Cela fait un moment que je me dis que je dois écrire à leur sujet. Puis, la politique, la campagne… tout ça. Bref, je vous ai laissé dans l’ignorance de ce possee montreuillois protéiforme que constitue le RizomeCorp © et, comme on dit dans la langue de l’occupé, shame on me. La parution de leur cloudcast d’avril me donne l’occasion de réparer cette erreur.

Mais revenons sur quelques notions que RizomeCorp © remet d’actualité. Au début était le Deejaying, ou l’art de jouer avec les disques. Il y a plusieurs facettes dans cette pratique bien plus subtile qu’elle n’y paraît de but en blanc. Et encore vais-je me concentrer sur la seule musique électronique puisque c’est le domaine dans lequel excelle RizomeCorp ©.

Il y a donc le DJ, tel que nous l’a fait connaître un Laurent Garnier au départ. A partir d’une suite d’extraits de morceaux, enchaînés les uns aux autres, il construit une nouvelle trame musicale dans laquelle l’auditeur ne peut forcément identifier tous les titres enchaînés. D’autant que l’ajout d’effets, visant à enrichir le substrat sonore, brouille encore les pistes même pour les plus initiés. Il y a, par ailleurs, le selector, dont les racines se trouvent aussi du côté de la Jamaïque et du reggae. Là, il s’agit plus de construire une ambiance en enchaînant des morceaux dont les plages jouées sont plus longues. A la base, dans l’île caraïbe évoquée, le selekta pose les sons sur lesquels les toasters ou Maîtres de cérémonie vont scander leurs paroles. Le selector, en termes de musiques électroniques, est un art un peu oublié. Hors, c’est celui qu’a décidé de pratiquer RizomeCorp ©.

Notez l’ironie du nom déjà, avec son petit copyright à la fin. Pour quelqu’un qui est plutôt du genre copyleft, voire très left, c’est vraiment drôle. C’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus drôle dans le vrai travail de création auquel se livrent mes amis. Parce que oui, je les connais personnellement. Mais cela n’est pas l’essentiel (enfin, pour moi si ; mais, concernant cette note, cela n’a pas de vraie importance). Donc, assez de digression. La musique élaborée par le RizomeCorp © n’est pas des plus gaie.

Le crew explore plutôt les facettes mentales, contemplatives voire sombres de l’électro. Qu’il vous suffise de jeter un œil à leur sélection pour vous en convaincre. Aphex Twin n’est jamais loin pas plus qu’aucune des signatures de Ninja Tunes ou autres labels indépendants de bon aloi. C’est que, à la base, nos amis sont des défricheurs de sons, des explorateurs du net, des fouineurs de première, toujours en quête du nouveau titre – mais aussi des anciens – passés inaperçus de l’auditeur moyen que je suis. Il résulte de ces assemblages, collages, à base d’explorations, des ambiances où l’atmosphérique, l’éthéré, la lumière rase de ces fins de journée d’automne sous le ciel gris, prédominent.

(Photo : Rizome Corp)

Les mixes de RizomeCorp © sont autant de paysages musicaux dans la contemplation desquels je m’abîme avec bonheur. Paysage reste le bon terme, surtout quand je connais le goût de l’un des RizomeCorp © pour la photographie, autre art auquel il se livre et pas qu’à temps perdu. Il y a aussi beaucoup de sonorités aquatiques, vous pouvez en témoigner via le set en écoute plus haut. Il faut savoir que le rhizome constitue la partie souterraine, ou subaquatique, de certaines plantes vivaces. Après, désolé, mes amis ont en commun une pratique aléatoire – ou créative, selon le point de vue – de l’orthographe.

Mais je vous vois venir, ergoter déjà : « où est la création quand ils ne font qu’enchaîner des disques ? ». Ah, ah ! A moi, comtes, deux mots ! D’abord, il faut avoir l’idée que deux titres puissent s’enrichir l’un de l’autre, sonner ensemble justement. Il faut avoir cette sensibilité pour choisir quand anticiper la fin pour que le titre ainsi écourté entre en résonance avec celui choisi pour lui succéder. Et à ce petit jeu, le RizomeCorp © ne manque ni d’imagination, ni de talent. Le seul regret que j’éprouve rapport à cette équipée musicale, c’est qu’elle ne se produise que trop rarement en public. A dire le vrai, et pour les pardonner, on gagne à les écouter au casque, par un jour gris, plafond bas, âme errante. Ca tombe bien, c’est souvent ainsi pour moi.

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Bonus déviant : Crows Are Dead They Say by RizomeCorp (c)

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Bonus vidéo : Battles « My Machines (feat. Gary Numan) »