La Conférence de presse du résident de la République confirme une chose : ce sont bien les électeurs de gauche que François Hollande cocufie avec le patronat. Les premiers à se plaindre de ce Bad Godesberg qui ne dit pas son nom sont les militants qui se revendiquent comme socialistes avec le poing et la rose. Il est vrai que le contenu de la conférence du 14 janvier, avec l’affirmation d’un « socialisme de l’offre », discuté nulle part et surtout pas par les adhérents du PS, en a déstabilisé plus d’un.

Une du journal l'Humanité du 15 janvier 2014
Une du journal l’Humanité du 15 janvier 2014

Je ne veux prendre que l’exemple de Jeff Melclalex, qui écrit dans sa note « Le socialisme à la sauce hollandaise : que sont mes rêves devenus ? » :

« Je ne renie rien de ce que j’ai écrit, y compris mon soutien appuyé et déterminé à François Hollande lors de la campagne de l’élection Présidentielle puisqu’il avait gagné la primaire. Face à la droite je le soutiendrai parce que c’est ma famille politique depuis toujours mais bon je reconnais que l’entrain me manque.
De bonnes choses ont été faites depuis 19 mois, bien heureusement tout n’est « pas à jeter » mais ce virage est fondamental, c’est un choix politique majeur et clivant. »

La gifle est aussi brutale que celle que Jeff a reçue le 14 janvier. Par billets interposés, nous avons souvent divergé et peu retenu nos critiques vis-à-vis de nos positions respectives. De la même manière, Politeeks, sous couvert de prendre de la hauteur, ne mâche pas ses mots quant au contenu des propos d’un François Hollande qu’il a pourtant soutenu, certes de manière critique, de bout en bout.

Les rois mages sont passés
Les rois mages sont passés

Le pire coup de pied de l’âne reste probablement celui décoché par Jegoun, dans la conclusion du 3e billet qu’il consacre à l’événement :

« Les deux derniers présidents de (l’UMP) cherchent une ouverture pour pouvoir s’opposer alors que les deux derniers premiers ministres de droite (hors Villepin qui a disparu) disent clairement que la politique envisagée par François Hollande est la seule possible parce qu’ils n’ont rien à proposer.
On est bien… »

Il y a aussi Jean-Philippe, avec qui je bois des cafés quand il passe à Paris, qui tranche, cruel : « Hollande est à la Social-Démocratie ce qu’est Troadec à la défense des travailleurs en Bretagne ».

Je vous passe sur les statuts des militants encartés au PS qui ne peuvent cacher leur désolation. D’autant qu’ils n’ont pas l’intention de quitter leur parti. Non parce qu’ils seraient des traîtres mais parce que leurs textes de congrès disent autre chose que ce que fait le résident de la République. Non parce qu’ils seraient juste en quête de places mais parce qu’ils ne trouvent rien de crédible au Front de gauche. A fortiori quand le Front de gauche se déchire à belles dents sur la place publique.

Tout va très bien, madame la Marquise (air connu)
Tout va très bien, madame la Marquise (air connu)

Pour revenir au sujet du jour, je réfute qu’il s’agisse là du « plus violent coup de barre à droite depuis Guy Mollet ». Il y a une cohérence entre les 20 milliards de cadeaux fiscaux et autres exonérations de cotisations offertes aux actionnaires ; avec l’Accord national interprofessionnel ; avec la contre-réforme des retraites… Je dirais même qu’il y a une cohérence avec la politique du gouvernement Jospin (à l’époque, François Hollande était premier secrétaire du PS) qui, loin d’avoir été le « gouvernement le plus à gauche de l’époque », a plus privatisé que ces prédécesseurs. L’involution idéologique du PS, son Bad Godesberg à lui, se joue sur un temps long. Dont le « pacte de responsabilité » n’est que la dernière manifestation. Sauf que, je le répète, elle ne s’appuie sur aucun texte de congrès.

De l’autre côté, bien sûr, le Front de gauche dit des choses intelligentes. Nous mettons en lumière l’infidélité faite par le résident de la république aux valeurs de la gauche (sur lesquelles il a été élu) au travers de sa liaison avec le MEDEF. Pierre Laurent fustige un « retour en arrière de 70 ans ». Le Parti de gauche, enfin, frappe, frappe et frappe encore. C’est connu : deux lignes s’affrontent, derrière un constat partagé. Le constat c’est que ce gouvernement déçoit même ceux qui ne plaçaient aucun espoir en lui. La différence c’est : comment on réagit. Pour schématiser, il y a d’un côté l’opposition de gauche sans concession, « l’autonomie » ; de l’autre, la volonté d’agréger celles et ceux qui ne se retrouvent plus dans la politique d’un gouvernement qui mène une politique de droite, « le rassemblement ». On m’objectera que « celui qui clive, rassemble ». Je suis désolé, mais, par expérience, je ne le crois pas.

Je doute que les adhérents du poing et de la rose aient voté pour cela
Je doute que les adhérents du poing et de la rose aient voté pour cela

Je crois que le désarroi qui s’empare des militants comme de l’électorat de gauche oblige tout un chacun à repenser ses certitudes pour aller l’un vers l’autre. Il faut se débarrasser des postures commodes pour affronter les enjeux réels. C’est ce que le Front de gauche a fait courageusement en janvier 2013 en affirmant, comme sa feuille de route, qu’il existe, dans le résultat des élections législatives de juin 2012, les conditions pour une majorité qui mette en œuvre une autre politique. C’est plus que jamais vrai quand on prend vraiment le temps d’écouter ce que disent les électeurs et les militants socialistes.

Bref, je suis de retour à ma maison.

Nathanaël Uhl

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Bonus vidéo : Parkway Drive « Dark Days »