La semaine dernière, j’ai été apostrophé par Judy Minx, activiste féministe et actrice porno, sur le thème : « Mélenchon est islamophobe et raciste ». Elle a sollicité une réponse de ma part que je trouve utile de publier ici. L’interpellation étant publique, je pense qu’il n’y aucun drame à rendre ma réponse de la même manière. Pour info, le blog de Judy Minx se trouve à cette adresse.

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 » Alors, Jean-Luc Mélenchon est-il islamophobe, républicain et raciste ? Je ne répondrai pas en me référant à des livres ou des publications, si ce n’est quelques unes des siennes. Je vais plutôt répondre sur la base des conversations que j’ai eues avec lui. J’ai rencontré Jean-Luc Mélenchon pour la première fois en 1999 à l’occasion d’un conseil national de la Gauche socialiste auquel j’étais délégué. Nos routes se sont recroisées en 2006 quand j’ai rejoint l’association Pour la « République sociale » qu’il animait alors. Nous avons eu plusieurs discussions privées dans les mois qui suivirent et je me suis plongé dans ses livres pour mieux connaître la pensée de l’homme. De tout cela, il ressort que je ne suis pas un « fan » de l’homme mais que je me reconnais, à 80 %, dans le bloc de ses idées.

Donc, pour commencer, oui, Jean-Luc Mélenchon est républicain. C’est même un des fondements de sa pensée philosophique autant que politique. Qu’entendons-nous par République ? Pour faire simple et rapide, la République telle que nous l’envisageons demeure un outil pour permettre à chacun de vivre en bon harmonie avec ses voisins quelles que soient ses opinions politiques, ses croyances religieuses, ses engagements philosophiques. Nous assumons aussi, par la République, que la solidarité doit procéder de l’intérêt général, s’appliquer à tous sans aucune discrimination. En cela, nous sommes opposés aux communautarismes qui règlent la question de la solidarité « entre soi » : des semblables assument la solidarité envers leurs seuls semblables, que les autres se débrouillent dans leur propre communauté.

En cela aussi, nous considérons que la République telle qu’elle est mise en œuvre aujourd’hui n’a de république que le nom et encore dans le seul cadre du droit constitutionnel. Le quinquennat sarkoziste a achevé de démanteler le socle républicain de la solidarité de sorte qu’il ne peut plus être mis en œuvre par l’Etat, au nom de l’intérêt général. La solidarité est privatisée entre les groupes marchands pour ceux qui en ont les moyens, les communautés pour les autres.

« Notre patrie est un concept »

Pour revenir au socle des idées de Jean-Luc Mélenchon, la République n’est pas que la caractérisation d’une structure de gouvernement. Elle est une vision dynamique, un idéal mouvant, qui ne s’exerce pas que sur un territoire donné. L’espace géographique, chez Mélenchon, est d’ailleurs une notion qui fait l’objet de critique assez vives. En premier lieu, il affirme dans ses livres : « notre patrie est un concept ». A savoir que chacun qui se reconnaît dans ce concept a sa place dans la « patrie » telle que Mélenchon la définit : la République telle que je l’ai, bien sommairement, résumée plus haut. L’histoire personnelle de Jean-Luc, né au Maroc de parents français et arrivé en France à l’âge de l’école primaire, influe sur sa vision des choses. Il a vécu cette arrivée dans l’hexagone comme un immigré peut la vivre. Pour les natifs du cru, il était un étranger. Cette expérience le marque encore et contribue à orienter sa pensée. Cela explique sûrement pourquoi, dans son entourage proche, on compte autant d’enfants ou petits-enfants d’immigrés.

La notion du rapport à l’espace géographique a pour conséquence directe le rejet du terme « territoire » qui, selon Mélenchon, renvoie à terroir : où les racines sont liées directement à la terre, ce qui renvoie au plus loin au droit du sang contre le droit du sol que nous défendons ensemble. De fait, notre rapport à la notion de peuple et d’espace géographique est assez proche, à quelques nuances près, de celui définit par Ernest Renan : constitue un peuple l’ensemble des personnes qui se reconnaissent une histoire commune autant que la volonté de se définir un avenir commun. Ce quelques soient les origines géographiques des uns ou des autres. Cette vision des choses exclue d’emblée tout racisme chez Mélenchon.

"placement de produit"

Enfin, la République vue par Mélenchon est forcément laïque. La laïcité n’est pas l’ennemie des religions. La séparation des églises et de l’Etat ambitionne, au contraire, de permettre à chacun de vivre ses propres croyances dans la sphère privée en toute liberté. Si un Etat est, comme en Italie ou en Espagne par exemple, catholique, cela a pour conséquence directe que les croyants d’autres religions : musulmans ou bouddhistes, protestants ou animistes, ne disposent pas des mêmes droits et mêmes facilités à exercer leur propre culte. L’argent de l’Etat, qui provient de l’impôt acquitté par tous sans discriminations, ne sert à financer qu’une sorte de lieu de culte : les églises et cathédrales catholiques. Il existe certains lieux, en France même : Alsace et Moselle, où le concordat de 1905 ne s’applique pas, qui voit l’Etat payer le salaire des prêtres. En Alsace, seuls les prêtres des cultes catholique, protestant et juif sont concernés. Les imams musulmans, les popes orthodoxes, les moines bouddhistes ne bénéficient pas des mêmes droits : la laïcité est remise en cause, mais l’égalité des croyants l’est aussi.

La religion ne définit pas un peuple

A ce stade, revenons sur la question de l’islamophobie. L’islamophobie n’est pas un racisme, puisque la religion ne définit pas un peuple et encore moins un genre ethnique. A ce titre, en pure digression, je combats la notion même de « peuple juif » qui n’existe que dans la Torah. Les juifs sont nombreux, d’ethnies totalement différentes, avec des cultures radicalement opposées selon qu’ils soient ashkénazes ou séfarades. Ils ne parlent pas la même langue. Parle-t-on de « peuple musulman » quand le plus grand pays musulman du monde est en Asie : l’Indonésie ? Quand des bons « Gaulois », nés dans le Perche où toute leur famille a résidé depuis des siècles, se sont convertis à l’islam ? On le voit, la religion ne définit pas un peuple. Et heureusement, elle ne définit pas une ethnie. Encore une petite aparté, l’ethnie sémite est partagée entre sémites de confession juive (séfarade) et sémite de confession musulmane. Donc, l’islamophobie comme la judéophobie ne peuvent être des racismes.

Au sens étymologique des termes, islamophobie et judéophobie traduisent un rejet radical, jusqu’à l’intolérance, des pratiques religieuses juives et musulmanes. Mélenchon s’inscrit-il dans ce rejet ? Certes, il a voté l’interdiction du voile à l’école. Il a soutenu, du bout des lèvres, l’interdiction du voile intégral sur l’espace public. Des discussions que j’ai eues avec lui, deux éléments expliquent ces positions : le refus de voir des signes religieux portés ostensiblement dans l’espace commun parce qu’ils rompent avec la neutralité nécessaire pour que chacun puisse vivre ses propres croyances. L’idée étant que le port ostensible de signes religieux peut choquer ou provoquer des réactions de rejet violent de la part des croyants issus des autres cultes. L’autre motivation de ses positions tient au combat féministe qu’il a fait sien. Le port du voile intégral est, selon beaucoup de féministes, vécu comme une oppression de la femme, une aliénation violente et radicale de sa liberté.

Vive la sociale !

Pour ma part, autant je soutiens l’interdiction du port d’insignes religieux dans l’enceinte de l’école publique, pour certaines des raisons évoquées ci-dessus et parce que le service public doit être d’une neutralité absolue pour garantir absolument la liberté de croyance de chacun, je pense que la loi sur le voile intégral était inutile. Et si Mélenchon ne l’a pas soutenue dans ce sens, je l’ai déjà montré, force est de constater que la loi sur le voile intégral stigmatise une seule religion. En effet, les moines, prêtres et moniales catholiques ; les juifs ultra-orthodoxes et les bouddhistes ne sont pas astreints à la même règle. Le problème de la loi, c’est que chacun peut la défendre pour des raisons très différentes voire même opposées.

Quant au Nouveau Parti Anticapitaliste, qui présente une candidate voilée, qu’en dire ? Est-ce que ça vaut même le coup d’en parler ? Pour moi, c’est une anecdote sur laquelle il n’est  pas utile de passer du temps. Jusque dans les années 30, la droite présentait des curés aux élections qui, une fois élus, siégeaient en soutane. Chacun soutient la religion qu’il veut. Moi, pour que tous mes amis puissent croire à ce qu’ils veulent et même ne pas croire du tout, je n’en soutiens aucune. «