Parmi mes nombreuses perversions figure, sur le haut du podium, une appétence pas toujours très saine pour une certaine pop commerciale, flirtant outrageusement avec la variète. Au panthéon d’icelle, aux côtés de la blonde Britney déjà louée en ces colonnes, figure une autre star multiplatinée : Beyoncé. Je me disais, depuis un petit moment, qu’il faudrait que j’écrive sur son propos. Et le temps passe… Jusqu’à ce que j’exhume les dossiers noirs du camarade Oskar K. Cyrus et sa série Pop War/Rock War. Dont je répète que je préférai le titre initial : Dirty Pop. Mon comparse de blog semble lui aussi goûter les plaisirs frelatés de ces musiques dont le caractère créatif se révèle derrière une façade calibrée pour cartonner chez les marchands du temple.

Rescapée du trio quasi sororal (rien à voir avec Agnès, je vous rassure) Destiny’s Child, Beyoncé est classée rapidement nouvelle icône du R’n’B moderne. Pas celui qui a bercé mon enfance avec les irremplaçables Otis Redding ou Supremes, même si la comparaison avec ce dernier groupe a été poussée bien loin jusqu’au film. Le R’n’B moderne est une version encore affadie, standardisée, à destination du public blanc de la musique noire. Du coup, le sectaire qui sommeille en moi se réveille bien vite, piolet en avant. Jusqu’à tomber en arrêt sur le premier single de la dame : Crazy In Love. Mais où est-elle allée chercher cette putain de rythmique à la sensualité agressive, invitant aux déhanchements les plus violents, ne ressemble à rien des standards aseptisés qui doivent truster les charts ? Faut encore le réécouter ce foutu titre sorti il y a près de dix ans. Et pas seulement pour le couplet rappé par Jay Z. Y a un vrai truc qui fait ressortir ce titre de la banalité des tubes produits à la chaîne.

Bien sûr, Beyoncé maîtrise à la perfection toutes les astuces qui permettent de placer un titre dans les top sellers. Elle a commis son lot de bonnes vieilles bouses dispensables qui enflamment les oreilles adolescentes le temps d’un été. Les jeunes adultes, eux, se concentrent sur les clips, jusqu’à avoir les yeux rougis de trop s’attarder sur les courbes assumées de la dame. Evidemment… Ben ouais, elle est tanquée que c’en est un scandale. Même moi qui suis un irréductible fils de l’Europe du nord industrielle (donc : les blondes) je dois confesser que je cède parfois. Malgré mon éducation certifiée MLF années 70. Mais passons, revenons à la musique. Parce que Beyoncé Knowles nous façonne souvent de bien belles musiques autant que de surprises.

Comment expliquer, par exemple, qu’un titre comme run The World, basé sur une rythmique infernale autant que décalée puisse se placer en tête des charts ? Y a rien pour faciliter l’accès au plus grand nombre dans ce morceau de bravoure. La mélodie apparaît tout juste au fil des vocalises de la diva. Acceptons, en passant, que les multiples tessitures de sa voix lui permettent d’explorer des palettes proprement incroyables… De quoi retourner la tête de plus d’un producteur. D’autant que même les lignes de synthés ne suffisent à imposer un peu de familiarité aux caisses claires martiales. Pour finir, la chorégraphie toute en saccades et déhanchés a-normaux démontre que ce titre constitue un vrai ovni dans le paysage actuel. Amis malades, bienvenue dans mon univers.

La rythmique est, au travers des morceaux intéressants de Beyoncé, une grille de lecture. Plus que d’autres, elle apporte un soin extrêmement particulier à cet aspect des morceaux qu’elle se fait composer. Elles sont toujours renversantes, innovantes, extra-ordinaires. Portant une forme érotique affirmée. Dans l’univers vraiment formaté du R’n’B des années 2000+, ce seul aspect la fait sortir du lot.

On va donc reprendre notre souffle avec ce subtilement bondissant Why Don’t You Love Me ? échappé d’un cartoon de Tex Avery. Je ne dis pas seulement cela en raison du look pin up dans lequel se complaît tout au long du clip. Elle renoue avec un de ses vices à elle ; recycler les différentes facettes de la musique populaire noire des Etats-Unis. Là, c’est le funk qui prend sa dose d’hormones plus oui moins trafiquées pour notre plus grand bonheur. Il y a ces orgues farfisa qui fusent derrière une rythmique sautillante qui ne peut laisser personne indifférent. Il y a cette voix rauque d’une sensualité totalement assumée (une permanence chez elle), portée par des chœurs plus aériens, qui renifle du côté d’Aretha… Il y a de quoi saluer encore les exploits de la dame !

Sans se masquer le regard quant au fond commercial, je veux juste pouvoir dire que, question créativté, Beyoncé c’est quand même un monument.

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Bonus vidéo : Beyoncé « Sweet Dreams (remix feat. Nicki Minaj and Lil’ Wayne) »