(Suite à un échange avec mon camarade montreuillois du NPA Thibault Blondin, j’ai modifié légèrement ce billet en enlevant les références implicites à la LCR. Je pensais sincèrement que Onfray avait été un compagnon de route de cette organisation. Thibault est assez connaisseur en la matière pour que je lui fasse crédit de ce que Onfray n’a été proche du NPA que six mois durant. Merci à lui pour la correction)

—————————–

En fait, dans ma famille, il est de bon ton de goûter les écrits de Michel Onfray. Quoi que, depuis sa dernière saillie sur Freud, ma maman ait pris quelques distances. Mon beau-papa, Jean, lui, reste pour sa part un thuriféraire de l’auteur du Traité d’athéologie. Pour ma part, je me suis toujours tenu à l’écart de celui que je considère au mieux comme un poseur, au pire comme une sorte de BHL d’extrême-gauche. Son grand œuvre demeure la destruction systématique de ce qu’il autoproclame comme « mythes » : Freud, Sartre et, aujourd’hui, Guy Môquet. Autour de la sortie d’un opuscule intitulé L’Affaire Guy Môquet et produit par un ancien enseignant de l’Université populaire de Caen, fondée par Michel Onfray, il revisite ce qu’il appelle une « mystification ».

PCF résistance

En bref, Guy Môquet n’aurait jamais été résistant mais un « jeune homme stalinien qui défendait l’union des communistes avec les nazis contre la démocratie parlementaire, autrement dit le contraire de la Résistance ». Cette charge aurait pour objet « le combat contre la légende et les mythes s’effectue moins « contre » que « pour » – en l’occurrence : pour l’histoire ». Alors, parlons d’histoire monsieur Onfray.

Oui, le pacte germano-soviétique a existé et oui, encore, le PCF l’a soutenu. C’est un fait, et je considère ce moment politique et historique comme une faute inexcusable du PCF. Ce qui est faux c’est de le présenter comme vous le faites, en mettant en avant un élément qui n’existe pas à l’époque au sein du PCF : l’antisémitisme ou, plutôt, l’antijudaïsme. Je cite : « Le Parti se réjouit de la défaite de juin 40 : selon eux, elle signe l’échec de la démocratie parlementaire, du capitalisme juif, de la bourgeoisie d’affaire. » Quelques lignes plus bas, dans la même chronique, le BHL de l’Orne persiste : « Le PCF qui a demandé la reparution de L’Humanité le 20 juin 1940 à l’occupant nazi sous prétexte qu’ils avaient des ennemis communs, (les juifs, les capitalistes, les anglais, la ploutocratie, le parlementarisme) ». Dans un texte ramassé, placer deux allusions à l’antijudaïsme du PCF tient lieu de vérité assénée.

Le stalinisme ne développera véritablement un antijudaïsme conscientisé et systématisé qu’après la seconde guerre mondiale qui se traduira jusqu’au tragique avec le fameux « complot des blouses blanches » et la liquidation des organisations d’intellectuels juifs en Union Soviétique. Déplacer le curseur historique comme le fait Onfray tient donc de la manipulation qui n’est plus de l’Histoire.

Autre contre-sens historique : laisser croire que c’est l’ensemble du PCF qui a tenté de renégocier la parution de l’Humanité avec l’occupant dès le 20 juin 1940. C’est là faire l’impasse sur l’éclatement total de la direction communiste dont une partie est en France plongée dans la clandestinité, une autre en Belgique avec Duclos, la troisième en URSS avec Thorez. Les difficultés de communication entre ces trois noyaux sont vérifiées historiquement, plusieurs autres ouvrages ont été écrits sur ce sujet. Qu’il soit bien clair : oui, des dirigeants du PCF ont tenté d’obtenir des Nazis la reparution de l’Huma. Mais ce n’était pas sur ordre de Moscou. Ces camarades ont été désavoués par le Komintern et Maurice Tréand, à qui a été confié la sale besogne par Jacques Duclos, a été proprement liquidé.

Enfin, Onfray qualifie de « faux » l’appel à la Résistance publié le 10 juillet 1940 par des militants communistes. Peut être que la manifestation patriotique organisée le 11 novembre 1940 par l’Union des Etudiants Communistes particulièrement est-elle aussi un faux ? Peut être que le résistant socialiste René Ribière, frère d’Henri Ribière (fondateur du mouvement de résistance Libération-Nord), se trompe-t-il aussi quand il me dit : « Dès juillet 1940, la résistance politique se met en place. Elle est portée avant tout par des militants politiques, socialistes et communistes, outillés pour ce faire » (entretien que j’ai eu avec René Ribière en 1994 à Montluçon, publié dans un hors-série de Montluçon Notre Ville, le journal municipal où je travaillais alors).

Enfin, je vais m’amuser de quelques contre-vérités glanées ça et là dans le texte du poseur d’Argentan. Ainsi, l’invastion de l’Union soviétique par l’Allemagne nazie est présentée ainsi : « Le 22 juin 1941, Staline envahit l’URSS. Fin du pacte germano-soviétique brisé unilatéralement par les bolcheviques (sic !). » Faut-il en avoir de la haine pour omettre à ce point de se relire !

Au-delà des erreurs factuelles, comme celles que je viens de citer, cette chronique met en lumière la méthode de Michel Onfray. Qu’importe l’inexactitude voire le travestissement des faits, c’est la posture qui prévaut. Nul doute que ce petit texte, sensé appuyer la parution du livre coécrit par un collègue, lui vaudra d’être invité dans les médias dont il est si friand. Il pourra là, alors, faire preuve de son grand talent oratoire pour, passant outre les mensonges historiques, appuyer sa thèse politique.

Ce faisant, va-t-il lutter contre « le déni de l’histoire (qui) constitue et nourrit le nihilisme », comme il conclut son papier ? A l’heure où Sarkozy tente de récupérer la figure de Guy Môquet, à qui profite la pseudo démystification ? Si ce n’est à ceux-là mêmes que prétend combattre, au fil de son « engagement » autoproclamé le pape de la philosophie moderne ?