Il y a des moments comme ceux-là où la situation politique t’oblige à regarder derrière toi pour mieux appréhender demain. En 1998, j’ai quitté le Parti communiste, au sein duquel je militais depuis 10 ans. L’orientation de Robert Hue, avec la fameuse « mutation », me semblait conduire mon parti à devenir un courant extérieur au PS. Je me situais, à l’époque, parmi les refondateurs, dont l’animateur était Guy Hermier, député de Marseille et membre du Bureau politique. Nous prônions ensemble la construction d’un pôle de la radicalité qui m’apparait encore comme la première réflexion théorique anticipant ce qui allait devenir le Front de gauche. Je pensais surtout que l’involution huiste était irréversible. Je confirme ce que je disais en 2008 à une amie désormais animatrice d’Ensemble à Montreuil, je me suis trompé. Lourdement.

Le PCF phoenix renaît toujours de ses cendres

En 2002, après une défaite lourde à l’élection présidentielle, malgré la campagne paillettes et Beigbeder, Hue passe la main à Marie-George Buffet, dont on ne dira jamais assez l’importance qu’elle a eue dans ce processus long. Le premier geste politique de la nouvelle secrétaire nationale du PCF est d’ouvrir, à l’occasion des élections régionales, les listes du Parti à la double parité : homme-femme, communiste-non communiste. C’est ainsi que des représentants du mouvement social, parfois proches de l’extrême-gauche comme Claire Villiers, seront élus au conseil régional d’Île-de-France. Loin de n’être qu’une opération de marketing électoral, il s’agit là de la première étape d’une (r)évolution au sein de ce vieux parti, plein d’avenir.

La campagne unitaire et victorieuse du « non » au Traité constitutionnel européen en 2005, et l’aventure avortée des Comités unitaires anti-libéraux, constituent la suite en forme de deux pas avant, un pas en arrière, de cette avancée dans la manière dont les communistes envisagent leur parti. Il s’agit d’en faire un outil moteur dans le rassemblement de la « gauche radicale », cette gauche qui assume la prise de pouvoir afin de transformer le réel. Même si le PCF a joué, autant que la LCR, sa partition partidaire conduisant à la fin des collectifs anti-libéraux, la route vers l’unité de cette famille politique était tracé. Déjà, le PCF, avec d’autres, a permis à cette « gauche de gauche » de prendre conscience d’elle-même, politiquement. Ce n’est pas rien.

Communisme pour changer le monde

En 2007, à la fête de l’Humanité, les éléments épars de cette gauche radicale lancent un appel collectif au PCF, depuis le stand de l’association Pour la République sociale. Quelques mois plus tôt, le congrès de Die Linke a fait naître des espoirs de rassemblement approfondi. La naissance du Parti de gauche, fin 2008, et le congrès du PCF la même année vont créer les conditions pour que, avec l’apparition de la Gauche unitaire, le Front de gauche voit enfin le jour début 2009. Créé pour les élections européennes, ce nouvel objet politique va prendre de la consistance au fur et à mesure des scrutins : régionales 2010, cantonales 2011, présidentielles 2012.

A cette occasion, pour la première fois de son histoire, les militants du PCF désignent comme candidat un non-communiste. Mieux encore, un ancien socialiste. C’est un événement politique de premier ordre pour celles et ceux, parmi lesquels je me situe, qui prônaient en 1998 le rassemblement des gauches radicales. Bien sûr, depuis, il y a eu les crises que nous connaissons et sur lesquelles j’ai déjà écrit. Pour beaucoup, prévisibles qu’elles étaient, nous avons dramatisé leur importance. Je les considère comme des inévitables autant que nécessaires crises de croissance qui ne se régleront pas dans l’affirmation d’une tactique contre une autre mais plus dans un rééquilibrage permanent et jamais identique des diverses visions en présence. La structuration d’Ensemble Front de gauche comme 3e pilier de notre objet politique commun est, de ce point de vue, une respiration bienvenue.

Affiche la force du partage

Ainsi, le PCF a considérablement évolué depuis 1998, acceptant de n’être plus le centre de ses propres préoccupations mais de s’intégrer dans une dynamique de rassemblement plus large dont il est certes le moteur, par le nombre de ses militants, de ses élus, par son organisation, par le dévouement des femmes et des hommes qui le font vivre tous les jours.

Oh, bien sûr ! Tout ne se passe pas toujours comme dans un rêve. Le PCF est, d’abord, un collectif humain, avec ses lignes de faille, ses divergences, ses enjeux locaux parfois même localistes. L’abandon du centralisme démocratique, que je salue, a malheureusement laissé la place à un fractionnement du Parti, qui alimente les divisions et le localisme autant qu’il s’appuie sur elles. A titre personnel, si je comprends le souci démocratique de laisser les communistes décider ville par ville, j’aurais préféré une ligne globale d’autonomie face au PS et à ses alliés sociaux-libéraux. J’ai défendu cette vision là où j’étais en capacité de le faire, je ne me dédis pas. La question parisienne a été sur-utilisée pour alimenter la discorde sur le leadership au sein du Front de gauche et j’en suis le premier navré.

Pierre Laurent avec les nouveaux adhérents du PCF

Mais, dans l’ensemble, le PCF a grandi, encore. Une semaine après les Estivales du Front de gauche à Saint-Martin d’Hères, le Parti a tenu ses universités d’été aux Karélis, en présence de 700 militants dont la moitié de nouveaux adhérents, parmi lesquels de nombreux jeunes. Aussi, je me retrouve bien dans la lettre de Pierre Laurent aux communistes, quand il écrit :

« Tout ce travail, même quand il a provoqué des débats et des accrochages au sein du Front de gauche, sera in fine profitable à tout le Front de gauche, qui verra ses bases et son enracinement progresser. Notre pays, la gauche, le monde du travail, tous ces citoyens qui se sentent aujourd’hui perdus et abandonnés ont besoin d’une force proche d’eux, ancrée dans leur quotidien et dans leurs territoires. »

Je reste quand même un enfant de Marchais

Reconnaissant m’être trompé en 1998, je me sens d’attaque à renouer avec ma famille politique. Et à participer, en son sein, à ce que le PCF soit toujours mieux un des trois piliers du Front de gauche. Parce que c’est toujours là, dans ce qui n’est plus un cartel électoral mais pas encore une force politique qui compte en tant que telle, que nous créerons ensemble les réponses politiques dont le pays a besoin. En ce sens, oui, le PCF nouvelle génération fait la démonstration qu’il est bien l’outil utile au peuple.

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Bonus vidéo : REM « We All Go Back To Where We Belong »