Chères amies et chers amis de l’extrême-gauche, membres du NPA, anarchistes et autres Trotskistes de tout poil,

Je vous écris cette lettre puisque, même si « la consigne est qu’il n’y a pas de consignes », on m’a demandé de vous considérer comme des partenaires. Au regard de notre histoire commune, je me plie bien volontiers à cette amicale préconisation. Aussi, je vais tâcher de répondre aussi fraternellement que possible à un certain nombre d’interrogations que vous avez relayées ces derniers jours.

ni andouillette ni andouille
Photo Christiane Chombeau

Ainsi donc, nous serions, nous les membres du Front de Gauche, entrain de faire campagne pour un candidat qui n’aura pour préoccupation, dès l’échéance présidentielle-législative passée, que de siéger comme ministre dans un gouvernement socialiste. Nous serions donc, singulièrement au Parti de Gauche, que les valets retors et matois du Parti socialiste. Merci de nous mettre en garde contre la personnalité trompeuse de notre porte-voix. Je note là votre souci tout de fraternité et de camaraderie.

Je comprends que l’on puisse ne pas partager le programme et les méthodes du Front de Gauche. Il est vrai que la démocratie comme fin et moyen est un dangereux leurre social-démocrate. Nous, que vous traitiez il y a encore peu de Staliniens, apprécions à sa juste valeur cette mise en garde contre l’expression de la volonté populaire et citoyenne. Les masses sont dangereuses, c’est pourquoi vous avez fait le choix de l’action groupusculaire. Moins on est nombreux, plus on est purs, c’est évident. Et moins on est nombreux, plus on est au fait de la volonté du peuple, l’histoire l’a amplement démontré. Je vais cesser là ma petite provocation, espérant, chères et chers camarades, que vous cesserez les vôtres.

Je vais d’abord répondre à votre interrogation sur la participation gouvernementale au travers des faits. Et me contenter de parler de ce que je maîtrise : l’attitude du Parti de Gauche et de ses élus. Dans les régions et départements où le loisir nous en a été donné par les urnes, nous soutenons les majorités de gauche selon un contrat politique clair, mis sur la place publique et soumis, donc, aux suffrages des citoyens. Nous votons les budgets à l’exception de quelques points qui nous semblent centraux : refus des délégations de service public aux opérateurs privés, refus des subventions publiques aux établissements privés, engagement en faveur du logement social… Il y a donc, clairement, des délibérations que nous ne votons pas, voire sur lesquelles nous votons contre.

Cette position nous a amenés à refuser de siéger dans les exécutifs régionaux et départementaux, quitte à ce que cela occasionne des frictions avec nos amis et partenaires du Parti Communiste Français. A cette enseigne, la position du PG a amené la création de deux groupes Front de Gauche au sein du Conseil régional d’Île-de-France. Alors que l’une de nos camarades était auparavant vice-présidente de la dite Région, elle n’est désormais que simple conseillère régionale. En bons staliniens que nous sommes, la ligne ne suppose aucun manquement quoi qu’il en soit de la volonté individuelle de chacun.

Il y a donc fort peu de chances pour que nous puissions accepter de siéger, même comme ministre de plein exercice, dans un gouvernement dominé par les sociaux-démocrates. Encore moins quand on prend en compte la position de celui qui est désormais le candidat social-démocrate : François Hollande. Son choix est celui d’une alliance englobant les centristes, notre position est ferme sur ce point et nous l’avons réaffirmée à plusieurs occasions. Aussi, vous voudrez bien prendre en compte nos écrits autant que nos actes. Je suis bien sûr que vous pouvez mesurer le caractère infondé de ces procès d’intention que vous nous faites, qui n’ont pour but que de tenter de nous discréditer (faisant par là le jeu de nous savons tous bien qui).

Pour revenir au fond, certains d’entre vous nous disent que la victoire de la gauche ne sera que le fruit de la lutte des masses. J’en conviens tout à fait et mes amis du Front de Gauche tout autant que moi. Je ne crois pas du tout faire partie de la fraction anarcho-syndicaliste de ce rassemblement, puisque je suis fondamentalement et viscéralement communiste quoique membre du PG.

Le Front de gauche pour un nouveau Front populaire
Le Front de gauche pour un nouveau Front populaire

Qu’avons-nous dit là encore sur ce sujet ? Cela va peut être vous étonner, mais c’est Pierre Laurent, secrétaire national du Parti Communiste, qui a résumé notre position dans son discours de clôture de la Fête de l’Humanité : « Quel que soit le résultat des élections législatives, a-t-il déclaré, il faudra que les salariés, le peuple, se mobilise dès le lendemain. » Nous avons tiré les leçons de 1981 et considérons ensemble que la mobilisation populaire contribue au rapport des forces nécessaire pour imposer les mesures de transformation radicale de la société que nécessite la situation politique actuelle.

L’exemple du Front populaire nous rappelle en effet, si besoin est, que lorsque la gauche politique l’emporte, c’est un facteur d’accélération des luttes sociales. Et pour cause, avec une majorité parlementaire solidement ancrée à gauche, il est plus facile d’obtenir victoire qu’avec une majorité de social-démocratie molle.

Voilà, j’ai tenté d’être le plus courtois et le plus fraternel possible. Mais je suis bien sûr que bon nombre d’entre vous souhaiterez contribuer à ce noble débat. Alors, que la parole circule.