Je crois qu’il faut le dire : nous ne sommes pas là pour faire de la figuration libre. Quand j’écris « nous », je veux parler du Front de Gauche. Nous ne sommes pas un énième avatar du « vote protestataire » (si d’aucun peut donner une réalité à ce concept un peu creux, je suis preneur). Nous avons l’ambition affirmée de diriger ce pays. Et pas pour faire comme les petits copains avant nous : signer le traité d’Amsterdam quelques jours après avoir été élus alors qu’on avait dit qu’on ne le ferait pas, privatiser Air France, et tutti quanti

L'oligarchie a raison d'avoir peur, nous sommes dangereux.

Jean-Luc Mélenchon a une belle formule pour résumer notre ambition si le peuple, convaincu par l’utopie concrète de notre programme, nous porte au pouvoir : « fermer la porte et jeter la clé ». Bref, remettre la réalité du pouvoir entre les mains des citoyens au travers de la convocation d’une assemblée constituante. Voilà ce que nous proposons, très concrètement. Dans cette Constituante, à égalité avec d’autres forces politiques et sociales, nous mettrons en débat toutes les mesures qui constituent le contrat social que nous proposons. Nous avons, nous membres du Front de Gauche, confiance dans notre peuple pour en finir avec cette démocratie bêtement représentative. Nous mesurons, au fil des rendez-vous que nous lui proposons, combien il est à même, ce peuple qui fait peur aux belles personnes, de prendre son destin en main. C’est bien pour cela que nous l’invitons en placardant partout cette invite : « Prenez le pouvoir ! »

Cette vision là de notre programme politique, et de la manière dont nous allons le mettre en œuvre, exclut de facto les petits arrangements entre non amis avec le Parti dit socialiste. J’avais déjà eu l’occasion d’écrire que, pour ce qui me concerne très modestement, le programme du Front de Gauche, L’Humain d’abord, constitue un compromis. « Accepter plus de renoncements, écrivai-je, ce serait verser dans la compromission. » Je peux mesurer, entre mes déplacements en Province, mes discussions avec des camarades, des échanges avec des amis du PCF entre autres, que ma ligne n’est pas vraiment minoritaire.

Une bonne gauche contre la droite

A celles et ceux, belles âmes, qui pensent que nous nous vendrions pour un strapontin, j’ai le regret de dire que cela semble de plus en plus lointain comme perspective. Des candidats communistes aux élections législatives, des militants, des apparatchiks comme j’ai la fierté d’en être un, témoignent chaque jour de ce refus net et clair, d’aller colorer de rouge un gouvernement qui s’annonce rose très pâle s’il venait à arriver au pouvoir. Et puis à quoi bon gloser sur cette idée, mesdames et messieurs les analystes, commentateurs et autres idéologues, puisqu’on vous le dit : « Nous avons vocation à diriger ce pays » ?

C’est pour cela que la campagne du Parti dit « socialiste » sur le « vote utile » est vaine. Elle pourrait avoir un sens si nous incarnions le vote protestataire, un éventuel « front du refus ». Mais non. C’est bien, au premier tour, entre vous et nous, « camarades » dits « socialistes », que se joue la prééminence à gauche. C’est ça, la vraie primaire. Nos programmes sont par trop différents pour que nous ayons eu à participer à la primaire des « socialistes ». C’est aussi ce qui explique que nos amis d’Europe Ecologie-Les Verts n’y ont pas plus participé que nous. Au final, les différences entre le Front de Gauche et la social-démocratie sont trop importantes pour qu’elles ne soient pas arbitrées par notre peuple dans son ensemble.

Oui, donc, je proclame que nous voulons gouverner et que nous y sommes prêts. Quand j’écoute, quand j’observe, quand je me rends compte de la multiplicité des talents qui incarnent aujourd’hui le Front de Gauche bien au-delà de Jean-Luc Mélenchon – il y a tant de noms qu’en citer quelques uns serait faire injure à celles et ceux que j’oublierais -, je sais que chaque poste de combat dans la guerre de classes sera occupé. Jusqu’à ce que le peuple décide, la Constituante ayant rempli sa tâche tant sur la définition de la 6e République que sur son contenu politique, de les remplacer le cas échéant.

Le vrai vote utile, le vote nécessaire, à gauche, pour renverser l’ordre établi et en finir avec les compromis pourris, est là. Il a un drapeau : rouge, celui du Front de Gauche.

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Bonus vidéo : Gil Scott-Heron « The Revolution Will Not Be Televised »