Ça y est ! C’est la rentrée ! Sac au dos ou en bandoulière, on a repris les cahiers et les crayons ; d’aucuns y ont ajouté une tablette ou un ordinateur portable. On va retrouver les copains. Mais je ne parle pas de la rentrée scolaire. Ces cahiers et ces crayons sont ceux qui vont permettre de prendre des notes pendant ou après les multiples rencontres que pas mal d’entre vous (je l’espère tout au moins) ami-e-s lecteurs-trices allez mener de manière croissante tout au long de la semaine avec – en ligne de mire – ce 10 septembre tant attendu. Oh, je sais bien : elle a commencé depuis que vous avez repris le boulot. Mais disons que c’est aujourd’hui que commence la rentrée sociale.

Retraites 60 ans à taux plein

Je voudrais croire que, parmi les centaines d’entre vous qui me lisez chaque jour, il y a une majorité qualifiée de militants syndicaux. Ma conception de l’engagement se traduit par la double appartenance : politique d’un côté, syndicale de l’autre, dans le respect de l’indépendance de chaque niveau d’intervention. Si j’avais repris un poste fixe, dès hier matin, je serais certainement avec mes camarades pour faire la tournée des services afin d’expliquer les enjeux du 10 septembre, pourquoi il faut faire reculer ce gouvernement sur sa contre-réforme inique des retraites. Une contre-réforme qui, dans la cohérence de celles mises en place par Fillon puis Sarkozy, fait encore la part belle aux exigences du patronat.

Pour certains, comme Michel à la RATP, la rentrée sociale a commencé autour du 15 août par des discussions avec les cadres et les ingénieurs de la régie. Michel me confie qu’il sent « bien les choses » pour le 10. Lundi, Régis, syndicaliste SUD aux Finances dans la Haute-Garonne, écrit sur son facebook : « Bon ben ma semaine va être une semaine de HMI (heures mensuelles d’information – NDLR) unitaires à discuter avec les collègues… Tous et toutes en grève le 10 septembre ! » De quoi mesurer ce « mécontentement social rampant » dont parle Annick Coupé, dans une interview à venir pour Regards (le mensuel disponible uniquement pour les abonnés, donc vous savez ce que vous avez à faire).

Collage de rentrée syndicale dans la Haute-Garonne

Reste que bien malin qui peut annoncer d’ores et déjà l’ampleur de la mobilisation sur les retraites. Faute d’un débouché politique que les salariés puissent juger crédible, le risque de la résignation plane dans les usines et les bureaux. Le manque d’audibilité des propositions du Front de gauche ajouté au retournement de veste du parti solférinien n’ouvre guère de perspectives. Faut dire que les précédents : « pacte de stabilité budgétaire européen » et Accord national interprofessionnel augurent d’un gouvernement « droit dans ses bottes ». Toujours dans une interview à venir dans le mensuel Regards, l’universitaire Sophie Béroud, spécialiste des mouvements sociaux, constate qu’il est « toujours plus difficile de mobiliser sous un gouvernement PS ». Et les discours de division entendus ici et là achèvent de dresser un tableau morose.

Il faut donc toute la volonté et la détermination des camarades syndiqués pour ne pas baisser la tête et aller, de service en service, d’atelier en chaîne de montage, expliquer les tenants et les aboutissants de la contre-réforme. Le tout, pendant que Laurent Berger et la CFDT se dépensent pour expliquer qu’elle est plutôt positive. Comme si le monde du travail, de plus en plus délaissé au profit du patronat, avait en plus besoin de la division syndicale.

En grève jusqu'à la retraite

Cependant, dans ce tableau qui pourrait désespérer Billancourt, il faut noter des points positifs. D’abord, un axe syndical émerge depuis quelques mois, marqué par la constance et la cohérence. Il réunit autour d’une plateforme revendicative relativement homogène la CGT, Solidaires et la FSU. FO semble, dans pas mal de situations, se rapprocher de cet axe revendicatif. Lequel, émancipé de toute tutelle politique, commence à faire émerger ses propres propositions sur le champ économique et social. Par ailleurs, la proximité extrêmement visible entre la CFDT et le gouvernement peut fragiliser durablement la centrale orange.

Rentrée syndicale à l'UD CGT 93

C’est donc une rentrée sociale sous haute tension qui s’annonce, porteuse de bien des inconnues donc de bien des possibles. L’un des enjeux pour les militants syndicaux reste de convaincre les salariés qu’il n’y a pas besoin d’attendre les élections municipales et européennes pour sanctionner un gouvernement dont l’action est marquée du sceau de la collaboration de classes. C’est d’autant plus possible que, même dans le parti au pouvoir, des voix s’élèvent pour combattre la contre-réforme sur les retraites.

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Bonus vidéo : Jello Biafra and the Guantanamo School of Medicine « New Feudalism«