Bon, ça y est. Comme bien d’autres, dans ma to do list, j’ai pu rayer l’entrée « virer le salaud » de l’Elysée. Ça ne va pas changer tout, ni même changer grand-chose dans le fond. Mais comme je le disais à l’épicier à côté de chez moi, alors que quelques klaxons intermittents retentissaient dans les rues calmes de mon 18e arrondissement si populaire : « ça sent tout de suite moins mauvais ».

Si vous voulez tout savoir, dimanche 6 mai, j’ai utilisé, comme annoncé, le bulletin Hollande pour assurer la victoire des valeurs républicaines face à une droite en voie de fascisation avancée. Je l’avais dit, je l’ai fait, sans gants, sans pinces sur le nez. Il ne s’agit pas d’un geste politique : juste de nettoyer une plaie ouverte depuis 7-8 ans. Ou encore plus précisément : c’est comme enlever une écharde. Ca fait mal mais, après, ça va mieux ! J’ai l’estomac noué une bonne partie de la journée : avec ce genre de pourris accrochés à leur pouvoir, on peut s’attendre à tout. Vers 17h30, l’amie Hélène, au travers d’un texto évoquant une « gueule de bois » laissait entendre que les carottes étaient cuites pour le petit facho. Mais, moi, je voulais attendre pour être sûr. De retour à la maison, l’ordi, le portable, la RTBF, les sms, la RTS… 53-47 ! Twitter est en fusion.

En route donc pour la soirée électorale organisée par le Parti de Gauche dans le 18e arrondissement. Il est sept heures et demie et ils sont déjà pas mal nombreux dans la salle du Café de la Piscine, place Hébert. Ouais… on est comme ça nous, on se réunit place Hébert. C’est encore plus classe que rue Robespierre. Bref, je retrouve Bruno, Danielle, Jean-Michel, cette Claude dont j’ai fait la connaissance place Stalingrad deux jours plus tôt, Alice.. Il y mon voisin blogueur Rue Affre mais pas Stéf Des pas perdus. Il n’y a pas de suspens. A voir les mines des unes et des autres, pas de retournement de situation possible. Le Batave va bien devancer le lointain cousin d’Orban. Quand, finalement, le visage de Hollande apparaît sur l’écran, c’est une salve de « dégage Sarko ! » qui fuse dans le bar bondé. Sentiment du devoir accompli.

Les clients habituels sont venus nous rejoindre. Ils applaudissent aussi. Mais on est loin de l’enthousiasme. Quelques « on a gagné » ; des klaxons timides vers 20h45 ; une voiture avec le nouveau drapeau du parti dit « sérieux » : blanc le drapeau ; un autre véhicule arborant un superbe drapeau français et rempli de Français aux peaux bien tannées… Au demeurant, la tannée, pour Sarko, n’est pas assez nette à mon goût. Et quand je l’entends pérorer son discours, lequel devait être d’adieu et n’est finalement que d’au revoir, je me dis que le plus dur reste à faire. Ce salopard, avec ses projets d’une nouvelle droite très décomplexée, a déjà des idées de revanche en tête. Il nous les a glissées dimanche soir, à qui veut bien les entendre. Et, au final, avec ces idées qui « n’étaient pas factices », a-t-il pris bien soin de préciser, il fait plus de 48 %…

Il va falloir décontaminer sérieusement notre pays… Sauf que les gens du parti dit « sérieux », avec mépris et condescendance, derrière des rapports du Cevipof pour dire que rien n’est grave et que tout va bien, que le FN est encore celui de 1995… Pauvres truffes que vous êtes ! Vous n’avez pas lu, sur vos cartes électorales ? Ce ne sont pas les pauvres qui votent Marine. Mais voilà que je m’énerve alors que vous, amis lecteurs, ne méritez pas mon courroux. Bon… Donc, j’ai ouï quelques mots du nouveau président, entre deux discussions avec des amis de longue date ou d’hier. Dont une Rachida, venue avec son Fabien, et avec qui nous avons appris pas mal. Bien plus qu’en écoutant notre nouveau chef de l’Etat.

Parce que « les réformes de structure », qui doivent audiblement être menées avant une législation sur le pouvoir d’achat ou sur le droit au logement, moi ça ne m’a pas surpris. A dire le vrai, ça n’a pas l’air d’avoir surpris grand monde. Surtout pas la châtelaine de Montretout qui se frotte les mains avec appétit. Peut-être que cette absence de surprise est la raison majeure pour laquelle il y a, dans les quartiers populaires, si peu d’enthousiasme au final.

Cela dit, nous avons fait le boulot. 11 % des voix sur 51 % et des brouettes… Nous avons solidement contribué à virer le facho souriant de l’Elysée. Mais il faut continuer à occuper le terrain : expliquer que le contrat social est à reconstruire ; qu’il y a une autre Europe à construire ; que les richesses doivent être redistribuées ; que le peuple doit reprendre toute sa place. Nous avons cinq petites semaines pour franchir une deuxième étape, comme nos amis Grecs ont prouvé qu’il est possible de le faire.

la politique, c’est maintenant.

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Bonus vidéo : The Prodigy « Breathe »