Bulletin d’information météorologique relayé dans la plupart des médias : le PCF pourrait faire son entrée au gouvernement après les législatives. Ce matin, un articulet va même jusqu’à citer un nom, celui de la sénatrice communiste de Paris, Nicole Borvo. La crédibilité de ce nom tient à ce que son entrée au gouvernement pourrait permettre l’entrée de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, au Sénat.

Au Cri du peuple, la question de la participation du Front de gauche au gouvernement est sensible, selon une formulation chère à l’ami Sydné. Du côté du Parti de gauche, la question est tranchée. Dans les conditions actuelles, c’est niet. Du côté de la FASE, Clémentine Autain me confirme que c’est « non » également. Je n’ai pas assez de contacts personnels avec les camarades de Gauche unitaire pour pouvoir être affirmatif, mais j’ai la sensation qu’ils sont assez opposés à l’idée de rejoindre une gouvernement social-démocrate. Reste donc la question de la participation du PCF. Ce mardi 5 juin, Marie-George Buffet a expliqué sur une radio qu’une entrée des communistes au gouvernement serait envisageable sous couvert d’une vraie politique de gauche matérialisée, entre autres choses, par la création d’un pôle public bancaire, l’interdiction des licenciements boursiers… Notre programme partagé, quoi. Jusque là, rien qui ne puisse m’hérisser le poil.

Mais bon, il m’en fallait un peu plus. Ancien de la grande maison Colonel-Fabien, j’y garde de nombreux contacts avec les militants et les cadres intermédiaires du Parti. Durant la campagne des présidentielles et celle des législatives, j’ai eu l’occasion – plus qu’une fois – d’échanger sur ce sujet avec mes camarades membres du PCF. Je ne dirais pas qu’il y a unanimité, mais plutôt qu’une très large majorité se dégage pour une autonomie vis à vis du parti dit « sérieux ». Du coup, ce matin, titillé par cet article mentionnant Nicole, je suis allé à la pêche aux infos pour prendre le pouls étant donné que ce sont les communistes eux-mêmes qui trancheront cette question à l’issue du second tour au travers d’un vote démocratique les 18 et 19 juin de mémoire.

Premier coup de fil à Ian Brossat, président du groupe Front de Gauche au conseil de Paris et membre du conseil national du PCF. Il m’accueille tout sourire :

« Participer au gouvernement ? Est-ce que le PS rompt avec l’austérité ? Est-ce qu’il va mettre en œuvre une politique de reconquête des services publics en revenant sur la Révision générale des politiques publiques ? Je ne prends que ces deux exemples. La réponse est « non » donc je crois bien que notre réponse sera la même ».

Je lui parle de Nicole Borvo, qu’il connaît bien. Il sourit encore. « Nicole, elle serait plus à demander qu’on lui foute la paix qu’autre chose ». Je ne m’en tiens pas quitte pour autant, malgré la confiance que j’ai pour Ian. J’appelle donc un permanent de Fabien, genre assez bien placé. La réponse est laconique : « C’est un enfumage de Solférino ». Ah ! Ce serait donc la faute à ces « salauds du PS », facile ! Mais… Attendez ! Je fouille ma mémoire.

C’est la veille, lundi, après la confirmation des résultats du premier tour des élections législatives pour les Français de l’étranger. J’avais une conversation avec Laetitia Suchecki, candidate dans la 9e. Elle me parle de son score, 4,38 % honorables, et de son appel à faire barrage à la droite au 2e tour. Et de la discussion qu’elle a sur le sujet avec le collaborateur du candidat dit « sérieux » Pouria Amirshahi. Réaffirmant son « désaccord sur la ligne politique », Laetitia prend le temps d’expliquer que, non, il n’y aura pas de logo du Front de gauche sur le matériel de Pouria au second tour. Le collaborateur prend alors sa voix de miel : « Ouais, je comprends. C’est le PG qui vous met la pression ».

Alors… Je récapitule. D’un côté, une rumeur insistante sur l’entrée de ministres PCF au gouvernement, relayée par les médias et partie d’on ne sait où. Mais qui fait rager les camarades de Colonel-Fabien. De l’autre, des échanges informels évidemment entre socialos et militants communistes sur le thème « vous êtes otages du PG ». Mais n’y aurait-il pas là une sorte de cohérence ? Voire une tentative de diviser le Front de Gauche, entre les « irresponsables du PG » d’un côté et les « gentils communistes avec qui ont pourrait travailler » de l’autre ? Ce serait gros comme ficelle, mais… Mais ils n’en sont plus à ce stade les socialos.

Le rêve du PS : sous couvert d’un partage du gâteau, faire porter la responsabilité d’une politique austéritaire au FDG

C’est qu’une caution rouge serait de bon aloi dans un gouvernement bien décidé à marcher dans les pas de son prédécesseur sur les questions économiques, notamment. Il n’y a qu’à lire les propos de l’ancien responsable des questions budgétaires au PS pour s’en convaincre. Didier Migaud, aujourd’hui président de la Cour des Comptes, explique doctement qu’il faut réduire les dépenses avant que d’augmenter les recettes. Certes, Martine Aubry, patronne d’un parti en campagne, plaide officiellement pour une hausse des impôts pour certaines catégories de la population mais… Mais si Colonel-Fabien pouvait donner un soupçon de crédibilité de « gauche » au gouvernement Ayrault 2, ce serait mieux.

Du coup, je suis allé voir ce que dit le porte-flingue officieux du PS, Jean-Vincent Placé. L’encore numéro deux d’Europe Ecologie-Le Vide a ceci d’intéressant qu’il dit tout haut ce que la rue de Solférino pense tout bas. Sur RTL, ce mardi matin, il a déclaré :

« Je trouve que François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont fait un bon gouvernement, équilibré, paritaire, sérieux et compétent. Il ne faut pas trop remanier à mon sens. Le seul remaniement qui me paraît politiquement intéressant, c’est l’entrée du Parti communiste français [au gouvernement]. »

Voilà ! Jean-Vincent peut rêver tout ce que lui demande le parti dit « sérieux », n’en reste pas moins que ce seront les militants qui trancheront. Et pas Solférino qui décidera. Ils auront beau dire et beau faire, visiblement, mes amis communistes aiment bien le Front de Gauche. Et se rappellent aussi très bien de ce que le PS a tenté de leur faire en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-de-Marne. Et, il y a peu encore, je devais prendre le temps d’expliquer que Mélenchon est sincère quand il dit qu’il ne participera pas au gouvernement Hollandréou. Moi, j’ai confiance dans mes amis communistes. Bien moins en l’honnêteté intellectuelle des sociaux-démocrates.

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Bonus vidéo : Metric « Speed The Collapse »