C’est drôle comment l’actualité peut percuter parfois des réflexions plus profondes, des recherches intellectuelles… En fait, une promesse aussi. Donc, depuis quelques jours, je suis dans l’écriture autour de l’actu, notamment contre le Front national. D’un autre côté, j’ai promis de longue date à Bernard Langlois une réflexion sur la nature du Front de Gauche. Nous avions entamé un échange sur ce sujet via touittère. Sa thèse, que je résume, est que le Front de Gauche est une sorte de SFIO d’avant 1914 débarrassée de ses éléments opportunistes ; mon propos est que le Front de Gauche ressemble à la jeune Section française de l’internationale communiste issue du congrès de Tours en décembre 1920. Le tout, évidemment, avec le recul et la distance que nécessite ce genre de comparaison. Qui ne sont pas raisons.

Or, ce jour, où j’avais prévu d’écrire cette présente note, j’ai commencé par lancer mon idée de hashtag sur touittère : #frontcontrefront. Du coup, je suis allé fouiller un peu. Et puis mon amie et camarade et collègue Juliette Prados m’envoie un lien vers le bloug du FN Villeurbanne. Tout ça a un lien, vous allez voir. Donc, je lis le dit bloug et je tombe sur ce magnifique « Jean-Luc Mélenchon, le candidat de l’Internationale communiste ». Du coup, fallait bien que j’honore ma promesse à Bernard. Et retour au Front de Gauche.

Créé à trois par la Gauche unitaire (ex militants unitaires de la Ligue Communiste révolutionnaire qui n’ont pas rejoint le Nouveau Parti Anticapitaliste), le Parti Communiste Français et le Parti de Gauche, le Front de Gauche agrège aujourd’hui Convergences et Alternatives (ex du NPA), la Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique (FASE), le Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF), République et Socialisme… Plus, surtout, les centaines, les milliers d’anciens ou de jamais militants qui se retrouvent autant dans la démarche de rassemblement des icebergs de la gauche de transformation sociale que dans le programme de rupture proposé par ce Front de gauche.

Je m’attarderais juste un peu sur le Parti de Gauche, puisque c’est celui auquel, vous l’avez compris désormais, j’appartiens. Communiste de cœur, et même de formation, je me suis retrouvé dans ce « parti creuset », l’expression est importante. En effet, il regroupe, pour sa seule part, des anciens socialistes ; des anciens communistes ; des militants de l’écologie radicale à l’image de Martine Billard, notre coprésidente ; des libertaires, d’autant plus aisément que Mélenchon invoque la figure tutélaire de Louise Michel parmi nos inspirations ; des syndicalistes ; des féministes… Il faut avoir vécu le discours de l’Île-Saint-Denis le 29 novembre 2008 et peser chaque mot du discours de Jean-Luc pour comprendre que ce que nous lancions, de notre côté, était courageux, novateur, déjà en rupture.

Parti de Gauche

Hors de question pour moi de discuter la paternité du Front de Gauche entre le PCF et le PG. C’est aussi long et stupide que la fameuse question sur la poule et l’œuf. Le fait est que, quatre ans plus tard, nous y sommes et que le Front de Gauche s’est déjà autodépassé. L’irruption massive du peuple de gauche dans les Assemblées citoyennes du Front de Gauche, cœur de notre campagne électorale, a tout bousculé : le Front de Gauche ne sera plus jamais le cartel électoral qu’il fut à sa création.

Il est déjà le rassemblement vivant et autonome, avec plus ou moins de réussite selon les endroits, de gens de gauche non encartés ; de militants associatifs ; de syndicalistes ; de féministes ; de défenseurs de la cause Lesbienne, Gay, Bi, Trans ; de communistes (ex, futurs voire même actuels dispersés dans plein de chapelles différentes) ; de pablistes voire de trotskistes ; d’anciens maos ; de socialistes conséquents ; d’écolos ; d’alternatifs ; d’anars… Un rassemblement joyeusement hétéroclite qui est en passe, sinon d’homogénéiser sa pensée et ses pratiques, tout au moins d’apprendre à créer ensemble. Et de renverser la table ! Merci à toutes celles et à tous ceux qui vont nous empêcher, nous militants des partis, apparatchiks et fiers de l’être (à tout le moins, j’en suis un et je conchie ceux que cela gène), de retomber dans nos vieux travers… comme les cadres de la SFIO d’avant la première guerre pouvaient le faire.

Parce que je reviens à mon analogie tout de même. Ce rassemblement de gens venus d’horizons bien divers me fait bougrement penser au bouillonnement politique et intellectuel qui a amené à la création du Parti Communiste, autour de la scission de la Section française de l’Internationale Ouvrière à Tours. Bien sûr, cette scission est fondatrice qui marque le passage de la majorité de ce qui était le parti socialiste de l’époque aux thèses bolcheviques popularisées par le triomphe de la révolution des soviets en 1917. Mais c’est oublier le rôle d’autres composantes politiques dans la genèse du PCF. Il y a les pacifistes radicaux, au sein du comité Zimmerwald. Il y a des syndicalistes révolutionnaires. Il y a les déjà communistes car membres du Comité français pour l’adhésion à la IIIe Internationale. Il y a aussi des anarcho-syndicalistes, avec les figures de Rosmer et Monatte entre autres… Et puis, il y aura des anciens combattants, des intellectuels de gauche, des gens vierges de tout engagement préalable.

Création du PCF SFIC

La rupture procède, en premier lieu dans la famille sociale-démocrate, du comportement pendant la guerre. La tradition pacifiste du mouvement ouvrier français est heurtée par « l’union sacrée » dans laquelle se commettent la SFIO et ses dirigeants, parmi lesquels Marcel Sembat ou, plus étonnant, le vulgarisateur du marxisme Jules Guesdes. C’est bien cet évènement politique, au moins autant que la Révolution bolchevique, qui va être aux origines de la naissance du Parti Communiste Français.

Pour le Front de Gauche, c’est une rupture politique majeure, également au sein du bloc identifié comme social-démocrate, qui va accélérer le processus de reconstruction de la gauche radicale. Cette rupture procède du refus de cautionner une nouvelle « union sacrée » mais dans la guerre de classes cette fois.

C’est déjà long comme note, et pourtant je sais que je suis un peu court sur la démonstration. J’ai pourtant encore bien des choses à écrire sur le sujet. Vous n’imaginez même pas…. J’espère juste que le débat continuera dans les commentaires.

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Bonus vidéo : « L’Appel du Komintern »