathie que le plumitif du Figaro ne font profession de journalisme. Ils sont des idéologues de plateau, dont la seule mission – joliment rémunérée puisque Jean-Michel ne veut même pas dévoiler ses émoluments mensuels – reste de prêcher la bonne parole libérale. Qu’importe si, pour faire leur message, il faut verser dans la xénophobie, le propos de café du commerce et l’amalgame grossier.

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