Pour moi, ce 17 octobre 2014, comme je l’écrivais déjà en 2011, il n’y a qu’un événement dans l’actualité : malgré le communiqué du président Hollande en 2012, l’Etat français n’a toujours pas reconnu officiellement le crime commis il y a 53 ans jour pour jour. Ce jour-là, suite à la grande manifestation organisée par le Front de Libération nationale algérien (FLN), plusieurs centaines de travailleurs algériens ont été massacrés sciemment par les forces de l’ordre. On parle de 200 victimes. Ce qui est certain, c’est que quelque 11 000 Algériens, de tous âges et de tous sexes, seront raflés et parqués dans des conditions inhumaines pendant des jours, suite à la répression.

Massacre des Algériens à Paris

Je ne sais pas si c’est un détail, mais le grand organisateur de cette tuerie, le préfet de police de l’époque, avait pour nom Maurice Papon, fonctionnaire « exemplaire » et de triste mémoire. C’est peut être violent à entendre, mais des rafles du « Vél’ d’hiv » aux rafles de sans papiers organisés hier par les sinistres Hortefeux, Guéant puis Valls, en passant par le 17 octobre 1961, je trouve une sordide continuité. L’esprit de Vichy n’est pas mort.

Et le polémiste qui ne s’aimait pas, Eric Zemmour, nous le rappelle sans apprêts en déclarant, contre toute évidence, que Pétain aurait « sauvé des Juifs ». Les dernières recherches historiques montrent, au contraire, que Pétain et ses ministres ont devancé les demandes des Nazis. Le même Zemmour file sa cohérence révisionniste, qui a nié qu’il y ait eu massacre des Algériens à Paris en 1961.

C’est une conception bien étrange de la chose publique qui est mise en lumière au travers de ces drames. La puissance de l’Etat est utilisée non pour protéger chacun mais pour stigmatiser, au mieux, massacrer, au pire, les plus faibles, les plus isolés de nos concitoyens. Que l’on soit juif en 1941, Algérien en 1961 ou sans papier en 2011, on n’en reste pas moins une composante à part entière de ce beau pays qu’est la France. Or, l’Etat français en décide autrement sans aucune légitimité démocratique puisqu’aucun des gouvernements à l’œuvre à ces périodes n’a intégré à son programme politique et électoral le massacre ou la mise à l’index de pans entiers de la population française. A part, évidemment, le régime de Vichy mais celui-ci n’est pas arrivé au pouvoir par les urnes.

le statut des juifs

Oui, l’esprit de Vichy n’est pas mort. Hortefeux, Guéant et désormais Zemmour en sont les meilleurs exemples. Héritiers en droite ligne de ces fonctionnaires autant que de ces « journalistes » zélés qui massacrèrent – et justifièrent les massacres – les Algériens de Paris en 1961, ils s’en prennent aujourd’hui aux sans papiers et aux Roms, populations différentes, populations fragilisées s’il en est et par l’Etat lui-même qui plus est. Parce qu’elles ne seraient pas rentrées dans l’histoire peut être, elles non plus ? Jules Ferry, le colonialiste au nom des « Lumières », a une sacrée descendance.

Les Guéant, Hortefeux, Sarkozy et Zemmour sont cohérents en refusant de reconnaître le massacre du 17 octobre 1961. Assurément, ils doivent regretter que Chirac ait reconnu la responsabilité de l’Etat français dans la rafle du « Vél’ d’hiv ».

Je conclus, pour la part qui me revient : alors que les extrémistes de tous bords tentent de les jeter les uns contre les autres, les Juifs de France ont bien plus de points communs avec les Algériens de 1961 ou les musulmans d’aujourd’hui qu’on ne le croit. Ils sont tous victimes de l’esprit de Vichy.

Pour en savoir plus, cliquez ici.

A lire aussi, le numéro spécial de l’Humanité de ce lundi 17 octobre 2011, avec une interview de Henri Malberg, aussi disponible en ligne.

Lire aussi l’article de Léo Carpentier sur le site du PG pays d’aix.

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Bonus vidéo : La Rumeur « Qui ça étonne encore ? »