Ces dernières années, l’écologie s’est imposée dans le débat. L’échec dramatique du sommet de Copenhague a, entre autres, démontré l’échec du capitalisme vert, tant les intérêts de classe générés par le système libéral sont antinomiques à la fois de la préservation de l’environnement et de l’amélioration des conditions de vie économiques et sociales des habitants de notre planète. A cet égard, ce sommet a montré l’attitude néo-colonialiste des pays industrialisés qui refusent de reconnaître leur dette écologique, autant qu’économique, à l’égard des pays du tiers-monde.

Il a démontré aussi que la croissance verte est un mythe puisqu’il propose, au final, que les méfaits du marché, ses conséquences en termes de dégradation de l’environnement et des ressources naturelles, soient corrigées par… le marché lui-même. C’est ce que dit en substance l’eurodéputé vert Pascal Canfin qui précise : « La transformation profonde de nos modes de production et de consommation devra se faire dans le monde tel qu’il est, avec ses logiques de domination, de puissance, de compétition ». Fermez le ban. Je traduis tout de même le fond de la pensée de ceux qui disent placer l’écologie au dessus de tout : ils considèrent que la lutte contre les atteintes aux écosystèmes, dont fait partie l’être humain, soit dit en passant, serait compatible avec la concurrence libre et non faussée, avec la mondialisation du commerce et le pillage des ressources du tiers-monde…

Pour notre part, nous considérons que l’écologie c’est autre chose. Nous pensons, en premier lieu que le combat écologique demeure un combat anticapitaliste. Ce n’est pas nouveau. Dès la fin du 19e siècle, Karl Marx estimait, à bon droit, que « le capitalisme épuise la terre autant que le travailleur ». Ainsi, les solutions à la crise économique et sociale doivent être les mêmes que les solutions à la crise écologique.

Dans ce cadre, nous réfutons le « toujours plus, toujours plus vite » qui caractérise la société moderne. Parce que ce credo justifie l’accroissement du gaspillage des ressources naturelles aussi essentielles que l’eau, j’y reviendrai. Il justifie également les théories de flux tendu qui exigent que les stocks soient placés sur les routes, par camions, ou dans les airs, par avions, pour supprimer des emplois et accroître les marges bénéficiaires. Ce credo enfin justifie le travail du dimanche pour tous.

En corollaire, le « toujours plus, toujours plus vite, toujours moins cher » organise également la concurrence entre territoires. Nous en avons l’expérience avec la concurrence entre l’Europe et la Chine, par exemple. Mais elle s’étend aussi au champ des régions. Il n’y a qu’à voir la compétition acharnée à laquelle se livrent les ports du Havre et de Marseille, par exemple, pour capter des nouveaux marchés. Cela a des conséquences directes sur notre environnement autant que sur les conditions de travail des salariés.

Au sein du Parti de Gauche, nous prônons une planification écologique qui intègre la rupture avec ces cycles infernaux. Il s’agit d’agir pour des coopérations entre territoires, contre la concurrence. Il s’agit de lutter contre le productivisme pour rendre du temps à l’Homme et restaurer l’environnement. Il s’agit de lutter contre l’étalement urbain, conséquence d’un urbanisme tout entier soumis aux diktats de la soit disant « nécessité économique ».

A ce stade, certains d’entre vous peuvent se dire que je m’éloigne du sujet du moment, les élections législatives. Bien au contraire, je crois que nous sommes au cœur du sujet. En effet, l’écologie doit prendre, pour de vrai, toute sa place au cœur de la campagne en cours. Tout d’abord, parce que l’écologie est au cœur des compétences de sujets essentiels : aménagement du territoire, développement économiques, transports. On devrait aussi évoquer la question de l’habitat tant il est urgent de construire des logements sociaux de qualité répondant aux impératifs de basse consommation d’énergie et de haute valeur environnementale. C’est en tous cas notre conviction à nous, militants et élus du Parti de Gauche et, plus largement, du Front de Gauche.

C’est bien au niveau national que nous pouvons donner une impulsion nouvelle au combat contre les inégalités sociales et contre les mirages environnementalistes ou ceux du capitalisme vert. C’est à cet échelon que nous pouvons donner un nouvel essor à la planification écologique.

Pour mieux vous le faire partager, je vais revenir sur mon expérience dans les collectivités locales, impliqué que je me trouve dans la mise en œuvre de cette démarche.

Aujourd’hui, nous le savons tous, 95 % de la population française vit dans des espaces urbains. L’enjeu de l’urbanisme comme moyen de répondre aux besoins, à commencer par les besoins de celles et ceux qui ont le moins, et de répondre à la crise écologique prend là tout son sens. C’est ce à quoi nous nous attachons.

Pour bien me faire comprendre, je veux juste rappeler que la Ville, l’espace urbain, c’est quatre fonctions essentielles : l’habitat et le logement, le développement économique pour créer de l’emploi, les espaces de biodiversité et les services publics. La planification écologique ambitionne de concilier, dans le même espace, ces quatre fonctions afin de permettre aux citoyens de retrouver du temps de vivre et, par là, de s’émanciper.

Il s’agit en premier lieu de réduire les temps aliénants, celui du travail, celui de la consommation, celui des déplacements domicile-travail. Ce qui implique, au premier chef, de permettre autant que faire se peut d’offrir des emplois là où vivent nos concitoyens. C’est dans le même ordre d’idée que nous oeuvrons pour développer des services publics de qualité, à moindre coût voire tendant vers la gratuité, pour renforcer le caractère intégré de nos cités. Je ne rentrerai pas plus dans le détail de la restauration de la biodiversité tant son urgence saute aux yeux. Aux miens en tous les cas, aux vôtres je l’espère… Cela suppose un urbanisme compact, une forme d’intensification urbaine, pour maîtriser et libérer les espaces nécessaires à la Ville de demain.

Là encore, ne croyez pas que je m’écarte du sujet du jour. Les législatives seront bien le moment où nous pourrons imposer ensemble d’autres choix. Au Front de Gauche, nous avons des propositions pour résister, innover, expérimenter. Je ne vais pas vous faire un inventaire à la Prévert, mais, en termes de planification écologique, quelques unes méritent que nous nous y arrêtons ensemble.

En premier lieu, nous proposons la conditionnalité sociale et environnementale des aides aux entreprises. J’irai même plus loin en demandant que soit enfin introduite dans la loi une clause de mieux disant environnemental dans les marchés publics.

Nous proposons d’accroître le soutien aux créations d’emplois dans les filières répondant aux relocalisations économiques et à la réorientation écologique dont les coopératives, les fameuses SCOP, par exemple.

Pour ce qui concerne l’alimentation, nous soutenons les circuits courts : la préservation des terres agricoles et soutien à l’installation de jeunes agriculteurs.

Les conseils régionaux devront développer des aides à la sobriété énergétique en privilégiant les projets de construction à basse consommation d’énergie, que ce soit dans l’accueil d’activités économiques comme dans les locaux d’habitation.

Tout cela présuppose, je ne le cache pas, de sortir du tout marchand, donc la défense des services publics. Dans ce cadre, je veux, avant de conclure, m’arrêter un instant sur un sujet sur lequel les conseils régionaux pourraient être fort utiles : le retour en régie publique de la production et de la distribution d’eau. Au regard du caractère essentiel à la vie de cette ressource naturelle qu’est l’eau, il est impératif de la sortir du système spéculatif à l’œuvre derrière le gentil vocable de « loi du marché ». C’est un enjeu social, c’est un enjeu écologique.

Nous souhaitons, dans une première étape, que les régies publiques pratiques une tarification solidaire pour l’eau potable. Par tarification solidaire, je veux évoquer un système qui ne bénéficie pas aux gros consommateurs et entraîne un gaspillage hallucinant de cette ressource indispensable comme c’est le cas en banlieue parisienne. Nous entendons mettre en place des tarifs responsables, qui privilégient l’environnement et le respect de la ressource, en pénalisant les gaspilleurs et les pollueurs qui sont souvent les mêmes. Nous entendons que les ménages les plus fragiles, ceux qui sont le plus en besoin, puissent bénéficier de l’eau potable aux meilleures conditions.

C’est peut être un petit pas, mais, pour nous, c’est le début de la preuve par l’exemple qu’une autre société, basée sur d’autres valeurs que l’argent et la consommation, est possible.

En clair, ce que nous proposons, avec le Front de Gauche, ce n’est que la gauche pour de bon, l’écologie pour de vrai et, donc, la République pour tous.

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Bonus vidéo : Duval MC « Bla Bla Durable »