En politique, le volontarisme est une force dont on mésestime l’impact. On prête à Lénine ce mot fameux : « Là où il y a une volonté, il y a un chemin ». Mes amis et camarades du Plaidoyer républicain affichent une volonté : l’unité. Ce faisant, ils ouvrent un chemin. Et ce doit être difficile pour eux, parfois. Je veux revenir avec eux – et pour eux – sur la difficile ouverture du chemin vers un Front de gauche uni aux élections européennes, Front de gauche uni qui serait le socle d’un rassemblement plus vaste : celui de toute la gauche qui refuse l’austérité.

Pierre Laurent et Alexis Tsipras le 3 février à Paris

La proposition renouvelée, ce lundi 17 février, par Pierre Laurent d’une grande marche nationale contre l’Europe austéritaire et pour une Europe refondée, participe de ce chemin. Faisant moi aussi preuve de volontarisme politique, je veux lire dans l’annonce’ commune des camarades Mélenchon et Besancenot d’une marche le même week-end des 12 et 13 avril une réponse favorable à la proposition du PCF et donc nouvelle étape dans la convergence des analyses et des propositions au sein du Front de gauche. Nul ne pourra croire à une guerre d’ego sur qui a proposé quoi le premier… A preuve, le communiqué commun du PG et du NPA insiste : « Le NPA et le PG observent avec satisfaction que des préoccupations similaires surgissent de plusieurs endroits : appel d’Ensemble, l’idée de Pierre Laurent d’une initiative en avril, propositions d’action de l’ensemble du FDG« .

L’autre étape franchie, et je partage là l’analyse du Plaidoyer républicain, c’est l’affirmation par les frères ennemis du Front de gauche que sont encore le Parti communiste et le Parti de gauche de la volonté de faire liste commune. La résolution du Parti de gauche, à l’issue de son conseil national, stipule :

« Le PG aborde donc cette élection avec une volonté majoritaire. C’est pourquoi nous chercherons jusqu’au bout à unir tous ceux qui, au Front de Gauche (FDG) et plus largement à gauche, refusent cette politique d’austérité au plan national comme européen et la construction européenne qui va avec. »

Les élus du FDG au parlement européen contre le grand marché transatlantique

La formulation alambiquée autorise la vision du verre à moitié vide, celle préférée par les majors de l’infotainment, comme celle du verre à moitié plein, qui sera la mienne. Parce que je sais, de sources multiples autant que sûres, que les discussions ont été vives. Il a fallu le travail de conviction permanent de Martine Billard, Éric Coquerel et François Cocq pour ne pas céder à la tentation du repli sur soi. Elle existait bien. Un amendement identitaire a ainsi été présenté par deux très proches de Jean-Luc Mélenchon, qui a été rejeté à 96 % des voix. Voilà pourquoi je préfère voir le verre à moitié plein. Et oublier les propos inutiles prêtés au co-président du Parti de gauche dans la presse bien-pensante. Une grande partie des délégués au conseil national du PG ont ouvert la porte à la continuation du Front de gauche alors que d’aucuns les pressaient de la fermer à double tour.

Le message a été entendu, nul n’en doutait, du côté de la place du Colonel-Fabien. Pierre Laurent a rappelé, ce lundi 17 au matin :

« Des listes Front de Gauche aux européennes ? Pour moi, ça fait des mois que ça va de soi. »

Congrès du PGE à Madrid

La venue à Paris, début février, d’Alexis Tsipras, désigné comme candidat à la présidence de la Commission européenne par le Parti de la gauche européenne (PGE – auquel appartiennent toujours le PCF et le PG, bien que ce dernier ait suspendu sa participation), constitue, pour le Parti communiste, le temps fort du rassemblement du PC et du PG en vue du scrutin de mai prochain. De facto, le discours qu’a prononcé, ce soir-là, Alexis Tsipras constituait aussi le lancement de la pré-campagne européenne.

Au demeurant, du côté du PCF, on travaille déjà. C’est ce que rappelle Anne Sabourin, représentante de ce parti au bureau exécutif du PGE, lors de son passage à Blois la semaine passée :

« Nos enjeux sont de mobiliser les citoyens contre la politique d’austérité, dont on voit qu’elle échoue partout. Si nous sommes très critiques envers l’Europe qu’on connaît aujourd’hui, nous croyons en son progrès par le biais de la revalorisation de la politique. Alors que le dernier budget européen était en baisse, nous nous sommes battus – et avons gagné – pour le maintien des subventions aux associations telles que le Secours Populaire ou la Banque alimentaire. Nous ouvrons le débat pour une nouvelle Europe. »

Parlement europeen

Au-delà, comme le souligne le Plaidoyer républicain, les grands axes de la future campagne du Front de gauche sont déjà connus : rupture avec l’Union européenne dans sa forme et son orientation actuelles, désobéissance aux traités austéritaires et souveraineté populaire. Autant d’axes formulés dès 2012.

Les principales composantes du Front de gauche sont même d’accord, a priori, sur la répartition des têtes de liste : trois pour le PCF, trois pour le PG et une pour une autre sensibilité.

Clémentine Autain Jean-Luc Mélenchon Pierre Laurent

Ces précisions n’ont d’utilité que de rappeler que, derrière les éclats de voix, le dialogue et les relations de travail n’ont jamais été rompues entre PG et PCF. Parce que s’il y a désaccord tactique (« opposition de gauche » ou « rassemblement des gauches anti-austéritaires »), tout le monde s’accorde sur la stratégie : élargir encore et toujours le Front de gauche afin de devenir majoritaire, culturellement et politiquement, et prendre le pouvoir pour changer la vie.

Pour certains, les éclats de voix sont inhérents au théâtre politique, ils font partie de la « dramatisation » gramsciste nécessaire à la prise de conscience. Dans ce cadre, ce qui est vrai aujourd’hui ne l’est plus demain. Cela s’appelle la dialectique. Mais, chez d’autres, ce qui est dit est gravé dans le marbre. On ne peut procéder au Front de gauche comme au PS : utiliser l’invective dans l’agora avant d’aller boire un verre ensemble. Cela déboussole certains même au PG qui ont été désagréablement « surpris » par l’évidence prononcée par Danielle Simonnet à Paris : évidemment, elle participera, au 2e tour, à la défaite de la droite. Après les charges répétées contre Anne Hidalgo, il faut connaître son PG pour ne pas être désarçonné.

On veut des actes

Bref, le plaidoyer pour l’unité est d’abord une supplique pour en finir, enfin, avec les postures et revenir sur les questions de fond : le logo à Paris, la plupart des gens – surtout en province mais même dans la capitale – s’en foutent ; ce qui les intéresse, c’est le chômage, les retraites, le pouvoir d’achat, le logement… Si on s’intéressait à ce qui fait bouger les gens d’abord ? On avait pas dit, tous ensemble :
« l’humain d’abord » ?

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Bonus vidéo :  The Cardigans
« I Need Some Fine Wine And You, You Need To Be Nicer »